Que de chemin parcouru depuis les premières émissions, balancées depuis les locaux du CDI du collège André Léotard en 1998 ! Mosaïque FM est depuis devenue une vraie radio locale, avec des journalistes, des bénévoles créatifs, des programmes de qualité 24h/24, et surtout, de très loin, la meilleure programmation musicale de toute la bande FM locale (c’est pas difficile, mais ça mérite quand même d’être souligné). Porteur de ce magnifique projet depuis les balbutiements, un prof d’anglais reconverti en président, mais aussi en bricoleur, en porte-parole, en gestionnaire, et en animateur : Pierre Potin, patronyme pré-destiné s’il en est. Média local qui a aujourd’hui très largement son mot à dire, Mosaïque FM a la voix qui porte, et continue d’évoluer en jonglant avec ce que lui demande le CSA, ce que peuvent donner comme énergie ses bénévoles, et en mettant toujours en avant ses prérogatives de départ : les écoles, les quartiers, l’information, le divertissement, et surtout, la liberté de ton.

Pierre, raconte-nous l’histoire de la naissance de Mosaïque FM.

Elle est née à l’intérieur d’un établissement placée en ZEP. C’était une partie du projet de la ZEP, parce que le principal du collège Léotard à Fréjus était le coordonnateur de la zone.  C’était une radio scolaire, au départ. Les ZEP devaient élaborer des projets pour mettre en valeur leurs actions. Fréjus avait la réputation d’avoir un quartier pour lequel l’état dépensait beaucoup et récoltait très peu. Au départ le principal voulait faire une télévision, mais on aurait fait un truc merdique avec des k7 et pas de diffusion. On pouvait aussi faire une vraie radio, et là il m’a écouté. Je m’y connaissais un peu parce que c’était une passion de jeunesse, l’électronique, l’électricité, j’avais fabriqué un petit émetteur, même ! C’était en 1998, on émettait une heure 30 le soir avec une autorisation temporaire du CSA. D’ailleurs ça aussi, il fallait le résoudre. Au départ les autorisations duraient 6 mois, elles sont passées à 9 mois, et il a fallu attendre fin 2008 pour devenir officiellement une radio locale. Dix ans, pour élaborer le contenu d’une vraie radio locale ! Au départ on n’avait que quelques gamins et des profs. C’était un projet nouveau avec une belle dynamique, mais on ne pouvait pas en rester là, avec notre heure et demie le soir. Et puis un jour, alors qu’on avait déjà compris qu’on arrivait à tenir le coup, est arrivée la révolution informatique. Parce qu’en 1998, pas question d’utiliser un PC, on enregistrait tout sur des magnétophones à K7 et on faisait nos reportages avec des petits magnétos Marantz qui coûtaient la peau des fesses, d’ailleurs ! Peu à peu on a élaboré une grille.

Vous avez tout de suite eu l’autorisation définitive ?

Elle nous a été refusée deux fois. Pour qu’elle soit définitive il faut que la programmation convienne au CSA et on ne sait pas exactement ce qu’ils cherchent, finalement. Il n’y a pas vraiment de cahier des charges. Nous, on était sacrément aidés, quand même, par des gens qui savaient exactement comment ça marchait.

Depuis la radio a fait beaucoup de chemin !

On savait dès le départ qu’on y arriverait. Je travaillais à l’époque avec Francis Renaud du Grapesa (groupe de recherche, d’action et de de prévention pour l’éducation spécialisée et l’accueil, ndlr), par exemple. Lui, il avait vu l’importance d’une radio pour diffuser des messages de prévention, par exemple, et peu à peu tout ça a pris corps. On a préparé notre dossier en 2007, on avait déjà une belle puissance. On est passés à 1 KiloWatt de puissance pour diffuser, on vient de changer d’émetteur, on a fait un bond considérable en matière de diffusion et de qualité de programmation depuis 2008.

Mosaïque est une radio associative qui ne court pas après l’argent. C’est une liberté, ça ?

