Le courage, c’est parfois trouver une heure et demie pour s’infliger quelque chose de paranormal pour en parler à d’autres. C’est expérimenter le danger pour en éloigner son prochain. C’est goûter la flamme pour mettre en garde les curieux. Et là, en l’occurrence, c’est voir un film de 1999, qui n’a de film que le nom. Une horreur absolue que cette « Âme Sœur » sur une idée originale de Jean-Marie Bigard, qui s’est pour l’occasion mué en un créateur vide de substance, allié à un acteur dénué de talent, mal dirigé par lui-même, mal entouré, et trop promotionné aux Enfants de la Télé. C’est daubesque à souhait, mais le fait de le dire ne suffit pas, alors creusons un peu, on va trouver du pétrole.

Un avion de chasse, le fantôme de Taxi et des seconds rôles au fond de la cave

L’âme soeur, c’est l’histoire de Veronica et de Franck, deux êtres nés le même jour à la même heure aux antipodes de la planète. Ils ont toujours été liés par un amour pur, et se sont donc toujours retrouvés depuis 2000 ans. Mais cette fois, hors de question de repasser par toutes les étapes, alors au purgatoire, Gaspard (c’est pas Saint-Pierre, normalement ?) est entourloupé par le couple qui part en même temps, en espérant atterrir au même endroit. Mais non. Il se trouve que Veronica est une chanteuse argentine à succès, alors que Franck est croque-mort. Et lorsqu’elle est assassinée par son impresario (jouée par la catastrophique Marina Tomé, nulle à en faire un AVC), c’est lui qui la découvre dans le cercueil et qui la ressuscite en la touchant. Et les voilà tous les deux pourchassés par l’équipe technique de Veronica qui veut lui faire la peau pour toucher le pactole, ainsi que par la Police (incarnée par deux abrutis, évidemment, comme dans toutes les comédies pourries où il y a des flics -revoyez Taxi 3) qui veut faire la lumière sur cette drôle d’histoire.

Pourquoi c’est grave ?

C’est grave parce que c’est nul, tout simplement. Sans atteindre la bouffonnerie de Lagaf’ dans Le Baltringue, Jean-Marie Bigard touche quand même le fond en surjouant n’importe comment ce personnage sans aucun background de croque-mort qui se transforme instantanément en génie de l’évasion, en braqueur émérite ou en judoka. C’est toujours sans aucune transition, et ça n’a ni queue ni tête. De son côté, le mannequin italien Yvonne Scio fait ce qu’elle peut, en Français, alors qu’elle n’a pas encore compris que jouer la comédie, c’est définitivement pas son truc. En revanche, elle envoie du lourd en robe léopard, et quelque-part, c’est déjà pas mal.

Le plus glauque dans ce navet biblico-thrilleresque, c’est la présence de quelques seconds rôles au bout de leur vie. André Pousse en envoyé spécial du Vatican a « une » réplique drôle, la seule du film d’ailleurs : « On les a perdus, le St-Office va me couper les couilles…remarque pour ce qu’on s’en sert ». Et voilà, c’est tout. Le fait qu’il soit accompagné par des genres de ninjas en soutane aurait pu être très drôle, c’est juste un gag moisi noyé dans un tourbillon de mauvaises idées. Des courses-poursuites en quad, des méchants tellement caricaturaux, tellement cons, tellement mauvais et mal joués sur une partition mal écrite qu’on attend juste qu’ils quittent l’écran en espérant que le film ne soit pas trop long. Et surtout, un florilège de bonnes intentions et de grands poncifs comme Bigard les déploie souvent sur scène, sauf que sur scène c’est lui le patron, il est chez lui, et qu’on aime ou pas son humour, il a quand même envoyé du steak pendant plus de vingt ans. Mais alors le cinéma, mec, faut laisser ça aux professionnels, là, c’est le degré zéro. Il n’y a absolument rien à voir, si ce n’est probablement les plus pathétiques personnages secondaires de toute l’histoire du cinéma français. Il y aura ensuite « Le Missionnaire », autre navet monumental, qui fera à peine 200 000 entrées, soit quatre fois plus que celui-là.

Le film aura eu le mérite, quand même, de révéler au monde entier une fois de plus que les Italiennes ont souvent un joli pétard. Et aussi, chance que nous avons, nous, amateurs de bons mots, de générer une inspiration sans précédent chez les chroniqueurs ciné. On vous en donne deux, deux génies qui ont mis du soleil dans nos vies lorsque nous avons creusé au fond du web pour trouver des infos sur ce sinistre en 35 mm.

Steefaan, sur Allociné : « L’équivalent d’un étron en cinématographie. Avec la délicatesse d’un panzer dans un champs de myosotis, le père Bigard, chantre de l’humour raffiné, déboule dans un genre qui ne lui avait rien demandé avec une réalisation d’une médiocrité exemplaire. L’histoire, abracadabrante, inepte, est digne d’un Arlequin rédigé par un autiste. De la pellicule donnée aux cochons. »

Toxic, sur le site très drôle Ciné Discount : « ça atteint des profondeurs remarquables. Bien sûr il faut être capable de savourer un film navrant. Si l’idée de perdre près d’une heure et demie de votre vie à vous délecter de ce genre de plaisir ignoble tout ça pour apprendre à la fin que « la plus grande force, c’est l’amour », circulez, y a rien à voir, c’est une merde. Mais si, au contraire, constater que Jean-Marie Bigard, comique préféré des Français, a tenu à réaliser un film pour nous asséner, avec la délicatesse d’un pétomane venu interpréter Papayou de Carlos à un enterrement, un message aussi original que « la plus grande force, c’est l’amour » (ça mérite d’être redit) en conclusion d’un scénario incroyablement débile émaillé de répliques lamentables (j’allais vous en citer mais je voudrais pas vous gâcher le plaisir de la découverte), est une perspective qui vous réjouit, alors là foncez, c’est du caviar. »

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