800 vins, vous vous rendez compte ? 800 vins différents disponibles à la vente, et tous issus de l’appellation Côtes de Provence, qui s’étend, en gros, du Pais d’Aix à Saint-Raphaël. Le vin de chez nous, quoi ! 20 000 hectares d’exploitations viticoles, tous réunis au même endroit, une superbe bâtisse posée entre les Arcs et Vidauban, en plein milieu du terroir qu’elle défend. Même les non-initiés la trouvent magnifique, alors imaginez les fans de breuvage au raisin. Si vous ne connaissez pas cet endroit, vous ratez quelque chose. Et si vous y avez déjà mis les pieds, vous n’en savez probablement pas assez. Il était de notre devoir de sortir pour la première fois de nos contrées de la Cavem pour nous intéresser à cette Maison des Vins, qui fait tant pour la promotion de nos produits agricoles locaux. Et nous avons profité d’une matinée estivale et caniculaire pour chopper tout le monde avant qu’un bus ne débarque pour déguster quelques éditions 2015, il valait mieux faire vite. C’est la responsable Carole Baena qui nous fait faire le tour du propriétaire.

Carole Baena, vous êtes la responsable de la Maison des Vins. Expliquez-nous de quoi il s’agit.

C’est une vitrine de notre appellation. Dans un même lieu d’exposition, on a 80% de la production Côtes de Provence qui est représentée, et mise en vente au même prix qu’à la propriété. C’est l’une des régions les plus touristiques de France, notre mission c’est de faire découvrir l’ensemble de l’appellation, nous avons 800 vins différents, issus ici de 210 domaines. En fait on a un rouge, un blanc, un rosé, et un millésime différent qu’on garde d’une année sur l’autre. Le rosé c’est toujours le dernier millésime, le rouge on garde quelques vins plus longtemps. La maison des Vins c’est une SARL créée par le syndicat des Côtes de Provence. Elle a été créée pour la promotion des vins, chaque pierre appartient à un producteur. Ici on achète, on découvre, on discute avec un sommelier, avec des vendeurs polyglottes qui connaissent très bien le terroir, et on vient aussi déguster.

Pourquoi ne fait-on pratiquement que du rosé dans la région ?

C’était déjà une habitude quand j’ai commencé ici, il y a longtemps déjà ! On était déjà à 75% de rosé, depuis dix ans le processus s’est accéléré, on est à 90% maintenant. Le rosé c’est festif, ça plaît à tout le monde, on est les leaders sur le marché français mais aussi dans le monde, on maîtrise un savoir-faire ancestral.

Il y a un tourisme du vin ?

Les gens découvrent l’appellation, ils sont très amateurs de vin. On a un rôle central, ici nous sommes en plein milieu de l’appellation, mais c’est fait exprès. Ils viennent d’abord chez nous, puis se lancent sur la route des vins.

Comment faites-vous pour gérer les relations avec les viticulteurs ?

C’est facile parce qu’on travaille pour eux. Chaque année on leur fait remplir un petit contrat, et généralement ils présentent ce qu’ils ont de meilleur. Certains n’ont pas assez de production, ou d’autres pensent qu’ils sont trop loin, mais la Maison des Vins c’est l’endroit parfait pour comparer des vins, et bénéficier d’une approche pédagogique. C’est très complémentaire de la vente à la propriété, les gens viennent d’abord chez nous avant de se déplacer, généralement. Ici c’est la porte d’entrée de l’oeno-tourisme. On est en étroite collaboration avec la route des vins, on a les cartes, les données, les endroits sympas où il faut aller, on ressemble beaucoup à un office de tourisme. Et comme en plus on est sur la nationale 7, c’est facile à trouver !

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C’est difficile de travailler avec une offre si étendue ?

Chaque vin a ses spécificités. Tous les 2e samedis de chaque mois, on organise des ateliers d’œnologie, où l’on apprend à déguster, avec le visuel, l’olfactif et le gustatif. On vous apprend à le faire, puis on découvre 6 côtes de Provence, un blanc sec, un blanc plus fruité, deux rosés différents, pour l’apéritif ou une belle table, et puis aussi deux rouges différents. On fait tout ça pendant trois heures, c’est commenté par un sommelier, mais avec un vocabulaire plus simple, pour que tout le monde puisse suivre. C’est facile de déguster, c’est juste un entraînement.

Le vin de Provence est facile à vendre ?

Il a acquis ses lettres de noblesse, il a une excellente réputation, en tous cas le rosé. Les blancs sont surprenants, et moi je trouve que les rouges sont très sous-estimés. Il y a des cépages qui sont très riches de variété, il y a des vinifications diversifiées, on peut trouver des choses excellentes et très variées. Et puis on les distingue aussi des autres appellations, Coteaux Varois et Coteaux d’Aix, plus les autres territoires comme Bandol ou Cassis. Mais ici, c’est le plus grand territoire. Il y a aussi des prix très divers, on va de 4€40 à 25€ pour le plus cher, mais on vend aussi des bouteilles très sélectes qui viennent de certaines parcelles minuscules, comme Garrus du Château d’Esclans, à 90€ la bouteille, c’est le rosé le plus cher du monde.

Les producteurs sont-ils en concurrence ? C’est étrange qu’ils aient une vitrine commune ?

Elle les tire vers le haut. Ils dégustent ce que font leurs collègues, par exemple. Ils dégustent à l’aveugle, ils essaient de savoir comment se situer sur le marché, et nous, on a un rôle central, on rencontre tout le monde, le public et les producteurs. On leur sert de base de données, on est leur point d’information. Et puis ils savent que le public vient ici en confiance, et nous, on n’a pas de chouchous, on travaille de la même façon avec tous les producteurs. Nos goûts sont personnels, forcément, mais on sait qu’on n’a pas les mêmes que nos interlocuteurs, et on apprend à les guider. On a tellement de vins ici que c’est assez facile de trouver un vin qui convient. Evidemment il y a des vins qui se vendent bien, naturellement, il y a les vins primés, etc. Mais notre rôle, c’est d’être neutre, de répondre à des demandes qui sont toujours particulières, il faut correspondre à un événement, une personnalité.

Les gens se laissent piéger par le packaging ?

Il y en a, certains veulent simplement de belles bouteilles pour des événements où c’est nécessaire. D’autres veulent simplement déguster, et là ça n’a aucune importance. Certains ne veulent acheter que ce qui est proposé à la dégustation, et ils s’en tiennent à la liste qui change tous les mercredis matins. Comme ça c’est décalé avec les rotations des locations, si les vacanciers ne restent qu’une semaine ils ont deux listes de dégustation différentes.

Les vins sont toujours constants ?

Je trouve, oui, je n’ai jamais goûté un mauvais vin, vraiment. Il pleut, il fait beau, le mistral chasse les bactéries, ici on est bénis par les dieux.

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