Vercingétorix, La légende du druide roi. Avouez que ça sent déjà le renfermé, comme accroche. Mais non, Jacques Dorfmann, le dingue, le fou furieux incurable qui se cache derrière l’idée de ce long-métrage aussi nul qu’abracadabrant, a bel et bien choisi de lancer son film sur les rails du panthéon nanaresque avec ce magnifique titre à rallonge. Merveilleux, d’entrée, d’autant plus que le rôle titre est tenu par un Christophe Lambert en perdition, au niveau de ce qu’il a pu faire dans Fortress II, Highlander II ou Mortal Kombat. D’autant plus que Vercingétorix n’est pas druide, et n’est pas vraiment roi non plus… dès le départ, c’est génial. La principale dose de courage qu’il a fallu au quatuor de producteurs responsables de ce truc incroyable, a probablement été injectée dans un élan d’historiens téméraires. Vercingétorix raconte une histoire dont on ne sait pas grand chose, puisque l’Antiquité est une période qui a laissé très peu de traces écrites, et que sans ça, les spécialistes ont toutes les peines du monde à être sûrs de ce qu’ils racontent. Vercingétorix est donc un film basé sur des théories, auxquelles l’équipe a rajouté des personnages inventés, des dialogues hallucinants de nullité, et des scènes d’action mal filmées avec des figurants bulgares cramés au porto. Récit d’une agonie d’1h50.

Est-ce qu’on a déjà fait pire ?

Le pire n’est jamais décevant. Et c’est heureux pour certaines œuvres cinématographiques qui sont si mauvaises qu’on pourrait peiner à les regarder jusqu’au bout. Pour ne rien vous cacher, il m’ fallu sept étapes, sept tronçons pour regarder jusqu’à la fin ce Vercingétorix. C’est sûrement le côté « légende du druide roi » qui m’a le plus réclamé. Parce que pour être totalement honnête et transparent, je vous avoue, et ça me coûte énormément de le faire, que je n’ai absolument rien compris à l’histoire. Que pourtant, je connais à peu près, et c’est là que c’est exceptionnel ! C’est comme si la production avait pris le parti de rendre vaporeux les seuls détails que l’on pourrait sortir de nos tiroirs neuronaux pour s’approprier le film et remettre d’aplomb une version, peu importe laquelle, de l’Histoire du plus célèbre des Gaulois (réels). Et bien non. Grâce à un florilège de dialogues verbeux et inutiles, confondants de bêtise, et surtout, parfaitement débiles. Jugez plutôt : « Pour ne faire qu’un avec ton glaive, tu dois vider ton esprit de tout désir », « Le savoir des rêves n’appartient qu’à celui qui rêve », »Il est toujours sage de penser que César sait toujours ce qu’il va savoir », « L’éclat de ma victoire fait peser plus encore les invisibles défaites de mon passé »…et le plus beau, c’est quand un druide se tourne vers Christophe Lambert et lui explique le plus sérieusement du monde que « Le bien n’engendre pas la force, le mal non plus. Mais le mal appartient à ce monde des conflits humains dont on est tous prisonniers. C’est là le véritable piège. »

Vincent Moscato, Denis Charvet, Jean-Pierre Rives, des acteurs à la dérive, un ours, un sauna, une grenade, neuf semaines, alerte…

Tous les indicateurs étaient au rouge, mais le projet est allé jusqu’au bout. Premier problème, l’idée du générique de début est d’emblée atroce : le film commence dans l’espace, avec un plan sur la Terre et le soleil. Apollo 11 ? Gravity ? 2001 ? Non, un film qui se passe en 54 avant J.C, où on se déplace à cheval. Chaud, déjà. Déjà qu’on ne sait pas grand chose de ce qu’était Vercingétorix « chef de toutes les Gaules », on en sait encore moins sur son enfance. C’est pourtant là que démarre l’histoire, avec un gamin de dix ans qui assiste à une rixe entre Gaulois pour une histoire de « direction des opérations ». Il faut un Arverne pour gouverner, on verra plus tard. Ah, il a déjà une copine, qui deviendra plus tard sa femme, bien qu’on n’en soit pas sûr dans l’histoire officielle, qui n’a jamais recensé cette Epona (c’est son nom). Quoiqu’il en soit, Christophe Lambert, avec les pires perruques et fausses barbes de la création (dignes d’un déguisement d’un club VVF dans les années 70), a l’air défoncé au crack pendant tout le film. Possédé par le démon. Il a pour principaux alliés Vincent Moscato, qui n’est alors qu’un rugbyman du Stade Français (et pas encore animateur radio ou chroniqueur radio), et Denis Charvet, qui s’est de surcroît investi dans la production du film. C’est d’ailleurs une histoire de famille, puisque le cousin de Denis Charvet est responsable de la musique (et là aussi, c’est compliqué, du Vangelis qui serait resté bloqué en 77). Chez les teutons (qui ont tous les cheveux rouges) on retrouve le pote Jean-Pierre Rives, capitaine de l’équipe de France de  rugby, ça n’a plus aucun sens. Il y a aussi Inès Sastre, Max Von Sydow, et Klaus Maria Brandauer, nul à vomir en Jules César.

Lors d’un Moscato Show en janvier 2015, Vincent Moscato et Denis Charvet ont ressorti les vieilles casseroles et ont dévoilé quelques secrets truculents sur les coulisses du film : Christophe Lambert apparemment frit du matin au soir, des figurants bulgares en Adidas Stan Smith, une seconde équipe tellement aux fraises que Lambert a essayé de les cadrer sans grand succès, un réalisateur psychorigide qui refusait toute concession (par exemple, il n’a jamais voulu enlever la réplique « Gauloises, gaulois », empruntée à De Gaulle, que Christophe Lambert trouvait ridicule). Ils sont aussi revenus sur leurs 9 semaines en Bulgarie, le froid, les ours dans la rue, les séjours dans les salons de massage et le saune qui a explosé deux jours après leur départ (attentat à la grenade, il semblerait). Denis Charvet se souvient des avant-premières et des conférences de presse séchées par le réalisateur, où il devait expliquer le projet à des spectateurs médusés par la nullité de la chose. Sachez qu’il n’y a là-dedans ni bons mots, ni rebondissements, et même pas une bonne scène d’action : elles sont au mieux cheap (un truc de fou, attention !), au pire complètement ubuesques, puisque lors de la bataille finale d’Alésia, Christophe Lambert déambule au ralenti au milieu des flèches qui volent et des cadavres, sans rien faire, pendant dix minutes. Reste Claude Brasseur à la narration, qui… non, rien, vraiment rien ! A regarder entre « Quand les Colts fument : on l’appelle Cimetière » et « L’attaque des clowns tueurs extraterrestres », pour les fans de titres à rallonge accolés à des films discutables !

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