« Ils cherchent des vierges, alors que nous on sait qu’il n’y en a plus. » Voilà, tout est dit. C’est bizarre comme le monde du djihadisme et celui du porno peuvent se croiser sur un sujet aussi épineux, alors que tout les oppose, si on en croit les écritures qui régissent et qui codifient chacun des deux. Cette phrase est celle d’un libertin génial, fréjusien, amical, inspiré. Un type fantastique et heureux, qui a des mœurs qui le regardent mais qui n’accable personne parce qu’il ne vit pas comme tout le monde. L’autre point commun entre le djihadisme et le porno, et sur celui-là on va pouvoir développer, c’est que dans les deux cas, ceux qui tirent les ficelles poussent leurs petits soldats à repousser toujours plus loin leurs limites. Il faut toujours plus de spectaculaire, de violence, de délire, pour susciter chez le spectateur des sensations extrêmes, en espérant faire passer la vie courante pour un échauffement avant les choses sérieuses. Dans les deux cas, on vous vend du rêve en vous montrant des choses qui n’existent pas vraiment, sauf si on est gravement atteint du bulbe. Et dans les deux cas, l’amateurisme à peine éclairé s’enfonce parfois dans une brèche où plus rien n’est maîtrisé, ni le concept, ni les actes, ni les paroles, et par-dessus tout : la mise en application.

Doit-on voir dans la triple anale une évolution normale de la sexualité moderne ? Rien n’est mois sûr. Pourtant ça existe, et c’est accessible en deux clics et un tag sur Internet. A celles et ceux qui ont loupé le train en marche, par éducation, par manque de curiosité, ou simplement parce que leur équilibre intérieur les a laissés éloignés des choses les plus fantasques et bigarrées de la vie numérique, sachez que le sexe filmé en 2016 est une toute autre forme d’expression que celui de Brigitte Lahaie, Marylin Jess ou Laure Sinclair. Aujourd’hui, le monde de la pornographie rivalise de créativité, c’est la course à l’armement. C’est bien simple, on trouve de tout : « une vieille qui se tape trois nains dans une décharge ? », « Un gros chauve attaché et sodomisé par douze transsexuels ? », « Une partie fine interraciale au sommet du Mont Blanc ? » Internet est votre ami. Et pas le DarkNet, hein, ce lieu de perdition où avec un logiciel et deux trois connaissances en informatiques on peut acheter de l’opium, des vidéos zoophiles, des chars d’assaut russes et des enfants dont les parents ne veulent plus. L’Internet normal, celui sur lequel les fanatiques de l’Etat Islamique recrutent via des comptes Facebook. Là aussi, point commun : pourquoi utiliser des moyens détournés et compliqués pour faire n’importe quoi, quand le seul vecteur du grand réseau mondial suffit ?

Je savais qu’un monde sans Galabru, Lemmy et Prince serait un monde peu accueillant pour un type comme moi. Je ne savais pas que l’année 2016 allait sentir la chaussette à ce point. Et quitte à ce que les dérives de l’humanité soient projetées au grand jour, je préfère voir des gens se faire décalquer la rondelle avec des baillons-boules et des harnais plutôt que des camions qui dévalent la promenade des Anglais un soir de fête. Je suis triste, mais plus en colère que triste.

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