Par M’oiselle Jeanne-

Installé depuis 2004 dans le Circuit des métiers d’art de Fréjus dans son bien-nommé atelier « Vert de Gris », Philippe Gallego est un plasticien fondeur qui travaille le bronze comme personne sur la place. A cette technique d’art qu’il a apprise auprès du maître varois Laurent Inquimbert, il ajoute avec un talent certain un peu de son humour et beaucoup de lui-même, pour produire des sujets uniques, poissons en tous genres, qui composent son œuvre en même temps que son univers. On l’a rencontré juste avant qu’il ne s’installe pour une semaine d’expo à Roquebrune. Bluffant.

Artiste sinon rien

Quand on le voit évoluer dans son atelier tellement à l’aise entre ses bacs de cire, ses flammes et ses odeurs de brûlé, on dirait sans hésiter qu’il a toujours fait ça, Philippe Gallego, fondre du bronze et couler des jours heureux. Pourtant, si le goût des arts plastiques est venu tôt, sa concrétisation aura dû attendre une salvatrice reconversion réussie à la quarantaine. « A 16 ans, quand j’ai dit à mes parents que je voulais faire les beaux-arts, il y a eu un silence terrifiant. » Alors Philippe passe à autre chose, une formation en restauration, des petits boulots, puis une embauche au service médical de la Sécurité Sociale où il restera 17 ans. Il « bricole » dans son temps libre. Jusqu’au jour où l’envie d’art se fait plus pressante : « il fallait que j’arrête, ce n’était pas seulement une crise de la quarantaine, c’était plus général, je devais sauver ma peau ». C’est pour lui le point de départ d’une nouvelle vie, que les rencontres vont aider à construire : son épouse qui le soutient dans sa démarche, ces bronzes pour lesquels il a le coup de cœur à une expo, le maître Laurent Inquimbert auprès duquel il se forme pendant 9 mois à Carcès, le Circuit des Métiers d’art de Fréjus en création, Yves Cass qui lui apporte son soutien et avec lequel il collabore dès son installation, et bien d’autres. « Cette reconversion a été un vrai bonheur parce que j’ai rencontré quelqu’un que je ne connaissais pas bien et avec qui je vivais pourtant depuis 40 ans, moi ».

De dentelle et de bronze

Depuis 2004, Gallego n’a de cesse de travailler et retravailler cette technique qu’il a apprise. « T’en as pour 20 ans pour devenir un fondeur un peu respectable, mais petit à petit tu entrevois ce que tu vas pouvoir faire ». L’univers est en place, c’est Le monde du silence de Cousteau, celui qui le fascine par sa beauté depuis qu’il a mis la tête sous l’eau à 8 ans. Le postulat aussi est posé, les poissons auront tous la bouche ouverte parce que « j’attends toujours qu’ils me racontent des choses sur les origines de la vie puisque ce sont quand même les seuls êtres vivants sur terre qui naissent, vivent et meurent dans leur élément originel. » La technique quant à elle est maîtrisée. Et s’affine. « La base, c’est la cire perdue. Si je veux un objet en métal coulé quel que soit le métal, je le fabrique d’abord en cire. Je le mets dans un moule puis je fais cuire le moule, la cire fond et s’évacue, et il reste le négatif dans le moule. Je le remplis avec du métal en fusion, du bronze en l’occurrence, ce qui recrée un positif puisqu’il remplit le vide ». Sa particularité ? C’est de créer à base de napperons, oui des napperons ! C’est ce qui donne cet irrésistible aspect dentelé à ses poissons. « Je ne peux pas dire que j’ai inventé la technique du napperon. En fait, le napperon est en totale cohérence. J’ai appris les calcinations, mais généralement ce sont des matériaux plutôt épais que l’on utilise. Par exemple, j’avais déjà vu brûler de la toile de jute. Passer au napperon, c’était un challenge parce que le vide du moule devient labyrinthique pour le métal. Il fallait donc déplacer le curseur et adapter la technique. J’ai commencé les premières calcinations de dentelle en 2007, et petit à petit j’ai poussé le bouchon de plus en plus loin. » Le résultat est à découvrir à la Chapelle Saint-Michel jusqu’au 6 septembre, avec la complicité de la peintre Joss Blanchard pour une expo baptisée « Espoir » qui fleure bon l’énergie positive.

Exposition « Espoir » du 31 août au 6 septembre

Philippe Gallego, plasticien fondeur & Joss Blanchard, peintre

Chapelle Saint-Michel Roquebrune-sur-Argens, de 10h à 20h

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