Il a du métier, il a du talent, de l’expérience, et c’est sur lui que repose l’assise du groupe. Eric Berger a toujours joué de la batterie, et il a réussi avec les années à devenir ce qu’on appelle « une valeur sûre ». C’est pour ça que l’année dernière, Jerry Can a fait appel à lui pour quelques remplacements, avant de l’engager définitivement. Parce qu’il est cool, en plus d’être bon ! L’intermittence, la musicalité, la mémoire pour emmagasiner autant de morceaux, voilà de quoi on a discuté avec ce musicien qui sait tout jouer, discrètement ou pas, fort ou pas, en chantant du reggae ou pas, bref, un mec qui sait beaucoup de choses sur son métier.

Eric tu es dans le circuit depuis combien de temps ?

20 ans ! J’ai commencé tard, j’avais 34 ans. Avant j’étais musicien amateur, je vendais des disques, je travaillais pour quelqu’un  avant d’ouvrir mon propre magasin. Et puis un jour on m’a appelé pour jouer dans un groupe qui faisait pas mal de dates et ça fait 21 ans que ça dure.

C’était quoi le premier groupe ?

C’était Couleur Café, et ça s’est appelé Totem. C’était de la haute voltige, on faisait du Queen, du Earth Wind & Fire, j’étais vraiment avec des très bons musiciens. C’est avec eux que je suis devenu intermittent.

Le monde de l’intermittence a beaucoup changé ?

Énormément. Le statut est devenu plus difficile à boucler, à la fin du mandat de Chirac. Un vrai attrappe-couillon, on avait moins de temps. Et puis les temps ont changé, les lieux où tu peux jouer essaient de ne plus payer de charges, donc si tu refuses de jouer, ils prennent un groupe qui joue au black, avec des factures bidons d’association que personne ne vérifie jamais. Donc tu souffres de la concurrence directe des musiciens amateurs. Le système est devenu bizarre, tu peux aussi passer par un organisme qui nous facture à nous, musiciens, 10% pour gérer la paperasse entre les employeurs et nous-mêmes. Un gros attrape-couillons ! En gros, je coûte au groupe presque 85% de charges supplémentaires ! C’est un régime qui rapporte pas mal à l’état ! Alors quand j’entends les mecs du Medef dire que les intermittents vivent sur le dos de la société, j’hallucine.Aujourd’hui les intermittents bossent au black pour payer leurs charges. J’ai connu deux ans d’enfer, j’ai peut-être fait 50 dates dans l’été, mais il y en avait 25 qui servaient à payer les charges que l’employeur ne payait pas.

Comment tu fais pour allier la partie « cachets et paperasse  » et la musique personnelle ?

J’essaie de trouver du temps. Il me faut beaucoup de temps pour régler les « affaires », mais aussi pour faire de la musique. Mais j’arrive à m’épanouir même dans le bal, parce que j’ai compris un truc important : pour se faire plaisir, il faut bien choisir les gens. Tu peux jouer avec des tueurs qui viennent juste cachetonner, mais c’est pas ça la vraie vie, ça c’est comme sortir d’un hôtel où t’as tiré un coup avec une pute, tu sors et c’est fini. Ce que je recherche, c’est la bonne cohésion humaine, si je vois des problèmes d’égo, des choses comme ça, je passe la main. C’est l’expérience de mon vieil âge !

Si ton fils d’une vingtaine d’années te demande comment on devient intermittent, tu lui donnes quoi comme conseil ?

De foutre le camp ! C’est ce que j’ai dit à l’un de mes élèves, qui a fait une douzaine d’années avec moi, il est parti bosser en Angleterre, parce que la France n’est pas un pays de musiciens. Ici tu as tellement peu d’opportunités valables que ça ne vaut pas le coup.

Parce que ce n’est pas un problème de talent ?

Il en faut, mais il faut surtout apporter du plaisir aux gens, c’est du bouche à oreilles. Tu peux débarquer avec un diplôme, du conservatoire, ça sert à rien. Tu joues, et on voit.

Comment tu fais pour emmagasiner autant de morceaux ?

J’ai de la chance, j’ai une très bonne mémoire. Si je joue un morceau deux ou trois fois, quinze ans après je m’en souviens. Ces dernières années il a fallu que je me diversifie dans 5 ou 6 formations, ça fait à peu près 300 morceaux à connaître, alors je mets tout sur des clés USB et j’écoute dans la voiture. Quand je vais jouer avec untel j’écoute son répertoire, etc. Là j’ai tout dans la tête, ça va. J’ai fait il n’y a pas si longtemps un tribute à Joe Bonamassa, c’est copieux, il y a des arrêts, des relances, c’est chargé, et je refuse d’écrire même si je sais le faire, parce que c’est trop fastidieux !

Ce soir c’est spécial, parce que dans Jerry Can, tout le monde n’est pas intermittent.

Et les gens le font par plaisir, et c’est important. Ils respectent le fait que moi je le sois, ils profitent de mon expérience, mon rôle c’est d’être performant, pour eux.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire