Je suis un grand fan de Metallica. Vraiment, un truc énorme. Mais je suis forcé de constater que ce groupe, qui existe depuis 1981, a été mauvais bien plus longtemps qu’il n’a été bon, si on fait le bilan. Quatre albums fantastiques, puis un disque controversé qui les fait rentrer dans la légende en 1991, et depuis, le dos tourné aux fans de la première heure, une carrière à écumer les stades et à engranger les millions, avec des prestations pathétiques que tout le monde dénonce, mais que tout le monde va voir quand même. Un comble. C’est à croire qu’un mauvais spectacle est devenu une attraction qui n’a pas de prix. Quand Will I.Am (je ne suis pas sûr que ça s’écrive comme ça, mais tant pis) ouvre l’Euro sur le champ de Mars avec ce nazebrok de David Guetta, et qu’il est nul à en vomir des Doritos par le nez, tout le monde se moque de lui, dit qu’il est nul, qu’il est sourd et qu’il ferait mieux d’aller fabriquer des chaussures au Cambodge. Sauf qu’il est devant 90 000 personnes qui s’éclatent, et qui pleurent le lendemain, de rire, ou de honte, ou les deux. Vous savez, dans le monde du divertissement, l’argent n’a plus d’odeur depuis très longtemps. On se moque de vous très souvent, vous vous en rendez-compte, ça vous met en rage, mais vous êtes déjà passés à la caisse. C’est quand on le sait à l’avance que ça devient étrange : « ça va être minable, mais je vais y aller quand même. » Les supporters de l’OM, les vrais de vrais, ont mangé une sacrée dose de pain noir, cette saison. Ils sont allés au stade pour détester les joueurs, avec un espoir de renouveau qui s’amenuisait de journée en journée. On le fait avec tout : la musique, le sport, le cinéma (bientôt Camping 3, préparez vos mouchoirs), et même la cuisine. Combien de fois êtes-vous allés manger dans un MacDo ou un Kfc en pensant déjà que c’était une mauvaise idée ? L’être humain est un animal étrange qui a besoin de se confronter à la nullité. Alors on se dit que c’est pour mieux apprécier les bons moments, mais c’est pas si sûr. On a peut-être tout simplement besoin de détester des gens et des choses, de temps en temps. On a même besoin de se détester soi-même. Exemple : « j’aime pas quand je suis comme ça, faut pas m’emmerder ». Mais de quel droit ? La dictature du mauvais caractère, c’est ça ? Quelle horreur absolue, vous ne trouvez pas ? On essaie de réagir, parce qu’on n’est pas des animaux à sang froid. On se raisonne et on tente de ne pas laisser cette morgue caractérielle prendre le dessus, on réfléchit même parfois avant d’avoir une parole, un geste, ou plus généralement un comportement impulsif (qui se transforme en acte réfléchi). Mais diable, quelle lutte acharnée avec nos réflexes ! On s’en veut même carrément de freiner notre nature ! Et pourtant, en y repensant, quel temps et quelle énergie on gagnerait si on essayait d’accorder moins d’importance à tout ce qui nous énerve ! On pourrait faire tellement d’autres choses, aimer tellement d’autres gens, et devenir tout simplement meilleurs. Mais c’est difficile de se priver de médiocrité, déjà parce qu’elle est souvent pas très loin, et puis…on l’aime.

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