Il y a de ces êtres fantastiques qui n’ont même pas besoin d’apparaître pour distiller la passion ou semer la terreur. Comme le mois d’août est, à l’instar du mois de juillet, fortement propice à la sortie de films complètement nuls qui ne nous intéressent absolument pas (ça recommence à peine), et qu’on n’a pas envie d’aller en salle obscure pour voir des navets extrêmement populaires aux yeux d’un public dans lequel la rédaction peine souvent à se reconnaître (les enfants, mais pas seulement), il nous paraît plus judicieux de vous proposer de revoir ou de découvrir ces films mythiques, dont l’un des personnages centraux n’apparaît même pas à l’écran, parce que finalement, pour quoi faire ? 

1 – Kaiser Söze, « Usual Suspects »

Il s’appelle Bryan Singer et il n’a à son palmarès qu’un seul film notoire, Ennemi Public, primé en 1993 à Sundance. Mais en 1995, à tout juste 30 ans, il a sous le bras un scénario en or massif signé Christopher MacQuarrie : Usual Suspects, une histoire de bandits d’envergure qui ne se connaissent pas vraiment, mais qui sont sous l’égide d’un certain Keyser Söze, un germanique ultra-violent et invisible, qui monte des coups fumants. Avec ce film dont on ne révélera rien de l’intrigue, sinon c’est la mort dans l’âme que nous imprimerons ce journal, le mythe du grand méchant sans visage est porté à son paroxysme. On ne le voit quasiment jamais, ou pas vraiment, et pourtant, il terrorise et il fascine, tant les protagonistes que le spectateur. Un must absolu pour tous les fans de thrillers à suspense, un film qui n’est jamais téléphoné, à tel point que c’en est presque vexant pour celles et ceux qi ont l’habitude de tout comprendre avant les autres au cinéma. Grand !

2- Sauron, Le Seigneur des Anneaux

Alors certes il apparaît sous une forme humanoïde au début de La communauté de l’Anneau, le premier volet de la trilogie inspirée par Tokien à Peter Jackson. Mais dans les faits, on ne voit pas son visage. Et surtout, on ne voit plus son corps, jusqu’à la fin, 10 heures et trois films plus tard. Sauron, la grande entité dévastatrice de l’épopée magistrale du néo-zélandais fou, n’est qu’un oeil qui poursuit son désir ardent de reconquête de l’anneau de pouvoir que li avait pris Isildur, roi des hommes. Un anneau qui s’est retrouvé entre des mains innocentes, perverties jusqu’à l’os (Gollum), ou dans celles de hobbits, des créatures poilues, innocentes et facétieuses, qui ne sont a priori pas taillées pour l’aventure. C’est ce qui fait tout le sel de l’histoire de Tolkien, qui confronte ces hommes grands comme des enfants à ce monstre si terrifiant qu’il n’a pas besoin d’apparaître pour semer la peur. La crainte, la vraie.

3- Le président Kissov, Dr Folamour

Il a un rôle tellement central qu’il pourrait empêcher le cataclysme nucléaire de Stanley Kubrick dans Dr Folmamour. Mais il est alcoolique et il envoie son ambassadeur qui ne réussit jamais à la faire déplacer. C’est donc dans une négociation aussi absurde et débile qu’infructueuse que des militaires américains et russes, incapables de trouver une solution viable pour arrêter le major Kong, vont se vautrer lamentablement. Avec un triple rôle pour Peter Sellers au sommet de son art, Stanley Kubrick signe là son film le plus décalé, et pourtant aussi le plus ancré dans son époque, la Guerre Froide. On est en 1964, les nazis n’ont pas vraiment disparu, les Soviétiques sont bien là, et le réalisateur a de la mémoire. Une fresque sur l’absurdité de la guerre et de la dictature, qui nous montre que de 1000 solutions, plusieurs hommes qui discutent choisissent bien souvent la pire.

4- Samantha, Her

Joaquin Phoenix tombe amoureux de son système d’exploitation. Voilà le pitch du film « Her », de Spike Jonze. Un coup de génie futuriste qui propose une vision absolument démente d’un futur qu’on souhaite à tout prix différent, même si dans les faits, on y va tout droit ! Avec des ordinateurs et des smartphones tujours plus ntelligents, qui nous traquent, connaissent nos préférences, savent nous renseigner, nous orienter, savent où on est, ce qu’on fait et avec qui, on ne sait même plus se passer d’eux. De là à développer une complicité avec ces intelligences artificielles de moins en moins formatées, il y a quelques pas que l’on pourrait bientôt franchir. Pour bien vous faire flipper, sachez que « Her », c’était en 2013, avant Windows 10, donc avant le lancement de Cortana, l’assistante à la voix douce et en Français, si on veut, de l’Os de Microsoft. T’as peur, hein ? Tu peux… Grande performance de Scarlett Johansson, qui incarne à merveille cette non-fille numérique qui rend fou un Joaquin Phoenix possédé, moustachu et mal fringué.

Il y en a d’autres, comme le fameux Godot, que ses deux amis attendent sans jamais le voir (adaptation de l’oeuvre de Samuel Beckett en 2001 au cinéma). Idem pour le personnage du bébé de Rosemary dans le film de Roman Polanski, « Rosemary’s Baby », qui tient un rôle central dans l’histoire mais qu’on ne voit jamais. Il y en a quelques-uns, mais peu dont on se souvient. Quoiqu’il en soit, le meilleur personnage invisible de la galaxie, est un prix qui se joue entre deux grands méchants de séries : qui est le Numéro 1 du Prisonnier ? Et surtout, à quoi ressemble Mad, le chef des méchants dans l’Inspecteur Gadget ? Nul ne le saura jamais !

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire