Il n’est plus le maire de Roquebrune. Et depuis hier matin, il n’est même plus le directeur de la Sarget, cette entité qui a fait couler beaucoup d’encre et qui a suscité au minimum des questions, au pire la vindicte. En dehors du fait qu’il réside à Roquebrune, le maire déchu n’a plus les pieds dans le monde politique. Et l’on pensait d’ailleurs qu’il avait des envies d’étranger, de Canada, sa seconde patrie, où son fils Julien est implanté depuis longtemps, et où il passe pas mal de temps dès qu’il le peut, en famille. Sauf que non. Sauf qu’il n’est pas encore au bout du rouleau, et qu’il en a dans le moteur. Dire adieu à ses velléités politiques, c’était pas possible. Mais il promet de revenir là où ne l’attend pas, mais alors, pas du tout : à Saint-Raphaël, pour affronter Georges Ginesta, ou plus exactement son successeur désigné, Frédéric Masquelier. Parce que l’hégémonie l’irrite et que le défi l’intéresse, et parce qu’il a quelques comptes à régler. Pestiféré, Jousse ? Pas pour tout le monde : dans les couloirs de la Sarget on l’appelle encore « patron », David Rachline reste un interlocuteur privilégié, il est de toutes les cérémonies officielles, et une bonne partie de ses anciens administrés le portent toujours dans leur cœur. Inéligible pour cinq ans, il n’a pas dit son dernier mot et se démène pour être dans les starting-blocks en 2020. Et s’il n’y arrive pas, il a d’autres idées, pour apporter sa pierre à l’édifice d’un pays qu’il pense prêt à un peu plus de souverainisme. Bref, Luc Jousse n’est pas fini, et à 57 ans, s’il prend un peu de recul contraint et forcé, il ne disparaît pas du paysage, bien au contraire. Et c’est avec une revue de presse quotidienne concernant la vie politique locale qu’il reçoit, tôt le matin, signe supplémentaire que les grands chantiers, les combines, les arrangements, les statistiques et les histoires de bonhommes et de pouvoir, ça le titille toujours. Préfets, justice, projets, idées, successeur, plan d’attaque, reconversion, famille, il nous dit tout ce qu’on veut savoir, et une chose est sûre : il n’a pas disparu des téléscripteurs.

M. Jousse, que s’est il passé depuis six mois ?

J’ai bien compris qu’on cherchait à m’évincer de la scène politique locale. Et que si ça n’avait pas été pour cette histoire de cartes d’essence (dont nous avons parlé en long en large et en travers, ndlr), ce serait pour mon trait d’humour sur les Roms, alors que j’étais excédé parce que le Préfet ne réalisait pas une expulsion qu’il m’avait promise par écrit, après 35 départs de feu. La préfecture détourne le pouvoir des maires comme l’Europe détourne le pouvoir des nations. J’aurais démissionné un ou deux ans avant la fin de mon mandat, pour ces raisons-là, je l’avais annoncé publiquement. J’avais annoncé que Jean-Paul Ollivier me succèderait en marie. Mon équipe reste en place, jusqu’en 2020, la commune roule sur son aire, tranquillement, et le programme Jousse sera effectué jusqu’au bout. L’opposition se plaint que rien ne change, mais c’est normal, au fond, que rien ne change !

Pourquoi Jean-Paul Ollivier n’est il pas aussi président de la Sem Sarget ?

Au départ il devait me succéder au poste de PDG de la Sarget qui s’occupe d’Animation, de Communication,  de Tourisme et d’Aménagement. Mais nos Conseils se sont aperçus tardivement qu’à l’âge de 70 ans, Jean-Paul Ollivier se voyait interdire cette fonction. C’est donc la Vice-Présidente de la CAVEM Valérie Michau, plus jeune, qui en a accepté la charge et qui a été élue.

« Le programme Jousse sera effectué jusqu’au bout. C’est normal, que rien ne change ! »

Et pourquoi êtes-vous toujours dans les locaux ?

Le Conseil d’Administration, à l’unanimité, m’a alors demandé de rester à la Sarget en tant que Directeur du développement externe afin de l’accompagner et d’assurer la bonne transmission du savoir-faire, dans l’objectif de bons résultats en 2016 et de bonnes perspectives pour cette année 2017. C’est ce que j’ai accepté et j’estime aujourd’hui ma mission accomplie, terminée et je vous annonce que je viens d’annoncer à ce même Conseil d’Administration, dont je rappelle quand même qu’il comporte des investisseurs privés, c’est le principe d’une Société d’Economie Mixte, que je quitte mes fonctions ce mois-ci, BAH ALORS est le premier média prévenu de mon départ ! C’est une Sem qui marche bien, j’y tiens, j’en ai assuré le développement externe pour faire rentrer des capitaux privés.

La politique, c’est fini ?

