C’est l’été, c’est la saison des pénibles, ça y’est. Mais quand je dis la saison des pénibles, je ne parle pas des gens, je parle de tous les trucs pénibles. J’ai beau essayer de me dire que le tourisme fait marcher le commerce, j’y arrive pas. La première raison, c’est que je ne suis pas commerçant. La deuxième, c’est que j’ai souvent l’impression que mes commerçants à moi se plient en quatre pour satisfaire des envies bizarres provenant de gens encore plus bizarres, et que certaines catégories de touristes sont les incarnations parfaites de ce qu’on croit qu’ils sont. Des archétypes, des stéréotypes, des grands poncifs, comme si la réputation était juste une version éthérée de la vérité. Le Parisien est exigeant, chez lui c’est mieux, ça va plus vite, « chez nous y a pas de métro », la Côte d’Azur c’est l’ère tertiaire, et le wi-fi du camping c’est de la merde. Le Hollandais se cogne la tête contre toutes les poutres de la création, l’Allemand garde effectivement ses chaussettes dans les sandales, l’Américain aime la France mais ne la respecte pas, le Suisse respecte la France mais ne l’aime pas, l’Anglais ne fait absolument aucun effort d’intégration. Et le sudiste, lui, il attend avec impatience que la pluie tombe, parce qu’il meurt de chaud, parce que ce qu’il avait à moyenner dans les bars de nuit il l’avait déjà moyenné au mois de juin, et parce qu’il sait que de toute façon, la petite meuf qui vient d’une contrée lointaine et qui ne parle pas sa langue, elle va bien vouloir passer une soirée avec lui, mais va fixer son p… de téléphone toute la soirée. Comme une Française, en pire.

Tout n’est pas noir, heureusement. Déjà parce que l’émulation, le monde, ça crée quand même une belle dynamique. C’est juste une question de philosophie, il paraît. Un bouchon c’est juste un moment opportun pour réfléchir à la vie, pour se détendre, on est assis, on a la clim, on a de la bonne musique, et tant qu’on n’est pas à la bourre, y a pas de problème. Si on y réfléchit bien, finalement. Mais je sais pas pourquoi, moi j’ai quand même un peu de mal à vivre avec un peu moins de mètres carrés disponibles que d’habitude. Comme si j’avais moins d’air. La présence de tout ce monde me donne envie de courber l’échine le temps que ça passe, j’ai pas envie de sortir là où tout le monde va, j’ai pas envie de bronzer, j’ai la haine quand j’entends de la musique de merde partout, tout le temps et trop fort. Et je ne comprends même plus comment ni pourquoi les gens s’éclatent. En plus ils s’engueulent très souvent, parce que l’été, ça les gonfle, le soleil leur monte à la tête, et ils s’en prennent à la famille très rapidement, comme le point Godwin, mais dans la vraie vie, avec ta mère à la place d’Hitler. Bref, l’été ça les fatigue grave, ce qui nous fait un point commun, et avec ça, on peut sûrement faire quelque chose !

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