C’est rare qu’un film fasse vraiment peur. Pour ne rien vous cacher, depuis quelques perles de Wes Craven ou de Sam Raimi, il est assez rare qu’un film file vraiment la pétoche, tout simplement parce qu’un bon film d’épouvante, c’est souvent une histoire rocambolesque avec des monstres pas possibles qui pourrissent la vie des gens, ou la planète, ou un manoir, ou un hôpital sordide, et quand c’est fini, ben y a plus rien. On n’y pense plus. Il se trouve que ce saligaud e James Wan, qui comme son nom ne l’indique pas est australien, a misé sur un autre registre pour pondre ces deux volets de Conjuring. Il relate des opérations de désenvoûtent ou d’exorcisme, choisissez, orchestrées par le couple Warren dans les années 70. Deux personnes, un couple, un binôme qui bosse en cheville avec l’église, pour éradiquer les esprits malfaisants. Amityville, ils étaient là. Le Rhode Island et les horloges bloquées à 3h07, ils étaient là. Et à Enfield en Angleterre, en 1977, ils ont fait le déplacement pour assister à ce cas très étrange de possession démoniaque sur une certaine Janet Hodgson. C’est ça, l’objet de Conjuring 2.

James Wan est-il un génie ?

Il n’y a qu’un pas àç franchir pour l’affirmer. Ce qu’on peut dire de James Wan, c’est qu’il a en tous cas un don pour plonger son public dans la torpeur. Il utilise tous les artifices possibles et imaginables, tantôt parfaitement classiques et éculés jusqu’à l’agonie (les sons forts et soudains, les apparitions, les scènes « aqueuses », les ombres, les liserés de lumière), tantôt complètement nouveaux (angles de caméra hallucinants et inattendus à l’aide de drones, morphing super réussi). On sait qu’on va flipper, et malgré ça, on a peur quand même. La magie dans la magie. En misant sur une histoire finalement assez simple, James Wan mise tout sur l’interprétation, le charisme de Patrick Wilson (fabuleux en démonologue téméraire), et sur un parti pris assumé : tout ça est réellement arrivé. Tout y passe : les meubles qui volent, les scènes de lévitation, les cris, les voix qui se transforment, etc. C’est tellement « classique », tellement Friedkin, qu’on en finirait presque par se dire que ce film-là, sous une forme ou une autre, et en recompilant des extraits d’autres œuvres, on l’a déjà vu. C’est vrai que dans l’absolu, ce n’est pas d’une originalité folle. Et pourtant, si on vous demande « quel film d’horreur ultra-classique aimeriez-vous revoir », celui-là fera souvent partie des premiers que vous citerez. Parce qu’il est mieux, mais alors beaucoup mieux fait que la plupart des autres.

Précision documentaire

Se documenter sur de l’ésotérisme est une tâche assez fastidieuse. Pourtant, James Wan n’a pas rechigné à la tâche et c’est avec une très grande précision qu’il évoque ce fameux cas Enfield. Comme souvent chez les Anglo-Saxons, la fidélité de certains détails avec l’histoire d’origine et les documents d’archives sont hallucinants de conformité. Comme si le réalisateur avait simplement redonné vie à de vieilles photos prises par Scotland Yard, ou par les Hodgson eux-mêmes. Sans vous révéler les tenants et les aboutissants de l’histoire, sachez que l’un des moments les plus intéressants du film, et c’est très rare, et bien c’est le générique de fin, qui résume toute cette histoire en 5 minutes, une fois que le stress des deux heures de film est un peu derrière. Parce que sans déconner, vous allez vous accrocher au siège.

De là à dire qu’on avale tout sans problème, peut-être pas. Il faut de temps en temps faire appel à un certain lâcher prise de tout esprit 100% cartésien, sinon on décroche complètement. Si pour vous les démons, la possession, les exorcismes ne sont qu’une gigantesque flaque de sottises créées pour piéger les corniauds, alors évidemment, la série des Conjuring peut faire office de farce. Mais quand bien même : un film d’horreur vaporeux qui suggère une telle torpeur vaudra toujours mieux qu’une bouse comme Paranormal Activity, tournée à l’iPhone 4 dans une cave au Mexique. On est dans le renouveau de l’horreur, mais pas dans le cheap. James Wan fait du cinéma, du vrai, avec des vieilles méthodes. Mais il assure, lui.

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