Je suis ulcéré. Dans une colère noire. Parce que je ne comprends plus comment le monde dans lequel je vis fonctionne. Certains ont tout, d’autres n’ont rien. Et ils vivent les uns juste à côté des autres. Dans une espèce de tornade scandaleusement malsaine qui me rend complètement fou. Moi voyez-vous, je suis ce qu’on appelle communément le pékin moyen. J’ai de quoi vivre sans pouvoir devenir un sociopathe de galerie marchande. Je ne meurs de faim qu’on sortant de boîte de nuit ou après avoir fait une vacation un peu longue au boulot le matin, mais globalement j’ai de quoi me sustenter tranquille. J’ai une bagnole qui m’amène d’un point A à un point B sans trop m’ennuyer avec des bruits bizarres, des voyants qui clignotent et des odeurs chelous. Bref, je suis un citoyen somme toute ordinaire, d’une banalité infinie aux yeux des économistes. J’appartiens à ce qu’on appelle la classe moyenne, voilà. Et bien sur un plan statistique réactualisé, mi je considère que je fais partie de deux autres catégories : ceux qui ont tout, et ceux qui n’ont rien. Parce que pour certains je suis un ultra-riche, et pour d’autres, un genre de clébard. Et ça me dérange beaucoup.

Je suis très heureux et très fier de pouvoir encore m’émouvoir de la situation du monde. Je pourrais vivre dans la résignation, comme l’immense majorité des gens, trop occupé à me contenter de ce que j’ai quand je réussis à ne pas envier ceux qui ont plus, sans jamais regarder derrière moi si un autre n’a pas moins que rien. Je réussis encore à me mettre en colère pour ce que mes congénères appellent « rien ». « Ouais y a des pauvres, mais qu’est-ce que tu veux faire ? On s’en fout, ça va, c’est rien ». Non, c’est pas rien. C’est pas rien parce que dans le même pays, parfois dans la même ville, de temps en temps dans la même rue, il y a un autre type qui a tout, qui a jusqu’à 20 000 fois plus que celui qui croit posséder quelque chose. Et ce goinfre, cet ultra-riche qui ne sait même plus ce qu’il possède, n’a rien à faire de cet argent, de cette fortune dont il ignore l’ampleur. Il st indécent, mais en a-t-il conscience ? On ne le lui rappelle jamais, de surcroît. Parce qu’il est utile à son petit monde, il est une pierre angulaire de système. Un système que je voudrais voir vaporisé par une bombe nucléaire. Voilà, je ne suis pas heureux quand je regarde par la fenêtre !

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