Dream Theater est un groupe qui divise à mort. Peut-être même que c’est le groupe, dans le monde, qui éloigne le plus, idéologiquement, ses supporters (des intellos gay-friendlys qui ne s’intéressent qu’à la technique dans la musique et qui ne comprennent rien au feeling) et ses détracteurs (des ânes qui sont perdus dès qu’il y a quelques notes qui vont bien ensemble, des blaireaux qui n’ont aucune connaissance musicale et qui sont fiers d’être des abrutis qui se fient au ressenti). Ce qui est sûr, c’est que depuis sa fondation en 1987, Dream Theater n’a pas passé 29 ans à glander dans l’ombre. Bientôt 30 ans de carrière, des rebondissements si nombreux qu’ils ont failli coûter la vie au groupe (le dernier en date, l’éviction de leur batteur-fondateur-principal créateur Mike Portnoy) mais DT est toujours là. Et revient avec un 13e album ambitieux, monumental, un disque charnière qui joue « all-in » sur le tapis de l’industrie musicale. Rien que ça. Deux heures de musique, un concept plus élaboré que jamais, une production de mammouth, et en avant Guingamp.

Mike ou Mike ?

L’idée de ces chroniques culture, c’est à la fois de vous parler des nouveautés qui sont susceptibles de vous intéresser, mais aussi de vous amener à lire, voir ou écouter des choses que les grands médias de masse laissent complètement de côté. Parce qu’un Français qui mange, lit, écoute, boit, regarde et répète ce qu’on lui dit, c’est un Français pratique. Vous l’aurez compris, nous, c’est pas vraiment comme ça qu’on fonctionne. Alors l’industrie va aller se faire voir deux secondes, et on va vous parler de ce « The Astonishing », un album probablement dix fois plus cher à produire que le dernier Sexion d’Assaut, et qui se vendra dix fois moins (en France, en France, ailleurs ça fonctionne). Derrière la console, on garde la même équipe, avec John Petrucci à la direction artistique (qui endosse donc seul le rôle qu’il tenait en binôme avec Mike Portnoy) et Richard Chycki, l’ingénieur du son qui bosse aussi avec Rush, Def Leppard, Seal, Simple Plan, et à qui Mick Jagger a confié le lifting de ses titres pour son best of. Bref, pas un manche (et si vous ne connaissez aucun de ces artistes, vous n’êtes pas en train de lire ces quelques lignes, ou alors, faites connaissance avec eux, ça vous plaira sûrement). Au niveau du son, c’est énorme, comme un album de Rammstein mais avec plus de notes et moins d’allemand.

Musicalement, deux heures de musique sur un concept unique (qui tourne autour d’une histoire où la musique du futur est confiée à des machines, les textes sont d’ailleurs plutôt intéressants, comme souvent), c’est beaucoup. Mais Dream Theater est un engin bien rôdé, qui sait faire ça, en invitant les thèmes à se transformer au fil des minutes, si bien qu’on ne perd jamais le fil. Tout est parfaitement cohérent. Le disque 2 est peut-être en dessous, parce que moins énergique, mais le disque 1 est vraiment bon : de la patate, des mélodies superbes, de la cohérence, de la démonstration technique pas toujours vaine, c’est du super boulot. Et Mike Mangini est enfin à sa place, après trois albums et deux DVD. Il ne fait pas « oublier » son prédécesseur, il se fait simplement une place dans l’histoire du groupe comme autre chose qu’un remplaçant. Si vous voulez délirer, regardez sur YouTube son explication à propos de la taille de sa batterie, c’est légendaire. Dream Theater aurait pu mieux faire en étant constant sur la longueur, mais cette idée de disque 2 vraiment différent du premier n’est pas forcément mauvaise. C’était déjà le cas avec Six Degrees of Inner Turbulence, et c’est resté dans les mémoires. Quand on a les outils pour s’exprimer, on trouve toujours quelque chose à dire. Et si ACDC l’a fait pendant 40 ans avec la gamme pentatonique mineure de mi et du 4/4, il n’y a pas trop à s’inquiéter pour des gens qui ont peut-être un peu moins d’âme, de rock n’roll et de charisme, mais tellement plus de « tricks » dans la valise.

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