Par M’oiselle Jeanne

A 17 ans, la jeune Raphaëloise Sahanah Emilian, bac littéraire mention « Très bien » en poche, fait sa rentrée en Hypokhâgne à Nice au sacro-saint lycée Masséna. Mais pas que. Parce qu’à 17 ans, Sahanah a aussi déjà publié son premier roman, « Michael Willford-Beckerman » * qui pour tout dire n’est lui-même que le tome I d’une œuvre plus large, « Graentam », qu’elle envisage à terme sous la forme d’une trilogie. Une jeune fille intelligente, attachante, douce et talentueuse comme celle-là, on n’allait pas lui laisser faire sa rentrée sans l’avoir rencontrée !

Comme le dit Corneille par la voix de son valeureux Cid, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Et Sahanah est de celles-là, même si elle-même ne se serait jamais crue aussi bien née. Il faut croire que quelque bonne fée se sera penchée sur son berceau, façon de déjouer un peu de la cruauté dont la vie recèle parfois. Née en 1999 à Madagascar, Sahanah a été adoptée en France alors qu’elle était encore bébé. « Ma mère biologique est morte et mon père biologique est inconnu. Je suis issue d’une union interdite selon les lois malgaches, entre deux ethnies qui n’ont pas le droit de se mélanger ». Et c’est sans aucun doute de la violence de ce départ dans la vie qu’elle tient son sens de l’absurde et sa passion pour la diplomatie étrangère, deux éléments fondateurs de son ouvrage.

Des projets de vie entre dystopie et utopie

Ainsi, « Graentam » raconte l’histoire de Michael Willford-Beckerman, qui a 14 ans quand il découvre qu’il n’est pas de la planète Terre, mais d’une autre planète. Il part alors à la recherche de ses origines et de ses parents. Cette quête sert de prétexte à la jeune auteure pour plonger le lecteur dans une société aux rouages politiques et économiques imparfaits glissant doucement mais sûrement vers un système autoritariste. Sur le fond, Sahanah ne s’en cache pas : « écrire cette histoire, c’était un peu écrire la mienne. On dit que le premier livre est souvent autobiographique, le mien n’échappe pas à la règle. D’autant moins d’ailleurs que Graentam, je l’ai en tête depuis mes 8 ans. Il est venu au fur et à mesure, je l’ai travaillé et retravaillé. Et j’y ai introduit la dimension politique quand j’étais un peu plus mature. C’était important pour moi de ne pas faire un livre d’adolescente pour adolescents, je n’avais pas envie de me retrouver dans la section Enfants de mon éditeur ».

Et le fait est que sur la forme, Graentam présente toutes les caractéristiques d’une dystopie, qui à l’instar du célébrissime « 1984 » de George Orwell relate « une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre, pleine de défauts et dont le modèle ne doit pas être imité ». Un choix audacieux pour cette jeune fille qui a effectué ses classes de 4e et 3e en une seule année dans un établissement niçois pour enfants surdoués, est entrée en seconde à 14 ans, a achevé son premier livre à 15. Aujourd’hui à 17 ans, elle se destine non pas à l’écriture mais à la diplomatie internationale. « Ecrire est ma passion. Mais j’ai besoin que mon activité professionnelle me permette de m’investir concrètement au service d’un but. Les échanges internationaux me font vibrer. Grâce au métier de ma mère, j’ai la chance d’avoir déjà visité 18 pays et j’adore ça. Aller à l’étranger, c’est un vrai partage, le sens même de la vie, apporter à l’autre et recevoir de lui, apprendre d’autres manières de penser et essayer de se compléter pour un monde éventuellement meilleur, même si ça paraît utopique ». Certes. Mais c’est aussi un merveilleux projet de vie que celui d’user de sa plume pour décrire les ratés de l’humanité tandis que l’on mène le combat de ses espérances. Bonne continuation chère Sahanah, ne changez rien !

M’oiselle Jeanne
* « Graentam : Michael Willford-Beckerman », tome I de Sahanah Margaux Emilian (éd. Mon Petit Editeur, collection Publibook) – www.monpetitediteur.com

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