Absolument pas : je vais exercer une autre activité professionnelle, c’est tout,  sans abandonner la scène politique, bien au contraire et croyez-moi, le souverainisme a de l’avenir ! De toute façon, j’avais toujours annoncé publiquement que je n’irais pas au bout de mon 3ème mandat car j’avais promis à Jean-Paul OLLIVIER que je lui permettrais un jour de succéder à son père qui a été maire de Roquebrune à la libération, ce qui était son vœu le plus cher. On va dire que c’est arrivé un peu plus tôt que prévu entre nous !

Vous vous êtes battu si longtemps, en justice, pour ne pas aller au bout de votre mandat de maire ?

Que ce soit clair, si je voulais partir de la Mairie, ça n’est pas par lassitude, au contraire, j’ai encore tellement de beaux projets pour Roquebrune, c’est surtout parce qu’il est de plus en plus difficile pour un maire de respecter ses engagements  vis-à-vis de sa population avec la pression contraire permanente des Services préfectoraux, qui passent leur temps à aboyer tels des roquets sur toute opération d’aménagement du territoire innovante dont les maires ont la charge, ou à tout PLU par exemple. Nous les maires(sic), avons gagné cette légitimité des urnes et pourtant, ce sont les préfectures ou les sous-préfectures qui nous reprennent ce pouvoir en exerçant des recours, des « empêchements » qui se terminent souvent devant les tribunaux administratifs, tout cela coûtant en plus un argent fou !

C’est sur ce terreau-là que vous avez forgé vos opinions souverainistes ?

Ces fonctionnaires-là n’ont jamais digéré les lois de décentralisation et essayent de reprendre d’une main le pouvoir qu’ils nous ont donné d’une autre en 1981 ! C’est de l’énergie dépensée en vain, ma patience s’est usée au fil du temps… Ajoutez à ça que je prône depuis longtemps, afin de dégraisser concrètement le mammouth de l’Etat, de diminuer le nombre des élus et de supprimer les sous-préfectures qui aujourd’hui sont des coquilles vides dispendieuses… et vous comprendrez pourquoi je n’ai pas beaucoup d’amis dans ce milieu-là ! C’est comme pour la France, chaque président a finalement peu de marge de manœuvre à cause des directives de l’Europe et au niveau local, les maires ont finalement peu de marges de manœuvre à cause des directives émanant des préfectures, qui ont un pouvoir exorbitant. Je tiens à dénoncer ce détournement de pouvoir et je tiens, c’est le rôle d’un homme public, à ce que nos concitoyens le sachent, car je suis persuadé qu’ils l’ignorent totalement ! Chaque fonctionnaire d’Etat qui a une responsabilité devrait a minima avoir connu une expérience dans le secteur privé afin de savoir de quoi il parle. Je ne suis pas le seul à le proposer, même le candidat Emmanuel Macron, pourtant lui-même Enarque et inspecteur des finances, tient des discours identiques au mien.

C’est quoi, cette autre activité professionnelle ?

Je suis encore jeune et j’ai décidé de me reconvertir dans ma passion de toujours, les véhicules de collection, qui sont aujourd’hui un excellent placement. C’est un marché financier attractif et je serai en charge des achats pour une société de courtage spécialisée dans les voitures anciennes. Dans quelques semaines, je me rendrai  par exemple à Scottdale en Arizona pour une grande vente aux enchères internationale où 3000 véhicules seront proposés à la vente, c’est passionnant comme activité non ?

« Georges Ginesta l’a dit en son temps, il m’avait pris sous son aile, « le meilleur d’entre nous », et bien, on verra ! S’il l’a dit un jour… »

On a du mal à vous imaginer loin de la politique pendant cinq ans. Vous avez un plan, pour rester dans le paysage ?

Prendre 5 ans d’inéligibilité pour 480 € de soi-disant détournement de fonds publics que j’ai toujours nié, à propos de consommation de carburants attestés de mes collaborateurs est un comble, moi qui devant tous les Roquebrunois ait utilisé pendant 15 ans mes véhicules personnels et Dieu sait que l’opposition m’a toujours reproché de rouler en Porsche ou en Harley-Davidson, même vieilles, étant de plus le premier maire de Roquebrune depuis 25 ans à ne pas avoir de chauffeur. Je prétends à l’inverse avoir fait réaliser des économies à la commune et c’est justement ce calcul réel et comptable que j’attendais de la Cour de Cassation, hélas elle n’a pas souhaité calculer ce « débet »… Il ne se passe pas une journée sans qu’on m’interpelle sur l’iniquité de mes 5 ans d’inéligibilité comparés à la peine identique, 5 ans aussi, pour le socialiste menteur et fraudeur le ministre Jérôme CAHUZAC qui a pourtant écopé de 3 ans de prison ferme ! La même peine accessoire de 5 ans d’inéligibilité ? Cherchez l’erreur !

Mais le couperet est tombé…

Mon nouvel avocat, Maître KLEIN, va dans quelques mois déposer comme la loi le permet dès lors que 6 mois se sont écoulés, et c’est le cas, une demande de révision afin de ramener mon inéligibilité à 3 ans, ce qui me permettrait d’être de nouveau candidat aux prochaines municipales !

