Il n’y a guère que dans le domaine cinématographique que le mot « minoritaire » peut être tenu, revendiqué même, pour un éloge. Partout ailleurs ou peu s’en faut, dans une société – une civilisation ? – qui valorise les winners, les performants, et en tout état de cause s’avère impitoyable aux losers, la minorité signifie défaite, échec, faillite. Lisez les éloges funèbres de Michel Rocard. Un bon Premier Ministre (ou même un mauvais, aucune importance) ? Que non pas : l’homme qui aura échoué à devenir président.

Or, au cinéma, il n’en va pas ainsi.  Arnaud Desplechin, pour ne prendre  que cet exemple, se glorifie d’être un cinéaste minoritaire. Tel est le cas, aucun doute là-dessus ! Mais pourquoi s’en faire gloire ? Il ne s’agit pas d’un argument : sur grand écran aussi, il y a plus d’une demeure dans la maison du père, et des blockbusters astucieux voire raffinés cotoient des films expérimentaux cons comme des verres à dents.                 

Provincial – il est languedocien -, communiste et homosexuel, Alain Guiraudie est le champion des minoritaires, et plutôt trois fois qu’une. Son cinéma est impitoyablement personnel, dans la mesure où personne d’autre ne pourrait le faire à sa place. Il n’a qu’un strapontin dans le paysage cinématographique français, mais ce strapontin est plus solidement vissé au sol – et plus précieux  – que les sièges plaqué-or des monarques du box office, tels Fabien Onteniente.

« Rester vertical », son nouveau film, faisait partie cette année de la sélection française en compétition officielle. Il partageait cet insigne honneur avec, notamment, « Ma loute » de Bruno Dumont. Or, si différents soient-ils à tant d’égards – (bon) signe de la diversité du cinéma français -, ces deux films auront eu tout de même un point commun décisif : ce sont des films d’après.

D’après quoi ? Ben, d’après le succès. En effet, si « P’tit Quinquin » avait signé le retour en grâce de Dumont, dans une nouvelle veine matinée de burlesque, après une sorte d’épuisement de sa veine originelle, tragique et torturée, « L’inconnu du lac », le film précédent de Guiraudie, sélectionné à « Un certain regard », ajouta au coup de cœur de la presse et des festivaliers un succès public aussi bienvenu qu’inattendu : alors que tous ses films antérieurs approchaient péniblement la barre des 30 000 entrées, celui-ci frôla les 200 000.                     

« Rester vertical » est dans une certaine mesure le fruit de ce succès. Guiraudie creuse son sillon, et filme une sorte de road-movie rural et foutraque, homosexuel et drolatique. Leo, un jeune réalisateur homo, s’éprend brièvement d’une jeune femme, lui fait un enfant, derechef en hérite, galère financièrement et s’embrouille avec son producteur. Drôle de film, à la fois cru et délicat, sensible et brutal, bordélique et structuré. Mais le meilleur motif de le voir est encore la personnalité de son auteur, cohérent et généreux, original et borderline.                            

                                   
Alain GUIRAUDIE, Rester vertical, ciné-club au cinéma Le Vox, en VO sous-titrée, le lundi 26 septembre à 20 h.  

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