J’aime bien le terme radio libre. Et nous sommes libres, même si c’est une liberté conditionnelle, parce qu’on dépend quand même du CSA, avec lequel on signe une charte, un contrat, auquel on ne peut pas déroger. Notre engagement ne tient pas compte de choix politiques, par exemple. Certains ont essayé de nous convaincre de choisir un bord, mais nous avons toujours lutté pour garder notre indépendance. Certes la Cavem nous subventionne, mais ce n’est pas une mairie en particulier. Sinon, Bagnols-en-Forêt nous verse une petite subvention, mais ça c’est une belle histoire. On avait aidé la ville à mettre en place les rythmes scolaires, avec à l’époque Jean-Yves Bonnet qui s’était beaucoup occupé de ça. On a formé les personnes à enregistrer des gamins, à gérer des groupes sur des émissions de radio, à préparer des programmes, et en échange la mairie de Bagnols nous a donné 1000 euros. Et depuis, tous les ans, cette petite subvention tombe, en échange de rien !

Avec les années, il y a de plus en plus de salariés. C’est aussi une preuve d’évolution !

Aujourd’hui nous en avons 4, on vient de perdre Dominique Brun qui a pris sa retraite. On va recruter quelqu’un pour le mois d’août. Mais c’est toujours pareil, tous les contrats qu’on a sont précaires parce qu’on n’a pas suffisamment de moyens pour embaucher sans ces aides.

Mais ça montre aussi que la radio aide des travailleurs à s’insérer ou à se réinsérer dans le marché du travail, et parfois même dans leur domaine de compétences !

C’est vrai, nous avons travaillé pendant un an et demi avec Mathilde Ferrière qui est devenue aujourd’hui pigiste chez Radio Vinci Autoroutes. On ne pouvait vraiment plus renouveler son contrat à la radio, la Mission Locale nous avait déjà fait une fleur. Mais grâce au travail qu’elle a fait chez nous, elle a trouvé du travail chez Vinci, qui cherche des gens capables de gérer la technique et l’antenne, d’être seuls, la nuit, autonomes. Qu’elle ait travaillé chez nous a été pour elle un plus énorme ! Mosaïque est un sacré outil de formation !

Ceux que vous pouvez garder, ce sont les bénévoles.

Certains finissent par s’en aller parce qu’ils se lassent, ou ne sont pas d’accord avec certains changements. Beaucoup ne comprenaient pas qu’on ait une ligne éditoriale dont on n’essaie de ne pas trop s’écarter, parce que c’est ce que le CSA a validé. Aujourd’hui nous avons une vingtaine de personnes à l’antenne, c’est pas mal ! Ils font leurs émissions.

La radio va retourner vers ses bases scolaires ?

Oui, on s’en est déjà rapprochés l’an dernier, c’est une question de circonstances. Disons que les principaux se sont succédés, et que celui qui vient d’arriver a repris la chose en mains, et nous avons de nouveau de la qualité et de la quantité à proposer, avec des collègues documentalistes qui interviennent dans les lycées, des enseignants du primaire, des profs de collège qui s’intéressent à ce qu’on peut leur proposer. Ce qu’on avait un peu laissé tomber faute de combattants, c’est les quartiers. Or pour le CSA, c’est la priorité absolue. On sent que les subventions du CSA que l’on obtient, sont faites pour ça. Donc dès l’année prochaine je vais me consacrer pleinement à ça, rentrer en relation avec les gens, et pour faire ça, il faut connaître le territoire, connaître les gens, les structures déjà en place, et pour l’instant je suis le plus à même de le faire. La rentrée prochaine, on va s’y remettre.

Plus de social et moins de divertissement ?

Tu sais je ne fais pas la différence entre les deux. Tout ce qui est musique, divertissement, peut toucher le social. Tout dépend de comment on le met en place. Il faut impliquer les gens et donner du sens. Il y a beaucoup de radios qui se plantent parce qu’elles ne sont pas capables de créer du lien entre tout ça. C’est ça que les gens attendent. Faire des émissions avec les gens des quartiers, c’est les amener à créer eux-mêmes les émissions qu’ils veulent réaliser, eux. Notre rôle c’est de proposer, et de mettre un cadre. Je crois que ça peut marcher, les petites expériences qu’on a mises en place ont marché. Il faut simplement quelqu’un pour assurer le relais, et mettre un peu la pression, aussi.

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