Frédéric Magnani est plus en forme que la plupart d’entre nous. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Il a aujourd’hui 43 ans et c’est un coach sportif au parcours particulièrement atypique, fait de blessures, d’études, de remises en questions, d’objectifs et de méthodes. Un parcours qu’il a vu défiler sans en oublier les étapes, et qu’il essaie aujourd’hui de transmettre. Mais plus qu’avec une personne, c’est avec un métier que nous avons eu envie de faire connaissance, et Fred était le vecteur parfait pour nous expliquer pourquoi le coaching sportif, plus en vogue que jamais, pouvait rentrer de plain-pied dans la vie des Français par la petite porte. Apprendre à faire du sport, à choisir son activité, à fixer ses objectifs et à mettre en oeuvre tout ce qu’il faut pour les atteindre, sans se blesser, sans avoir l’impression de subir une torture, sans croire qu’on n’y arrivera jamais, et être en meilleure santé. Voilà à quoi servent les coaches, nouveaux bienfaiteurs de l’humanité, à condition qu’ils soient bons, et qu’on les écoute. Mais pour ça, encore faut-il les connaître !

Frédéric, ton parcours sportif, c’est quoi ?

C’est beaucoup de sports de combat, karaté, judo, full contact, des arts martiaux, jusqu’à 18 ans. Cest à cet âge-là que j’ai commencé à m’intéresser à la musculation.

Pour t’améliorer au combat ?

Et bien pas du tout, pas sous cet angle-là. Je ne voyais pas la musculation comme un complément possible à ce que je faisais déjà. Je n’avais pas du tout cette approche de préparation physique.

On est en quelle année, à ce moment-là ?

Je viens d’avoir ma ceinture noire de karaté, j’ai 17 ans donc on est en 1990. Je me suis mis à la musculation vraiment à fond, j’avais une approche culturiste, prendre du muscle, du volume. Ensuite en revenant du Québec je me suis mis beaucoup au squash

Il est important de mentionner que le Québec a une importance capitale dans ton parcours.

Oui, c’est un choix de parcours de vie. J’avais besoin de faire des nouvelles choses, de m’émanciper, et je pensais que la réussite professionnelle, faire des études dans certains domaines… j’avais l’impression qu’à l’étranger c’était possible, plus qu’en France où tu avoueras que c’est toujours compliqué d’accéder à certains métiers ou à certaines formations.

Et tu as fait la rencontre du coaching sportif de quelle manière ?

Quand je suis revenu du Québec je pesais 115 kilos avec 26% de matière grasse, dans un état pas terrible. J’avais un mauvais rythme de vie, j’étais à 100% dans le travail et les études et je ne me rendais pas compte de l’état dans lequel mon corps était. Je souffrais de fatigue chronique, de colon irritable, je ne me rendais compte de rien. Et puis est arrivé le gros coup de barre, celui qui te cueille quand tu cesses tes activités brutalement, moi c’était en rentrant en France. Je n’avais plus aucune énergie, je jouais au squash en étant à l’agonie, pourtant j’avais la pêche au Québec. Et j’ai fini par me blesser.

Comment ?

En jouant au squash, la tête dans le mur. Gros choc au niveau des cervicales, au niveau du dos. Pour moi c’était un déclencheur, je me suis dit « ok je fais du sport, mais sans l’aide de quelqu’un, je ne vais pas me sortir de cette situation ». Mon leitmotiv a été mon fils, qui grandissait, qui allait bientôt vouloir faire du sport, et si papa est un gros dans un canapé un beau jour, ça ne va pas être possible. J’ai donc fait appel à un ami de longue date, mon ancien partenaire de musculation dans les années 90, Thierry Estève, qui était devenu coach. Je lui faisais confiance, je savais qu’on était complémentaires…Malgré tout, il a fallu que je m’en convainque, que j’avais besoin de lui, j’étais au bout du rouleau, j’avais besoin qu’on y aille progressivement, avec moi, comme tout le monde.

D’autant plus qu’au Canada, tu avais fait plus ample connaissance avec le corps humain.

Au Canada j’étais effectivement parti pour étudier, notamment la masso-thérapie, une formation de 400 heures (assez proche de la kiné, ndlr). J’a appris le massage thérapeutique, l’analyse du mouvement global dans le massage, on apprend beaucoup sur l’anatomie, l’amplitude, les liquides, la lymphe et le sang, comment les faire circuler, comment améliorer la vie des gens.

