Troisième féria consécutive pour la Patrouille de l’événement qui a réussi le pari de créer un événement annuel et relativement bien suivi par le public. La confrontation des deux mondes, pros et anti, n’effraie pas Romain Petitjean, qui continue de penser qu’un spectacle qui ne déborde pas du cadre fixé par la mairie, mais qui honore tout de même les traditions séculaires de Fréjus, est un rendez-vous nécessaire dans une saison estivale culturelle digne de ce nom. Avec un peu d’histoire, des arguments, des mots bien choisis, voici pourquoi la féria de Fréjus n’a pas été qu’un coup d’essai en 2014.

Romain, cette année la Féria de Fréjus fête ses trois ans. Parle-nous déjà du concept.

C’est une Becerade, une corrida d’apprentissage avec des novillos qui affrontent des taurillons jusqu’à 300 kilos. La féria c’est un ensemble qui se rattache à une longue tradition, on peut remonter très loin, jusqu’aux cultes mithraïques où l’on voyait des taureaux sacrifiés. C’est l’une des origines connues de la corrida, qui s’est implantée en Espagne mais aussi dans le sud de la France. Fréjus a une longue tradition taurine, Picasso venait régulièrement sur la Plazza, les arènes. Il y a des danseuses sévillanes, du flamenco, tout un thème articulé autour du personnage central, le taureau. Un animal sauvage, une bête fauve, agressive par nature, qui se confronte à l’homme dans un jeu qui n’est pas égal, ce serait faux de dire que c’est une sorte de « jeu à égalité », c’est une mise à mort ritualisée. Mais l’homme risque sa vie. Ce soir ils ne risquent rien, bien sûr. Dans une corrida formelle, l’homme se confronte à l’univers sauvage à travers ce combat.

C’est ce qui plaît aux aficionados ?

C’est essentiellement ce qui leur plaît mais pas seulement. Il y a ceux qui aiment la geste du torero, les effets de muletas, et d’autres sont plus attachés au comportement de la bête sur la piste, la sortie, la prise de possession du territoire. Un taureau n’est tauré qu’une fois, il découvre l’homme pour la première fois, et on se trouve devant ce moment tragique durant lequel l’homme, avec des gestes lents et gracieux, va taurer ce monde sauvage.

C’est la troisième féria organisée en trois ans par la Patrouille. C’est un rendez-vous courageux, parce qu’il y a toujours une manifestation à gérer.

Rien n’est simple, jamais. Un tout petit événement comme un grand, de Johnny à un petit concert sur une place privée, a ses contraintes et ses contrariétés. Les anti-taurins usent de la liberté d’opinion et d’expression et ils ont bien raison. Les arènes aujourd’hui sont pleines, les aficionados jouent le jeu de la démocratie, ils veulent faire vivre leurs traditions.

Il y a une frustration des aficionados ?

Ils souhaitent le retour des corridas formelles, mais le sénateur-maire a fixé un cadre, pas de picadors et pas de mise à mort, donc nous respectons ce cadre.

Comment expliques-tu que les anti restent persuadés que c’est juste une étape ?

Je pense qu’ils font de la politique, ils usent de toutes les armes qu’ils ont pour faire avancer leur cause. Leur message est plutôt bien repris dans les médias donc ils ne s’en privent pas. Nous, notre objet c’est de faire en plus des spectacles de rock et de musique électronique, des spectacles attachés à la tradition. Ce sont des choses à la fois fondamentales et très demandées. Les Français, les Provençaux ont besoin de points de repères. Je pense que les 3000 personnes qui sont dans les arènes, ont ici une représentation de la dualité entre la vie et la mort, ce spectacle a quand même beaucoup plus de sens que de voir leur ado poursuivre un Pokemon. Les traditions sont assises sur des choses qui ont du sens, et c’est de la responsabilité de ceux qui ont la possibilité de monter ce genre de spectacle que d’apporter leur pierre à l’édifice. Ces traditions ont un sens profond, l’identité, les racines.

Vous essayez toujours de privilégier les acteurs locaux, mais il n’y a plus de taureaux à Fréjus.

L’éleveur est camarguais, et le centre national de la tauromachie est à Nîmes. On reste dans le sud de la France, mais effectivement il n’y a pas d’élevage ici. Le Corral de l’Agachon a été refait, et les vachettes de Toro-Piscine ont passé la nuit là-bas. Les taureaux d’aujourd’hui sont arrivées directement, on avait peur pour elles que les extrémistes des deux camps ne les mettent en danger. Il n’y a rien de pire que les extrémistes, il faut quand même écouter leurs arguments. Ceux des anti-taurins ne me convainquent pas, mais pour rien au monde je ne souhaite les empêcher de les exprimer.

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