Il y avait déjà le Parrain, Retour vers le Futur, la Trilogie du Dollar…mais il manquait une grande trilogie policière au cinéma. Heureusement, les frèsres Zucker ont remédié au problème en adaptant une série policière de 1982, Police Squad, avec le fabuleux Leslie Nielsen. Est-ce que la série des « Y a-t-il un flic » est une série de navets ? Pas vraiment. Mais Naked Gun (le titre original) est un monument de cinéma comique comme on n’en fait plus, parce qu’on ne sait plus les faire, en définitive. Alors cette semaine, consacrons notre rubrique « L’été, saison du navet » à un film fondateur d’un genre aujourd’hui disparu dans les méandres de la bêtise de ceux qui ont voulu se l’approprier, la comédie burlesque et absurde. Ou comment Leslie Nielsen a enfanté Eric et Ramzy, Kev Adams et Franck Dubosc, et les plus mauvaises heures de Judd Appatow.

Plus c’est con, plus c’est bon

Les frères Zucker, ce sont les deux malades qui sont derrière le film d’anthologie « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? » (ou Airplane !, en VO). Des films complètement débiles mais absolument géniaux, avec des infirmières guitaristes qui débranchent les perfusions des gosses, Kareem Abdul-Jabbar en copilote empoisonné, et un pilote gonflable. Bref, une sacrée connerie dans laquelle les Frères Zucker et Jim Abrahams sont déjà impliqués. Avec Leslie Nielsen, ils ont trouvé encore mieux : une figure qui va rester dans la tête des gens. Un mélange de Roger Moore et de Pierre Richard, de Belmondo et de Sim, de Pierce Brosnan et de Mr Bean, un séducteur débile, un aventurier maladroit, un génie idiot, bref, un être merveilleux. Et pour faire vivre ce personnage loufoque au possible, un scénario dantesque : le super flic va devoir encadrer la venue aux Etats-Unis de la reine Elizabeth II, dont le voyage est géré par un truand qui se cache bien, un certain Ludwig. Après l’échec de la planque du collègue de Leslie « Frank Debrin » Nielsen, (Nordberg, joué par le célèbre -pour de bonnes raisons à l’époque – OJ Simpson, fraîchement retraité de la NFL), la police se rend compte qu’il y a un problème avec ce Ludwig, et va mettre tout en oeuvre pour le stopper, jusque dans un stade de baseball où il va y avoir du grabuge puissance 10 000.

C’est complètement con, mais c’est admirablement bien écrit et réalisé. Les gags s’enchaînent tellement vite qu’on ne les comprend pas tous à la première lecture. Il y en a pour tous les goûts : sexuels (beaucoup, avouons-le, mais c’est toujours dans les limites de la drôlerie, notamment quand Frank s’accroche à des pénis de statue pour rester en équilibre sur une corniche), visuels, politiques (le début du film avec les sosies de Gorbatchev -qui se fait effacer sa tâche de vin – Arafat et Khadafi, de l’or en barres), tout y passe. On sent que les gens qui ont écrit ça ont pensé leur film au millimètre. Absolument toutes les répliques, toutes les mimiques, toutes les actions sont drôles. Il n’y a qu’à se laisser porter par la vraie-fausse connerie du film pour arriver au bout sans voir le temps passer. En un mot : merveilleux.

Les séquelles

Naked Gun fait suite à deux aventures cinématographiques réussies : Aiplane !, donc, et aussi en 1977 un film à sketches de John Landis, « Hamburger, film sandwich », un peu plus éloigné de notre humour typiquement français. Les frères Zucker auront par la suite une carrière dans la même veine, pas toujours avec autant de réussite (malgré le fait qu’ils soient les seuls à avoir mis en vedette dans un film Live Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park). Ils ont même réalisé Scary Movie 5, succédant aux frères Wayans, qui ont en quelque sorte repris le flambeau de l’humour débile.

En France, on pense immédiatement à La Tour Montparnasse Infernale, ou à Pédale Douce, et là, on déchante déjà plus vite. Tout ce que la France a injecté de mauvais goût mal placé, de répliques bon marché, de discount dans le genre comédie burlesque, les frères Zucker l’ont soigneusement évité avec Naked Gun. Comparez, vous comprendrez : on dirait que c’est la même chose, et pourtant ça n’a rien à voir. L’un vieillit à merveille et se regarde toujours avec autant de plaisir 28 ans après, l’autre sert à peine à caler un meuble. La magie de l’Amérique ? Non, l’intelligence, faut croire…

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