La nuit de la chauve-souris, vous connaissez ? C’est international, comme manifestation. C’était le même soir que France-Allemagne, donc c’était pas évident, comme date pour attirer du monde. Pourtant, la cellule Natura 2000 Estérel de la Cavem a réussi son coup, en accueillant plus de 100 personnes sur deux jours, à Puget puis à Fréjus, pour rendre justice à ce petit animal autrefois mal aimé, aujourd’hui mal connu car presque invisible, et qui pourtant nous rend depuis toujours de fieffés services. Et si vous n’êtes pas convaincus, madame Dominique Rombaut va vous faire intégrer les raisons pour lesquelles les chiroptères sont nos amis devant l’éternel.

Dominique Rombaut, vous êtes chiroptérologue…qu’est ce que c’est que ce métier ?

Je suis biologiste à la base, je travaille aussi comme animatrice Natura 2000, et je suis spécialiste des chauve-souris, c’est ça chiroptérologue. Chiro c’est la main, ptère c’est voler, les chauves-souris volent avec leurs mains.

Expliquez-nous aussi ce qu’est Natura 2000.

C’est un programme de conservation de la bio-diversité à l’échelle européenne. Au travers de toute l’Europe les pays ont proposé des sites, à partir d’une liste d’espèces et d’habitats qui sont en voie de disparition.

Quelles sont les menaces qui planent sur le chiroptère ?

Sur toutes les chauves-souris, même ! Sinon ce serait comme se demander quels sont les dangers qui planent sur l’oiseau, par exemple. Il y a certaines espèces qui sont en voie de disparition, pas toutes. Les facteurs sont multiples, il s’agt de conserver leur gîte les grottes, les bâtisses où elles se reproduisent. Les plus vulnérables sont celles qui utilisent les gros volumes dans les bâtiments. IUl faut travailler sur la cohabitation, parce qu’elles ont besoin de tranquillité et de grands volumes, chaleur et sécurité. Il y a aussi des petits soucis avec l’habitat naturel, où elles sont parfois dérangées, ainsi que dans leurs zones de déplacement et de chasse. On travaille sur le fractionnement du territoire, par le train ou les routes, on étudie leur transit, on met en place des corridors écologiques par exemple. Il peut y avoir des facteurs de destruction à cause des pesticides qu’on répand dans les villes, les espaces verts ou les zones agricoles.

De quoi elles se nourrissent ?

D’insectes. Toutes les chauve-souris d’Europe ne mangent que des insectes, ailleurs elles mangent aussi des fruits.

Comment fait-on pour suivre un animal si difficile à voir ?

C’est aussi pour ça qu’on a créé toute une mythologie autour de cet animal, parce qu’on ne le voit pas. Les connaissances on les a acquises au fur et à mesure de l’évolution technique. On a commencé par les observer dans leurs gîtes, la nuit, grâce à la lampe, tout simplement. Ensuite on a utilisé des filets pour les capturer afin de les observer, là on est  fin du XIXe siècles, c’est le début de l’étude. Et puis avec la découverte d’appareils pour analyser les ultrasons, là on a avancé très vite, parce qu’elles utilisent les ultrasons pour voir. Leurs yeux voient très bien, mais chasser un petit insecte dans la nuit c’est plus simple avec leur système de radar, qui s’appelle l’écholocation. Elles envoient des ultrasons et elles analysent l’écho pour évaluer les distances, en milieu nocturne.

 

Est-ce un animal très distant de l’homme ?

Par essence, elle vit avec l’homme, elle nous côtoie au quotidien, dans les villages surtout mais aussi les villes. Les pipistrelles sont au-dessus de nos têtes toute la nuit, elles sont dans les petits interstices des bâtiments, mais on ne les voit jamais.

Est-ce qu’on les chasse ?

Plus du tout, parce qu’on sait aujourd’hui que c’est un animal à la fois très utile et protégé. Autrefois on en avait peur donc on essayait d’en attraper, de les clouer sur les portes pour conjurer le mauvais sort. Et puis on n’en mange pas ! Il reste des gens qui refusent de « vivre avec », mais c’est encore autre chose.

Parce qu’on pense qu’elles sont un vecteur de maladies ?

Pas plus que les oiseaux, elles ne mordent pas particulièrement. On a parlé de grippe aviaire, à une époque, on a évoqué la chauve-souris par rapport à la rage, mais c’est une rage différente de la rage vulpine, elle ne sont pas agressives comme le renard, par exemple. Donc si on ne va pas volontairement toucher un animal malade, et c’est vrai pour tous les animaux de toute façon, il ne vous arrivera rien. Il n’y a que des chiroptérologues qui prennent des risques, revoyez le sketch de Bigard il explique ça très bien !

chauve-souris

A quoi sert la nuit de la chauve-souris ? Qui se cache derrière cet événement ?

C’est organisé par une association française, qui s’appelle la Société Française d’Etude et de Protection des mammifères. Au départ c’était national, et ça a été repris à l’échelle internationale. C’est pour communiquer sur ces espèces mal connues mais d’une utilité extraordinaire, et qui nous ont déjà rendu des services immenses. L’invention de l’aviation, c’est grâce aux observations de Clément Ader sur les ailes des chauves-souris. L’écholocation a été copiée pour inventer le système de radar.

Quel est leur impact sur l’écosystème ?

Elles consomment des insectes en très grande quantité, notamment les insectes qui pullulent, comme les moustiques ou le ver de la grappe de vigne, la mouche de l’olivier, les ravageurs diverses. L’agriculture s’intéresse de plus en plus à a chauve-souris, les exploitants essaient de les attirer vers leurs cultures pour favoriser la lutte biologique contre les nuisibles.

On connaît la population de chauves-souris ? On a des chiffres ?

Pas précis, mais sait que s’il y en a beaucoup, il y en a de moins en moins. On fait de très sérieux suivis, avec Natura 2000a, avec le muséum d’histoire naturelle de Paris, qui envoie des escadrons de chiroptérologues qui font des relevés sur des itinéraires connus, c’est renouvelé tous les ans pour vérifier les variations d’effectif. Et on s’inquiète. La soirée de ce soir sert à informer le public, à dire aux gens ce que font les collectivités, et ça marche super bien, ça excite la curiosité. Le film qu’on diffuse (Une vie de Grand Rhinolophe, ndlr) est très beau, ensuite on part dans la nature avec un détecteur d’ultrasons pour les entendre, au crépuscule on voit leur silhouette, puis ensuite on utilise des lampes. Rien que les entendre, ça change tout, on se rend compte qu’on en a plein au-dessus de nos têtes !

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