Quelle belle initiative que celle des Nuits Auréliennes à Fréjus qui propose chaque année sous l’égide de l’Office de Tourisme de la Ville une programmation théâtrale dont la qualité n’a rien à envier aux festivals alentour ! C’est le péché mignon de nombre de fidèles du théâtre intercommunal, qui chaque été, malgré la raideur de l’assise, n’en boudent pas moins leur plaisir de troquer leur confortable fauteuil du Forum contre les gradins du théâtre romain Philippe Léotard. Ils y sont rejoints par celles et ceux qui n’aiment le théâtre qu’au grand air et au cœur de l’été. On s’est glissé parmi eux pour une soirée… de folie !

En effet, le 19 juillet on y donnait « Une folie » de Sacha Guitry. Sur la pièce, écrite en 1938, il y aurait beaucoup à dire, mais laissons cela aux experts. En bref, un couple, Jean-Louis et Missia Coussinet, censément mariés depuis 6 ans et ne se souffrant clairement plus ni l’un ni l’autre, se présente chez le célèbre psychiatre, le Dr. Flache, chacun lui demandant d’examiner son conjoint qu’il croit devenu fou. Il en découle de savoureux dialogues, ciselés comme il faut et comme Guitry sait le faire, sur le mariage, le couple, les hommes, les femmes, la liberté, la fidélité, et… les bienfaits du divorce ! Extrait : « Et bien, il faut savoir ce qu’on fait dans la vie, cher monsieur. Il ne faut pas s’acharner comme ça sur un seul être !… C’est très joli, la fidélité – mais c’est une arme à deux tranchants. Combien de gens se croient tout permis parce qu’ils sont fidèles !… Or, ça ne leur donner tout de même pas le droit d’empoisonner la vie de l’autre – et je ne sais pas jusqu’à quel point n’importe qui peut se permettre d’être fidèle !… ». On imagine aisément combien, du plus profond des années 30 où elle a vu le jour, cette pièce a du faire grincer de dents…

Près de 80 ans plus tard, servie par une distribution remarquable, elle n’a pas pris une ride et révèle toute sa modernité, valorisée par ailleurs par la mise en scène épurée et minimaliste de Francis Huster qui l’a voulue en « classique modernisé ».

Une distribution de beaux noms et de renom

Au générique de cette représentation, l’exceptionnel Olivier Lejeune, comédien, humoriste, auteur, metteur en scène, et on en passe ! – campe un docteur Flache plus vrai que nature, entre bon sens et petites manies. A ses côtés les fille et fils « de », Lola Dewaere et Manuel Gélin, respectivement fille de Patrick et Daniel. Si le second est allé naturellement à la comédie, pour la première en revanche le chemin n’a pas été si fluide comme elle le confie avant scène : « Du fait de l’influence familiale, je me suis inscrite au cours Florent, mais je ne pense pas que c’était une envie au plus profond de moi-même. Je crois que je voulais surtout faire plaisir à ma mère et à ma famille. Du reste, l’expérience – interrompue par un grave accident de voiture Ndlr – n’a pas été très agréable, j’étais timide donc je ne passais jamais sur scène et j’étais toujours dans le fond. C’était vraiment une tannée d’aller à ces cours ». Peu importe, de l’eau a coulé sous le ponts depuis, avec notamment la nomination en 2013 au César du meilleur espoir féminin pour son rôle de Nina dans « Mince alors ! » de Charlotte de Turckheim, et sur la scène fréjusienne, elle a offert au public une divine Missia, aussi séduisante que séduite. Probablement parce que comme elle le dit « depuis que je sais que je veux être comédienne, j’ai toujours voulu jouer du Guitry. Alors forcément, quand le producteur Jean Martinez lui a proposé le rôle et la pièce, « je n’ai pas mis bien longtemps à lui dire oui ! ».

Après avoir enchanté le théâtre romain, comédiens et techniciens ont repris la route dans la nuit pour Paris, où ils jouent la pièce au théâtre Rive Gauche depuis le 2 juin et jusqu’au 30 août ! Bon vent et encore merci !

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