Depuis que je suis venue au monde, il y a un peu plus d’une cinquantaine d’années maintenant, je passe mon temps à constater que le monde est sur une sinusoïde. C’est très amusant, quand on a 50 balais, de voir à quel point les choses changent mais ne changent pas. J’ai un fils de 22 ans qui n’arrête pas de me dire que pour lui, tout est différent de l’époque à laquelle moi, sa mère, j’avais le même âge que lui. Dans les petites lignes, il n’a pas tort. Mais dans les grandes, c’est une autre histoire !

Par exemple, il est persuadé que les gens de mon époque avaient du goût, alors que la moitié de ses anciens copains de collège sont aujourd’hui tous obsédés par les courbes de Rihanna et aussi, et c’est plus inquiétant, par ce qu’elle chante. Il me dit «je comprends pas, à ton époque il y avait les Stones, il y avait Led Zep, c’est vieux mais c’est génial !» Il oublie bien vite que j’ai connu la naissance du Disco, l’avènement de Cerrone, le triomphe de Claude François et de Patrick Juvet, des choses horribles ! Nous aussi on eu nos années noires, de la culture du bas, avec Les Charlots au cinéma, Sheila derrière le micro, des émissions débiles à la télé avec toujours les mêmes invités chez les Carpentier puis chez Drucker. C’était un peu mieux fait parce qu’il y avait un peu plus d’écrémage, je lui accorde ce détail, mais en fin de compte, j’ai été passée à la même moulinette du matraquage que lui. Le pire, c’est qu’il oublie que sur nous, on a testé plus de choses que sur les jeunes d’aujourd’hui : poulet aux hormones, médicaments révolutionnaires en tous genres, même des vaccins pour des vraies maladies qui font peur, pas pour la grippe des volatiles. Mais ça, c’est pipi de chat à côté de Pokemon Go, il paraît.

C’est vrai qu’en 1980, j’avais moins de tentations consuméristes. On ne me noyait pas toute la journée dans des images, je pouvais encore un peu décider par ma seule volonté sans trop lutter. Il doit faire plus d’efforts que moi, mais il a aussi accès à plus de choses sympas, plus vite et plus facilement. Ne tient qu’à lui de sélectionner ce qui lui convient, et je trouve qu’il le fait plutôt bien. Il suffit d’aller chercher un peu au lieu de se contenter de ce qu’on lui sert, partout où il met ses yeux, son nez, ses mains. Le hasard c’est bien, mais savoir qu’il n’y en a pas tant que ça, c’est intéressant. Nécessaire, même.

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