« Pour Roquebrune, j’ai choisi de soutenir la candidature d’un homme neuf, issu d’une vieille et respectable famille roquebrunoise, l’ancien Bâtonnier Lionel ESCOFFIER »

L’objectif, c’est Roquebrune en 2020 ? Jean-Paul Ollivier ne veut pas d’un second mandat ?

Pour Roquebrune, j’ai choisi de soutenir la candidature d’un homme neuf, issu d’une vieille et respectable famille roquebrunoise, l’ancien Bâtonnier Lionel ESCOFFIER, qui est d’accord pour monter une liste sans étiquette de Roquebrunoises et de roquebrunois en provenance de la société civile, avec très peu d’élus sortants. Cette liste est déjà bien avancée, je n’ose dire en marche ! Lui seul pourra revendiquer mon bilan, qui est je pense très bon. Non, moi, si un jour je me représente à une élection, ce que je n’exclus pas, je le ferai à Saint-Raphaël. « Jordi » Ginesta (dans le texte, ndlr), en rêvant toutes les nuits au Sénat depuis 2 ans, ne respecte pas les Raphaëloises et les Raphaëlois qu’il utilise comme des pions en leur imposant un avocat belge, Frédéric Masquelier, sans charisme, dont ils ne veulent pas comme maire… regardez, rien qu’en tant que 1er adjoint, il ne s’est même pas déplacé aux vœux des communes voisines ! Enfin, rendez-vous donc en 2020, de l’eau coulera sous les ponts d’ici là !

Peut-être que cette opération juridique ne fonctionnera pas. Si c’est bel et bien 5 ans d’inéligibilité qu’il vous faut purger, vous ferez quoi ?

Je suis à la tête d’un mouvement politique, le Rassemblement Populaire et Républicain. Je suis fort aise que François Fillon ait gagné la primaire de la droite, en durcissant l’UMP mou de Sarkozy. Nous serons présents sur la scène politique aux législatives de 2022. En politique à 57 ans, on débute ! J’ai la chance d’avoir été maire à 40 ans. Cette mise à l’écart depuis 6 mois, elle était inévitable. La captation du pouvoir par les préfets m’est insupportable, ils changent selon la couleur politique, ce sont de mauvais gestionnaires, qui empruntent pour fonctionner, et qui nous donnent des leçons.

Vous allez faire quoi, ces prochaines semaines ?

Regardez notre dernier fils de 9 ans grandir et pouvoir enfin l’accompagner sur les circuits de karting me réjouit d’avance. Je vais aussi pouvoir prendre enfin le temps d’aller voir courir son frère mon deuxième fils Maxime, pilote Porsche en Chine, au Japon et en Australie, qui réalise là-bas une très belle carrière, comme Julien qui réussit au Canada. Je vais aussi retourner à mes racines rurales en allant finir dans notre ferme de Haute-Loire l’écriture des derniers chapitres de mon livre intitulé « Le plaisir de tout dire ». J’ai changé d’éditeur entre temps, la perspective d’aller faire le pitre chez Laurent Ruquier dans l’émission « on est pas couché » m’étant insupportable…

Et vous êtes sûr que dans trois, voire cinq ans, vous aurez encore envie ?

De me réinvestir dans un Roquebrune que je connais par cœur, peut-être pas. Mais le challenge de Saint-Raphaël, ça m’intéresse. Georges Ginesta l’a dit en son temps, il m’avait pris sous son aile, « le meilleur d’entre nous », et bien, on verra ! S’il l’a dit un jour…Il y a un vide après Ginesta, et j’en discutais avec David Rachline l’autre jour, qui considérait que je serais un excellent candidat pour Saint-Raphaël. On a besoin de personnalités issues du privé, de chefs d’entreprises qui veulent faire bouger les lignes.

 

 

 

 

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2 Réponses

  1. Lecaillon

    Il est palpitant de suivre le parcours de ce maire atypique, au charme indéniable (vénéneux pour certains), fonceur, anti-langue-de-bois, pot-de terre sans peur quand il s’attaque aux pots de fer qui limitent les libertés populaires, locales et même nationales, toujours sur la brèche et ne renonçant jamais..Et, ce qui ne gâche rien (et qui n’est donc pas pour me déplaire), assumant fièrement son patriotisme et son souverainisme, au point d’avoir créé malicieusement un RPR « bis » (sans point commun avec l’autre, le mou !)

    Je suis ce parcours avec une certaine excitation, comme je lirais le déroulement de l’intrigue d’un bon polar, en me demandant jusque où ira, et avec quel bonheur, ce diable de Robin des Bois de la Côte d’Azur.

    Une petite remarque amicale en passant : je m’étonne que M. Jousse, au demeurant cultivé, vif d’esprit, excellent débatteur, à la plume alerte et travaillée, n’ait pas vu, à la relecture de son texte, que la commune « roulait sur son erre », .

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