Coup de cœur humain et artistique du salon, Zani n’était pas un inconnu pour la rédaction. Croisé dans un petit hall d’expo à Aix en Provence au hasard d’une balade l’été dernier, c’est avec une grande joie que nous l’avons revu à Base’Art, avec certains tableaux aussi beaux qu’énigmatiques, dans le même thème que celui qu’il présentait déjà l’été dernier. On savait qu’il été talentueux et haut en couleurs. On ignorait sa capacité à citer de mémoire les grands artistes. Et surtout, on ne savait pas à quel point l’humour et le cynisme bien senti pouvaient servir à ce point l’oeuvre d’un personnage aussi drôle que sympathique, sincère, lucide, et conscient des réalités, même s’il les fuit un peu avec son travail. Et quand il parle de céramique, il résume tout l’amour qu’il a pour cette matière en une phrase. Talent, qu’on vous dit !

Zani, ce serait où ton fief ? 

Je pense que c’est l’Afrique. Mais mes impôts je les paye à Grasse.

Explique-nous ton univers.

Le monde de Zani c’est un univers céramique. Il se décline, c’est de la céramique sur plaque d’acier. Et en fin de compte, y a rien qui me guide. Chaque foisd que j’ai essayé de dessiner une pièce avant de la réaliser, j’ai fait une grosse merde ! Donc maintenant je fais le contraire, je fais quelque chose, et je me pose, puis je regarde si ce que j’ai fait a une petite histoire à me raconter. Et si c’est le cas, je le mets sur papier, et ça accompagne mes pièces. C’est un peu comme si j’avais aarrêté de réfléchir et que mes mains réfléchissaient à ma place, et moi je les écoute. C’est beau, non ? J’écoute ce que mes mains ont à dire (rires) !

Ce que tu fais a l’air très technique. 

Un jour on a demandé à Picasso combien de temps il avait mis pour faire sa colombe. Alors évidemment il avait fait ça en 10 secondes, c’était évident, on lui a demandé ça pour le provoquer. Mais comme il avait 60 ans, il s’est retourné vers la personne qui lui a demandé ça et il lui a répondu, « ben, 60 ans ». La question c’est pas de savoir si c’est compliqué ou combien de temps ça prend de le faire, la question c’est de savoir combien de dizaines d’années de ta vie sont nécessaires pour arriver au point où tu dois exprimer ce que tu exprimes. Et vu ton regard de maquereau pas frais, t’as pas compris !

Est-ce qu’il y a une thématique dans ce que tu exposes aujourd’hui ?

Oui, tout tourne autour de la fracture, un mot qui a une consonance négative, voire même traumatique. Mon propos c’est de dire qu’une vie sans fracture n’aurait aucun intérêt, on en retrouve dans toutes nos existences, les deuils, les divorces, les licenciements, les séparations. Les fractures sont des surprises, des accidents. Et on ne cherche pas à éviter l’averse, on veut savoir si l’on peut danser sous la pluie. Ce que j’ai voulu montrer, ce sont des tableaux sur le thème de la fracture, mais plus que ça, la lumière qui passe par cette fracture, symbolisée par le orange. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui va se passer de nouveau dans nos vies, et qui passe par ces fractures. La question n’est pas de savoir quelle masse d’accidents vont émailler notre vie, il y en aura plein et le dernier c’est la mort. La question c’est savoir ce qu’on en fait, et quelle part de renouveau passe par ces accidents. Brach, le peintre, disait « l’art est une cicatrice qui se termine en lumière », on pourrait dire la même chose de la vie !

Est-ce que tu conçois que l’art contemporain soit compliqué à faire comprendre ?

Ce qui est compliqué, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. On n’est pas là pour représenter, Soulage disait « on présente ». Toi tu prends ou tu ne prends pas, mais tu n’as rien à comprendre. Tu es touché ou indifférent, ce que tu veux, mais comprendre c’est du domaine de l’intellect. Il y a juste à aimer, toucher, manger. Mes œuvres se touchent, c’est de la terre, c’est le nom de notre planète. La céramique c’est pas juste le bol émaillé dans lequel tu manges tes céréales le matin. La céramique c’est la terre, nom de notre planète, attendrie par la pluie, séchée par le vent, cuite par le feu. Les 4 éléments se donnent rendez-vous dans ton atelier et tes mains pour créer quelque chose de nouveau, c’est merveilleux !

Un artiste comme toi est-il à sa place dans un endroit comme celui-là ?

Et bien ça m’apporte le fait d’en vivre ! Et puis il y a une dimension thérapeutique, de travailler là-dedans. Mon travail me convoque dans mon propre passé, où j’ai tenté de transformer des accidents en événements heureux. Après, une expo comme Base’Art, il y a beaucoup de gens que je ne connais pas. Mais souvent dans les salons, on voit des réguliers.  A partir du moment où l’on a confiance en soi, on lâche certaines de ses peurs, et on comprend une chose essentielle : si quelqu’un ne m’achète pas un tableau, il n’achètera pas forcément le tableau d’un autre, et inversement. Quand tu as compris ça, il n’y a plus de raison d’avoir peur. Il n’y a pas de concurrence, il n’y a pas d’ennemis, seulement des collègues. Et la seule façon d’avoir confiance en ce que tu fais, c’est de proposer quelque chose de puissant, d’intime et de personnel. Victor Hugo a dit un jour « L’intime confine toujours avec l’universel ». Plus ce que tu produis est honnête et intime, moins il y a de raison d’avoir peur de quoi que ce soit.

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