Saviez-vous que le navet était plus savoureux une fois l’été venu ? Légume de saison par excellence, il est beau et laid à la fois, et ce goût bizarre de radis rance, teinté d’amertume, confère à sa chair tendre un petit quelque chose d’imparfait. Et bien dans une cinémathèque comme dans un bon pot-au-feu, il faut un navet ou deux pour souligner la finesse du reste. Aujourd’hui, un grand classique de la minablerie cinématographique française, Le Gendarme et les Extra-Terrestres, un film d’une très haute importance dont vous ne savez probablement pas tout.

Une histoire à dormir debout

Pour commencer sur de bons rails, précisons qu’il s’agit là, déjà, du cinquième volet des aventures des gendarmes de Saint-Tropez et de leur Maréchal des Logis-chef, Ludovic Cruchot, incarné par Louis de Funès. On avait commencé avec la traque des nudistes en 1964, puis ensuite ils sont allés à New York (1965), puis le Gendarme s’est marié en 68, et il est parti en balade (70). Il y a donc eu 9 ans de battement entre les volets 4 et 5 de la série. Et ça se sent, parce que le scénario du 4 mettait à l’époque l’équipe de Cruchot et de l’adjudant Gerber à la retraite. Et bien ils sont toujours là, pour affronter cette fois-ci une horde d’extra-terrestres hostiles, débarqués sur Terre pour semer la terreur Et ils ont choisi pour cela de poser leur soucoupe volante à St-Tropez, et de prendre l’apparence des gendarmes de la brigade locale. Parfaitement. Le problème, c’est que les seuls à les percer à jour sont dans un premier temps le nouveau venu Beaupied, et donc Cruchot, qui vont avoir toutes les peines du monde à faire avaler la couleuvre à leur hiérarchie. Le reste, vous connaissez : « ils boivent de l’huile », « Ils rouillent mon colonel », le piège, la soucoupe, la parade, bref…du grand art, un fantastique n’importe quoi.

Ce que vous ignorez peut-être, c’est que si Louis de Funès n’avait pas commencé à voir sa santé se fragiliser, les auteurs Jean Girault (réal) et Jacques Vilfrid (scénariste) en avaient encore dans la chaussette. Ils prévoyaient de les amener à Waterloo avec un voyage dans le temps ( Le Gendarme en Orbite), ou dans des contrées lointaines (Le Gendarme à Genève ou à Mexico). Hélas, nous n’aurons jamais eu la chance de voir le plus ambitieux de tous, « On a perdu le Gendarme de St-Tropez dans le Triangle des Bermudes » (absolument). Au lieu de ça, les velléités de science-fiction des deux oiseaux vont de télescoper avec un bouquin de René Fallet (qui a aussi écrit L’idiot du village, Le Beaujolais nouveau est Arrivé, un essai sur Brassens ou encore Bulle ou la voix de l’océan, un roman pour enfants). C’est comme ça qu’un concours de pets avec Jean Carmet va faire débouler Jacques Villeret sur la Terre, en cosmonaute zarbi jaune et rouge.

Le temps des adieux

Les diverses déceptions de ce cinquième « Gendarme » sont d’une cruauté sans pareille. La première, c’est l’absence de madame De Funès, l’attitrée Claude Gensac, qui n’est pas au générique parce qu’elle répète pour un beau projet au théâtre. Elle est remplacée par Maria Mauban, qui reprend donc le rôle de Josépha Cruchot pour un seul film, et avec moitié moins de répliques. Jean Lefèbvre et Christian Marin de sont plus de la partie non plus, remplacés par les moins connus Maurice Risch et Jean-Pierre Rambal. Allez savoir pourquoi, l’adjudant Gerber incarné par Michel Galabru, ne s’appelle plus Jérôme mais Antoine (ce sera finalement Alphonse dans le Gendarme et les Gendarmettes en 1982). Et sa femme déjà passée de Cécilia à Gilberte, se prénomme ici Simone. Cohérence.

Louis de Funès ne tournera que trois films après celui-là : L’Avare (qu’il réalise), La Soupe aux Choux, et finira sa carrière géniale par un truc innommable, le Gendarme et les Gendarmettes. Curieux destin pour un immense acteur qui méritait de finir sa filmographie mieux que ça. Toujours est-il que ce Gendarme 5 et ses robots qui rouillent aura fini l’année 79 en tête du box-office avec plus de 5 millions d’entrées. Et il restera aussi comme le film français s’étant le mieux exporté vers le territoire allemand, jusqu’à ce qu’Intouchables le détrône plus de 30 ans après. Pas mal pour une gigantesque connerie !

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