Tous ceux qui suivent le football de près le savent depuis, allez…France 98. La grande spécialité française en matière de ballon rond, c’est la récupération. Le monde entier nous envie nos numéros 6 : Patrick Vieira, Didier Deschamps, N’Golo Kanté, Claude Makélélé, et plein d’autres. Des mulets qui courent pendant des heures sans jamais se fatiguer, qui taclent sale et relancent propre, qui ont la frappe de balle d’un bouc handicapé mais qui compensent par ce que l’intelligentsia appelle « une vision du jeu hors norme ». Et bien sur le terrain, c’est comme dans les coulisses, pare que là aussi, la France est la grande spécialiste de la récup’. En Ligue 1 plus qu’ailleurs, parce qu’on n’a pas les moyens, parce qu’on paye trop d’impôts et parce que le stade appartient à la mairie et que le club paye un loyer, il faut faire des économies. Mais quand on veut un grand joueur sans le payer cher, il vaut mieux attendre qu’il fasse une ou deux (ou trois ou quinze) saisons pourries. Exemples.

Mario Balotelli, OGC Nice 2016-2017

Alors lui, c’est le bouffon du roi, avec une crête. Un ego encore plus incompressible que celui de Zlatan, un talent énorme, une propension à l’effort proche du néant. On lui a tout pardonné ou presque quand il était en Italie. Il a comme quelques autres joué d’abord pour l’Inter, puis pour le Milan AC, et ça, c’est grave, en Italie. Il a reçu des bananes sur les corners, il a été traité de singe. Mais il a marqué quelques buts, et il a même rendu quelques services à son équipe nationale en flambant à l’Euro 2012, malgré une défaite cuisante en finale. Quoiqu’il en soit, Balotelli, c’est la démesure à l’échelle d’un cinglé mégalo et pas toujours très inspiré. Mais est-ce qu’un type qui laisse ses potes cramer sa maison en tirant des feux d’artifice dans sa salle de bains, qui bousille une bagnole à 200 000 euros le lendemain de son achat parce qu’il l’encastre dans celle d’un abonné du stade, qu’il n’a pas vue parce qu’il ramassait 5000 Livres Sterling tombées de sa poche (« J’ai ça sur moi parce que je suis riche », justification aux flics qui lui ont demandé pourquoi il avait autant d’argent), un type qui commande une statue de lui-même pour décorer son jardin, qui se compromet dans des clubs de St-Tropez, qui porte des fringues ridicules qui coûtent 80 fois ton salaire et qui couche avec des mannequins stupides, est un type détestable ?

Hatem Ben Arfa, OGC Nice 2015-2016

Il ne se sera jamais pris la tarte nucléaire qu’il aurait méritée quand il jouait les caïds avec Abou Diaby à Clairefontaine. Pourtant ça lui aurait sûrement remis les idées en place plus vite. Le petit prince du football a plus couru après les euros qu’après les titres, dans une carrière faite essentiellement de miracles balle au pied, de mauvais choix et de blessures. On lui a prêté tous les talents, parce qu’on les a constatés sur le terrain. Mais on l’a aussi connu sous son jour le plus insupportable, capable de se faire doubler en équipe première par Bakari Koné sous l’ère Deschamps à Marseille, capable de se faire virer de Hull City, de quitter le cadre de son club du jour au lendemain, bref, d’être totalement ingérable. Claude Puel et l’OGC Nice ont profité d’une fenêtre de tir d’un an, 365 jours de stabilité dans la carrière d’un joueur qui a fait des miracles avec le Gym la saison passée. Et le voilà déjà sous les couleurs du PSG, comme s’il était un grand joueur, un vrai. Ceux qui pensent que ce n’est qu’un ersatz de Lucas Mourra en plus vieux vont attendre ça avec impatience, parce que dribbler le stade à Nice, ça le fait. Au parc, il y a Thiago Motta pour envoyer des pains si ça se passe mal (demandez à Brandao).

Joey Barton, Olympique de Marseille 2012-2013

Le Paul Gascoigne du pauvre, c’est lui. Au lieu du grand Tottenham, Barton, sort des tous petits Queen’s Park Rangers. Et au lieu de discuter de ses soirées trop arrosées et pleines de poudre blanche avec Diego Maradona, il met des quiches dans la tête d’Ousmane Dabo ou d’un obscur joueur danois. Par contre, il écope de plein d’amendes, de plein de matches de suspension, et même de prison ferme (77 jours au final) quand il agresse des gens dans les rues de Liverpool sous l’oeil des caméras en 2007. Un malade, un vrai. Mais aussi un joueur teigneux sur le terrain, qui ressemble un peu aux bouchers glorieux de l’OM des grands soirs, Di Meco, Moser et Casoni, le trio des poètes. Alors quand Barton, joueur pas cher et ingérable, bien évidemment suspendu, débarque à l’OM, on se dit qu’on va se régaler. Il ne s’est pas passé grand chose, jusqu’à un transfert à Burnley, nulle part. Parti comme il est venu.

Les blessés, les vieux, et les passages à vide.

La Ligue 1 est un championnat qui souvent n’a pas de chance. Fort pourvoyeur en talents pour toute l’Europe, le championnat de France récupère souvent des gens de passage qui viennent en France comme on passe des vacances. Beaucoup de grands joueurs sont venus jouer comme des pieds l’espace d’une saison, ou passer leur vie dans les infirmeries françaises avant d’aller voir ailleurs. Le plus bel exemple restera peut-être Dragan Stojkovic, le « joueur le plus cher de l’histoire » de l’époque avec son transfert pour 49 millions de francs, qui se blesse au bout de deux matchs, pour toute la saison. Puis que l’OM prêtera au Hellas Vérone pendant deux ans, avant de le récupérer blessé en 1993, et de le fourguer en galère à un club japonais. L’AS Monaco vient enfin, après deux saisons blanches ou presque, de récupérer Radamel Falcao, celui qui a alimenté tous les cauchemars des défenseurs européens quand il jouait à l’Atletico. Et que dire de Yohann Gourcuff ou d’Abou Diaby, des mecs qui ne jouent plus au foot depuis des années. Enzo Francescoli à l’OM, une belle aventure condamnée par l’éclosion de Chris Waddle et le recrutement d’Abedi pelé. Klaus Allofs à Bordeaux, une belle aventure condamnée par les soucis financiers du club. Les brésiliens de l’OM, les recrues bizarres du PSG des 90’s avec un phénomène unique, le meilleur joueur du monde du moment, Ronaldinho, toujours sur le banc. La Ligue 1, c’est pas pareil qu’ailleurs !

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire