Est-ce que c’est vraiment si nul que ça, le Fou de Guerre ? Difficile de se prononcer à la vue du générique, en tous cas, puisqu’il réunit trois valeurs sûres de l’humour européen : les Italiens Dino Risi (réalisateur) et l’humoriste Beppe Grillo, opposé dans cette histoire de détachement italien en Afrique lors de la seconde guerre mondiale à Coluche, dans son dernier rôle au cinéma. Le Fou de Guerre n’est pas ce qu’on attend d’un trio comme celui-là, auquel s’ajoute la présence un rien furtive du monstre sacré Bernard Blier : point de comédie ici, mais plutôt un drame bizarre, qui met en scène une bande de médecins de guerre tyrannisés par le plus fantasque et incompétent d’entre eux, le Capitaine Pilli, un psychotique notoire. Qu’a voulu faire Dino Risi, finalement ? Une dénonciation de l’autoritarisme absurde de certains militaires ? Une fresque sur les dérives du fascisme ? Un film noir pour évoquer autrement la « croisade » italienne en terre africaine ? C’est très difficile de saisir le but de ce Fou de Guerre. On en retient essentiellement que c’est pas très bon, et c’est bien ça le problème.

Trop de caricature tue la caricature

Dino Risi n’a pas réalisé que des comédies, mais il est responsable de deux choses incroyables qui sont des sommets dans la carrière de Coluche : ce Fou de Guerre, donc, qui a été produit juste après un film lui aussi grotesque par sa vulgarité, Le Bon Roi Dagobert en 1984. Le gros problème dans ces deux réalisations, c’est la critique outrancière d’une époque, qui demanderait à l’auteur un peu plus de légèreté. Malheureusement, la technique Risi, c’est de mettre les pieds dans le plat tellement comme un sauvage qu’il ne se rend pas compte qu’un 47 fillette ça ne rentre pas dans une sous-tasse. Dagobert était immonde et débile, Oscar Pilli est idiot, méchant et victimiste, jusqu’à l’agonie. Beppe Grillo surnage vaguement dans le rôle de Lupi, le médecin psychiatre fraîchement détaché dans le désert lybien, au milieu de cette bande de toubibs à la merci d’un capitaine sournois, et d’un commandant (Bernard Blier), tout en haut, qui ne pense qu’à défaire sa braguette en lisant les lettres enflammées de son épouse. C’est tellement caricatural, tellement grossi, que le film ne bénéficie d’aucune crédibilité. On ne croit jamais à ce personnage dément campé par Coluche, qui en fait des caisses dans tous les registres pour donner vie à cette incarnation de la folie guerrière. En résumé, il oscille entre Banzaï et Tchao Pantin, sans jamais trouver le ton juste. Mais c’était bien là le but, ne jamais s’arrêter sur une personnalité, puisqu’il est un maniaco-dépressif patenté. Sauf que son rôle est mal écrit, mal conçu, et que contre ça, même le plus grand des comédiens ne peut rien faire.

Alors que reste-t-il, dans ces 100 minutes ? Et bien quelques bonnes intentions, évidemment, puisqu’il s’agit pour Dino Risi de dénoncer l’inqualifiable. Et aussi quelques grands moments de bravoure, comme la scène du lever de soleil cul nu, ou l’opération-boucherie, qui met en évidence l’incompétence, la bêtise et la cruauté d’un capitaine Pilli qui se prend pour un chirurgien, alors qu’il ne saurait pas changer les piles de sa montre. Cerise sur le gâteau, le film est comme d’habitude dans les années 80, très mal doublé, d’autant plus que Coluche et Bernard Blier ont fait de la post-synchro en français sur du français, et c’est jamais une bonne technique, puisque ça provoque systématiquement un malaise. En Italien, c’est la même chose à l’envers. Bref, un film qui n’a pas de genre, qui dénonce avec de mauvaises techniques narratives, qui met en scène des personnages qui ne tiennent pas debout, qui utilise des comiques brillants pour essayer de dramatiser une situation absurde, et qui rate toutes ses cibles. Un vrai-faux nanard, à voir pour comprendre tout ce qu’il ne faut pas faire en matière de choix artistique. Et pour la complète oeuf jambon fromage, prenez deux heure de votre vie et tapez-vous le Bon Roi Dagobert, où là vraiment, on touche le fond, avec au générique les naufragés Michel Serrault, Ugo Tognazzi, Michael Lonsdale & Carole Bouquet.

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