Tu lui as dit tout ça, à ton coach ? Tu l’as aiguillé ?

Il y a eu un échange, parce que j’avais des connaissances et lui aussi. Mais c’était vraiment la symbiose, entre nous. Moi, à ce moment-là, j’ai redécouvert mon propre corps. J’ai surtout pris conscience qu’il fallait que j’écoute quelqu’un pour tout reprendre à zéro. Tout seul c’est difficile de se diriger. Et quand tu es avec quelqu’un c’est difficile aussi, il faut savoir l’écouter vraiment, suivre ce qu’il met en place, pour avoir des effets sur le long terme. Il faut sortir de ce que tu crois connaître, il détecte toujours des choses que tu ne vois pas toi-même. Il m’a fallu un gros choc psychologique. Une fois que t’as fait la démarche, tu cherches le facteur déclencheur. Il m’a mis à l’aise, il m’a fait comprendre qu’il fallait être patient, qu’il fallait travailler.

Il t’a fait peur ?

Quand il m’a dit qu’il fallait venir deux à trois fois par semaine, imagine toi que je n’en avais pas les capacités physiques. Incapable de dormir comme il faut, de récupérer, je ne pouvais y aller qu’une fois par semaine pendant quatre mois.  Et sans encadrement, j’étais incapable de faire ce qu’il fallait tout seul, pourtant c’était du coaching tout ce qu’il y a de plus normal, avec des mouvements répétitifs, pour améliorer ma gestuelle, mes mouvements, ce qu’on appelle le schéma moteur. C’était très compliqué, très difficile à accepter.

Quatre mois avant que quelque chose se déclenche ?

J’ai profité de mes vacances pour y aller une seconde fois par semaine, et puis je me suis blessé de nouveau parce que j’ai voulu aller trop vite. J’ai quand même continué de me faire coacher par Thierry pendant deux ans. Et puis j’ai fini par écouter mes amis qui me disaient depuis longtemps que moi aussi je devrais me lancer dans le coaching, alors j’ai demandé à Thierry de me préparer pour le BPJEPS, en 2014, pour le passer en 2015.

Est-ce que tu étais le plus vieux de ta session ?

Le deuxième plus vieux ! Mais ça ne m’a pas empêché d’apprendre plein de choses. A commencer par le fait que je me suis rendu compte que ce métier de coach avait beaucoup changé, et que l’approche physique du sport avait elle aussi beaucoup changé.

Des exemples ?

Mon domaine, les arts martiaux. Avant on faisait très peu de préparation physique pour le karaté, par exemple. C’était 90% de karaté, avec des échauffements avant et des étirements après, on ne s’entraînait ni pour la force, ni pour l’explosivité, par exemple.

Pourtant tu devais te rendre compte, en pratiquant la musculation, qu’il y avait des bienfaits.

Oui mais curieusement, après être resté deux ans sous les conseils de Thierry, je n’avais plus envie de soulever un poids de ma vie. C’était devenu un calvaire. Mais bon, il a fallu se re-muscler pour retrouver ma condition. Le chemin est tellement long, il y a tellement de choses à explorer.

Tu veux dire que la musculation est un domaine plus vaste que ce qu’on croit ?

Il y a toujours les bonnes vieilles méthodes en isolation, ce qu’on voit dans la plupart des salles de sport. Alors qu’on peut développer des qualités physiques de plein de manières, avec des méthodes importées d’Amérique du Nord, le cross-training, le crossfit, les circuits, c’est récent et ça fonctionne. Et ça mérite qu’on s’y intéresse de près.

Le sport a changé aussi parce qu’il y a aujourd’hui beaucoup plus de pratiquants en salles, non ?

Je trouve que le public a changé. Les gens fréquentent de plus en plus les salles de sport et l’offre a changé, avec les cours collectifs, la variété de ce que les salles proposent. depuis quelques années le sport prend plus de place en France, et la préparation physique en France a vraiment gagné ses galons. Je pense que les gens ont pris conscience que c’était bon pour eux, qu’ils avaient besoin d’une activité pour évacuer le stress et pour être en forme, simplement.

Est-ce que le sport est toujours bon pour la santé ?

