Vincent Lagaf’ est l’acteur principal du Baltringue, et dans ce film moisi, Vincent Lagaf’ est nul. Cette chronique pourrait s’arrêter là, mais c’est toute la rédaction du journal qui est investie d’une mission sacrée : il faut qu’on en parle sérieusement. Parce qu’il est important, essentiel, obligatoire, vital de dire tout ce qu’on pense du Baltringue. Non content d’être une insulte à peine voilée au cinéma, ce film miraculeux en tous points réunit en moins d’une heure 20 tout ce qui fait qu’on peut détester un objet : il n’ a rien pour réussir, il affiche une étiquette qui ment, il ne s’attire aucune sympathie, à aucun instant. Et surtout, il plonge son interprète principal dans le plus profond de ce qu’il fait de pire : le divertissement cabotin de fond de cave. Mal dirigé, Vincent Lagaf’, qui avant d’être un sportif de haut niveau était surtout un comique de grand talent dans les années 90, sombre dans une catastrophe cinématographique rare. En fait, c’est carrément un truc de fou.

Caméra café, des postiches et un scénario écrit sans les mains.

Vincent Lagaf’, on le connaît. On l’a même interviewé, et pour tout vous dire, on est tombé à l’époque sur un mec vraiment sympa. Alors savoir par avance qu’on va être contraint de le défoncer parce que son film est immonde (c’est lui qui a eu l’idée de le faire, c’est donc son film), ça nous gêne un peu. Donc balayons tout de suite certaines idées reçues sur la personne : Le Lavabo, oui c’est nul, mais c’était pas pire que d’autres chansons faciles de l’époque (« La chanson d’Hélène », ou les chansons d’Hélène, les initiés feront la différence, notable). La Zoubida, oui c’est raciste, mais pas plus que les Inconnus ou les Nuls, qui en ont balancé des caisses, c’était aussi l’époque. Le Bigdil, Drôle de Jeu, l’Or à l’appel ? Du divertissement made in TF1, avec un personnage central obligé d’en faire des tonnes pour que les questions débiles soient habillées d’une certaine forme d’intérêt. Lagaf’ faisait sur le plateau la même chose que sur scène, et ça fonctionnait à peu près. En tous cas mieux qu’au Juste Prix, où là par contre, la bêtise des candidats suscitait une colère intérieure quasiment sans précédent chez votre serviteur. Par contre y avait de la meuf. Bref… Mais Lagaf’ au cinéma n’a pas d’équivalent, ni de circonstance atténuante. Lagaf’ au cinéma, c’est Le Baltringue, et Le Baltringue est au cinéma ce que Moltonel est à la grande famille du papier.

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Le scénario ? Une histoire de déglingué, avec un animateur de télé-achat particulièrement con qui se retrouve embrigadé, avec un certain plaisir, dans une histoire d’espionnage à la Française. Voilà, c’est tout. Et ce sera le prétexte à une série de gags, avec un grand costaud qui essaie de faire son taf, et un blaireau maladroit et idiot qui va tout faire pour l’aider, en faisant tout foirer, ou en étant le sauveur par miracle.  Sauf que Cyril Sebbas est loin, très loin d’être Francis Veber, que Philippe Cura (connu grâce à Caméra Café) est tout sauf Gérard Depardieu (encore que c’est lui qui s’en sort, de très loin, le mieux), et que Vincent Lagaf’ ne fait même pas penser une seconde à Pierre Richard, en tous cas là-dedans. Et ces perruques ridicules dont il est affublé pendant 85% du film ne rajoutent aucune touche de drôlerie.

Un peu de CV, pour savoir de qui on parle quand on parle de Cyril Sebbas ? D’un mec qui a réalisé un autre film, presque aussi minable que celui-là (Gomez VS Tavarez, oui, le 2), et des clips pour tout ce qui se fait de pire dans l’industrie musicale française : Daniel Levy, Jean Roch, les L5, et même le Paris Latino de la Starac 2, c’est lui. Il a aussi travaillé avec Disiz La Peste et Johnny, qui doivent être un peu plus exigeants. Mais à la limite on s’en fout.

Interminable

Comment un film de 79 minutes peut-il être interminable ? En défiant les lois de l’intellect. C’est complètement con, c’est mal filmé, mal écrit, mal monté, mal branlé, mal imaginé. C’est tourné avec peu de fric, et quand ça doit sentir un peu l’oseille, ça sent le Havre des années 80. Des mafieux russes dans un casino, ça ressemble à une partie de cartes chez ma regrettée grand-mère, sans les petits gâteaux mais avec la triche. Les dialogues sont effarants, longs, inutiles, et mettent en avant le talent d’écriture d’une équipe triée sur le volet. C’est étiré à mort pour atteindre le quota de minutes d’un long-métrage, on discute pendant des plombes dans des bagnoles pour ne rien dire, ça n’a absolument aucun intérêt, et surtout, même si c’est court, putain que c’est long !

Qu’est-ce qu’il reste, alors ? Il reste une bombe sexuelle qui s’ignore en la personne de Virginie Stevenoot. Il reste le fait que la société qui a produit ce caca s’appelle WeshWesh production. Il reste que le film a été produit par le frère de Samy Nacéri qui s’appelle Bibi. Il reste Thaïs Kirby, qu’on connaît aujourd’hui surtout pour être la jolie métisse de Coeur Océan. Allez, 41 000 spectateurs dans les salles, une carrière de film-étalon de la daube à la française chez les cinévores, et puis ça ira bien.

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