Pas un roman, mais un document, ça change un peu. Avec ses Maîtres de la Terreur, le documentaliste Patrick Pesnot retrace le parcours sanglant des pires malades mentaux à avoir jamais dirigé des grandes instances, quand ce n’est pas un pays tout entier. Il fait à merveille le lien rapidement, entre leur parcours personnel et leur oeuvre, mettant en perspective les hommes et leur travail de sape hallucinant.

En évitant les sujets sur lesquels tout ou presque a déjà été dit, comme Hitler ou Napoléon, Patrick Pesnot s’intéresse à des personnages illustres auxquels l’école, notamment, ne donne pas accès. Des méconnus de l’histoire qui gagnent portant à être connus, ne serait-ce que pour l’atrocité et souvent l’absurdité totale de leur déferlement de violence. Par exemple, Idi Amin Dada, le dictateur ougandais, qui prenait plaisir à torturer lui-même des ennemis quand il servait dans l’armée, en les interrogeant armé d’une machette, leur pénis en évidence posé sur une table.  Idem pour le méconnu Quin Shi Huang, un empereur chinois qui peinait tellement à supporter les intellectuels qu’il en fit exécuter 460 le même jour, ou Caligula qui obligeait les sénateurs de Rome à prostituer leurs femmes.

Entre la légende, les écrits, un soupçon de poésie morbide et l’histoire officielle, Patrick Pesnot met en perspective les monstres d’aujourd’hui à travers le parcours de ceux d’hier, et ce que l’on retiendra de tout ça, c’est que finalement, même dans l’horreur absolue, c’est difficile de se réinventer. Un livre divertissant, instructif, très bien écrit, et qui interroge, ça par contre c’est dur à vivre parce qu’on pourrait penser qu’on était débarrassés de ces malades, mais il en reste. Et ça, tout le monde le sait.

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