Ceux qui pratiquent très régulièrement ne sont pas livrés à eux-mêmes, ils connaissent leur corps et ça se passe bien. C’est différent quand on parle des nouveaux sportifs, ou de celles et ceux qui désirent reprendre une activité après un long arrêt. Ils prennent conseil auprès de leur médecin, souvent, ou de leur kiné, qui essaient de les orienter. Mais ils sont quand même livrés à eux mêmes en passant la porte. « Faites du sport », ok…mais quoi ? Sincèrement, si je n’avais pas recontacté Thierry pour qu’il m’encadre, j’aurais fait probablement autre chose, je me serais peut-être blessé, en tous cas je n’en serais pas là aujourd’hui, c’est certain. Tout ce que j’ai obtenu, je le dois au coaching de Thierry.

On peut tous pratiquer les mêmes sports ?

On ne sait pas toujours par quoi on peut commencer, comme sport. On a beaucoup d’informations disponibles, des idées approximatives, mais par exemple, aller courir du jour au lendemain pour développer ses capacités cardio-vasculaires et perdre de la matière grasse quand on fait 100 kilos, c’est pas une bonne idée, selon moi. Il y a plein d’autres manières de le faire. Le running, c’est un outil, mais pas le seul.

Est-ce que le métier de coach est un relais entre le médecin et le terrain ?

Oui, mais pas encore assez à mon sens, c’est vers ça qu’il faut tendre. En Amérique du Nord il y a une espèce de partenariat, tu es entouré d’un réseau, avec des kinés, des ostéopathes, un nutritionniste, c’est facile à mettre en place. Ici c’est plus difficile.

Tu as aussi un diplôme dans la nutrition. Est-ce qu’on sait manger ?

C’est un sujet très vaste. Les gens ont une approche, certaines idées, mais est-ce qu’elles sont adaptées à leur physique ? A leur activité ? L’alimentation c’est comme le sport, il faut un déclencheur. Savoir manger, c’est long, c’est progressif. Bine manger c’est le faire toute l’année, pas simplement deux ou trois mois de régime par an. Il faut améliorer des points progressivement, et pas tout changer brutalement. Le corps vous donne des indicateurs, avec le temps, il se passe des petites choses au fur et à mesure. C’est ce que je dis à mes clients, « tu te sens plus fort, t’as plus d’énergie, tu dors mieux. »

Tu penses que le coaching est dans une période charnière ?

Je pense que oui, il est en train de s’améliorer. On sait plus de choses aujourd’hui, sur les bienfaits de la constance plus que de l’intensité, par exemple. On aide les gens à ne pas se blesser, on les aide à prolonger leur « carrière » sportive.

C’est dangereux, le fait qu l’on puisse se renseigner massivement et tout seul ?

C’est à double tranchant parce que c’est plus complexe que ce que l’on croit. Mais je pense quand même que c’est bénéfique, parce que c’est intéressant pour le public de pouvoir regarder ce qui se fait ailleurs, ce que d’autres coaches peuvent mettre en place dans d’autres domaines, ça permet d’affirmer ou d’infirmer certaines idées reçues. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode, il y a juste un objectif, qu’il faut définir, et une méthode qu’il faut choisir le mieux possible pour l’atteindre.

Parlons de dopage : c’est interdit mais on sait tous très bien qu’il y en a pas mal en circulation. On cherche à atteindre l’inatteignable ?

Quand tu commences le sport, que tu es jeune et que tu veux développer ton corps très vite, tu peux vouloir aller plus vite que la musique. Mais le corps, les tendons, les ligaments, même les muscles ne sont pas faits pour ça.

Et la « bigorexie », cette peur de n’être jamais assez volumineux, c’est une réalité ?

L’inverse de l’anorexie. C’est une forme de maladie psychologique, les gens ne se voient pas assez gros. Certains ont l’objectif de se développer le plus possible, à nous, coaches, de les garder le plus possible en bonne santé. Ceux qui font de la compétition de bodybuilding à haut niveau te le diront tous, quand ils sont dans une période de sèche, ils ne sont pas dans une période « de santé ».

L’avenir du coaching, pour toi, c’est la nouveauté et la variété, ou un retour d’expérience positif ? On sait ce qu’on doit faire ou on cherche en encore ?

C’est un mélange des deux, d’anciennes méthodes que l’on sait mieux expliquer, et des choses nouvelles, comme les box de crossfit, qui certes regroupent des mouvements qui datent d’il y a très longtemps, mais qui sont un concept assez nouveau. La chose qui ne change pas, c’est que c’est la constance qui amène des résultats, mieux vaut s’entraîner peu et bien, que trop et mal. Et c’est pour ça qu’on est là.

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