Il est toujours difficile d’être prophète en son pays. Le milieu du théâtre peine parfois à reconnaître le professionnalisme des compagnies qui sont montées en associations. Pourtant, François Cracosky, sa compagne Myriam Grelard, la metteuse en scène Magali Solignat, et d’autres comédiens gravitant autour des scènes d’Argens, ont choisi d’embrasser la carrière professionnelle, sans se retourner. Après avoir arpenté les scènes de toute la région comme des malades, en jouant deux pièces en parallèle, ils reviennent enfin à Puget pour lancer une nouvelle création, à deux sur scène, en couple. Une pièce qui les a séduits, et avec laquelle ils espèrent rencontrer le même succès qu’avec « Le Bonheur » qu’ils trimbalent de ville en ville depuis déjà longtemps. La soirée fatidique du 16 septembre a eu lieu, et c’est dans un salon pugétois transformé en local de répétition, avec des meubles penchés, des accessoires de scène et des tentures bizarres, que nous avons croisé le fer avec les deux comédiens et la metteuse en scène de cette affaire qui tourne rond.

François, c’est la première fois que vous jouez à Victor Hugo ?

Dans le cadre des Scènes d’Argens, c’est la première fois. On l’avait déjà fait avant mais sous une autre forme.

Chose curieuse, la compagnie se produit partout, mais jamais à Puget. Pourtant vous tournez beaucoup, si l’on en croit votre agenda estival !

Cet été on a joué au Festival d’Avignon, 24 dates d’affilée dont 18 complètes, au Théâtre du Château Rouge. C’était avec la pièce « Le Bonheur » que l’on continue de jouer un peu partout. On a été très contents du bilan d’Avignon, vraiment ! On a encore des dates, on a joué à peu près une fois tous les deux jours cet été, tout l’été, entre « Le Bonheur et « Fugueuses ».

Myriam Grelard : On est très fatigués mais c’est le travail qui nous tient debout, je crois, entre les répétitions pour la pièce de la rentrée et les prestations, on bosse beaucoup !

François, vous vouliez jouer à Puget depuis longtemps, mais vous avez rencontré pas mal de difficultés. Pourquoi ?

Parce que nous sommes une association pugétoise récente, même si nous sommes dans le milieu depuis longtemps. La compagnie n’a qu’un an et demi d’existence. Au titre d’association pugétoise on a droit à une date par an dans la salle Victor Hugo. Cette date du 16 septembre on nous l’a octroyée il y a un an, donc on savait qu’on allait jouer mais on ne savait pas encore quoi ! On tenait cependant à y faire une création, donc on a a choisi « Irrésistible » de Fabrice Roger Lacan. On a un petit problème de reconnaissance locale, ce qui est « entendu » c’est surtout association, pas « compagnie de théâtre pro ». Donc on avait quelque chose à prouver. On a mis le paquet avec cette création, dans la grande salle !

Magali c’est toi qui mets en scène cette pièce, tu peux nous en dire un peu plus sur le contenu ?

La pièce est une affaire de couple, avec deux personnes dans la quarantaine. La femme rentre juste d’un rendez-vous qu’elle vient d’avoir avec un auteur qu’elle vénère depuis l’âge de 14 ans. Et son compagnon l’attend, il bout depuis deux ou trois semaines, et il a envie de lui poser des milliards de questions. Il a tellement peur de ce que va devenir la situation, il essaie de rentrer dans sa tête, de savoir ce qu’elle ressent. Il finit par la pousser vers un autre rendez-vous, parce qu’il a peur de ne pas maîtriser la situation.

C’est quel registre ?

Pour moi c’est du comique de situation, parce que c’est cocasse, comme histoire. C’est rare qu’un homme pousse sa femme en lui disant « va rejoindre le mec avec qui tu as toujours rêvé d’être, alors que moi je suis là comme un pauvre type depuis quatre ans, ne rentre pas dans un quotidien triste ». C’est une comédie, pleine de jeux de mots, très bien écrite. Il faut la jouer le plus simplement possible, le rire vient tout seul.

François, c’est une pièce récente ?

Elle a été créée en 2007, la première à la mettre en scène était Isabelle Nanty, avec dans les rôles principaux Virginie Ledoyen et Ari El Maleh.

Pourquoi cette pièce et pas une autre ?

Parce que F-R Lacan est un auteur qu’on aime beaucoup et qu’on a flashé sur cette pièce quand on l’a vue montée par une compagnie amie. On a adoré le texte, on voulait une pièce de cet auteur, alors on a cherché, et cette pièce a été un coup de foudre immédiat.

Myriam, le fait de n’être que eux en scène, c’est difficile ?

C’est beaucoup de travail parce qu’il y a beaucoup de texte à apprendre, évidemment. Mais j’aime bien, la complicité et l’affrontement entre deux personnages. Je préfère les pièces intimistes avec une distribution réduite. On pense qu’on ne va pas arriver à tout mémoriser, au début, et puis même si ça prend du temps ça finit par rentrer.

Magali, mettre en scène seulement deux personnages te complique la tâche ?

Il faut créer une chorégraphie des corps, la mise en scène c’est de la géométrie dans l’espace. Il faut que la scène soit vivante, que les positons des comédiens portent le texte.

François, quelle va être l’histoire de « Irrésisitible »? Vous n’allez pas la jouer qu’une seule fois ?

On espère faire la même chose qu’avec « Le Bonheur », la jouer partout ! On a déjà des dates, à Aix et à Draguignan. On va profiter de cette première pour filmer le teaser, inviter tous les programmateurs qu’on connaît. Notre réseau s’est étendu ces derniers temps, on a même joué au Maroc, on va y retourner.

 

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