Je ne comprends pas les addictions. Pour la simple et bonne raison qu’elles sont toutes malsaines. Rien que par leur nature, déjà. Quand on ne peut plus se passer de quelque chose, on se met dans un système de danger. On a peur de manquer. C’est valable pour tellement de choses que c’en est flippant. On connaît tous des gens qui sont addicts à la clope, à l’alcool, à la bouffe, au sport, au sexe, au poker en ligne, aux réseaux sociaux…à tout ou presque, du moment qu’un excès peut nous entraîner vers le côté obscur de la force. Mes préférés, ce sont les accrocs aux réseaux sociaux. Hyper-communiquer avec des gens que tu ne connais pas, au mépris des vraies personnes disponibles à proximité. Ça c’est absolument fantastique : pourquoi inviter à ses concerts à Nice des Niçois quand on peut convier des Américains du Maryland ? « Autant faire les deux, ça fera plus d’invités, et même si ceux qui ne peuvent pas venir disent qu’ils viennent, ça fera genre y a du monde ». Mais dans quel monde on vit…Pourquoi draguer via un site web une fille qui a l’air cool et jolie qui vit à Valence, alors qu’il y en a plein qui sont officiellement cools et jolies à 50 mètres de chez nous ? Pourquoi jouer à Call of Duty en réseau avec des pré-ados coréens plus forts que nous quand on peut se maraver dans le salon avec quelques potes ? Tout ça, ce sont des bonnes questions. Et la réponse est toujours la même : parce que c’est plus facile, immédiatement accessible, aisément disponible, et sans confrontation avec le monde extérieur. Alors on le quitte, le monde extérieur, on le fuit, il est trop surprenant, trop inattendu, pas assez maîtrisable. On s’invente une personnalité qu’on pense meilleure sur Facebook et Instagram, on fait comme si on était plus beau, plus grand, plus cool, on rentre dans une compétition avec le reste du monde, peuplé exclusivement de winners qui écoutent la meilleure musique, voient les meilleurs films, couchent avec la Terre entière. On se suicide, en fin de compte ; on tue notre véritable identité pour donner vie à un alter-ego le plus parfait possible, et cette invention numérique nous emporte presque toujours. Pourtant, on nous le dit régulièrement : il y a du bon en nous, des choses à faire valoir, des qualités rares, des atouts majeurs. Mais qui peut encore y croire lorsqu’une bombe atomique vous explique ce qu’il faut manger pour lui ressembler ? Qui peut songer un instant être un individu brillant quand l’archétype de la réussite est incarné par un mélange dangereux entre Cristiano Ronaldo et Mark Zuckerberg ? Aujourd’hui, t’es qu’un con si t’as pas un iPhone 6s ou une Audi, un fixie, une paire de pompes à 300 balles et une meuf au cul squatté. Un naze, une merde. En tous cas dans le monde virtuel, peuplé en grande partie de gens qui se modèlent en meilleurs que ce qu’ils sont, et qui courent après leur propre image dans le monde réel, en espérant s’auto-rattraper. Devenir fan de soi-même pour plaire aux autres, la voilà, la pire addiction du monde.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire