Dans cette élection détraquée et tintinnabulante, passée par le tambour de la machine à laver des chaînes d’info en continu et des réseaux sociaux, le bruit de fond est devenu la bande-son. On n‘y comprend rien, mais c’est à force d’avoir le nez dessus. Fillon, Hamon, Macron, et ron et ron petit patapon. Un peu de calme, un peu de recul, un peu de culture – après tout il n’y a pas si longtemps (?) j’étais diplômé de Sciences Politiques –, et allez hop on y va. « Jadis, il y avait une hauteur » disait le poète. Yeah man – mais aujourd’hui il y a « Bah alors ? ». « Pardon ? Et Thierry Saunier dedans? »

– Ah, vous êtes vraiment des amis…

Qu’ai-je donc appris, auprès de mes vénérables professeurs, au siècle dernier (!) à Aix-en-Provence, entre deux soirées étudiantes et trois cafés pris sur le Cours Mirabeau ? Hé bien ceci, qui d’ailleurs ne provenait pas d’eux, mais du politiste René Rémond, dans son célèbre et fondamental ouvrage « Les droites en France » : qu’il y a trois familles dans la droite française ; les légitimistes, les bonapartistes et les orléanistes.

Le premier courant a donc pour source fondamentale, comme son nom l’indique, la légitimité – la tradition, l’inscription dans la durée. Le RPR avant-hier, l’UMP hier, aujourd’hui Les Républicains correspondent à ce positionnement. Et, dans la course à l’Elysée 2017, François Fillon représente ce courant, jusqu’à l’entêtement, jusqu’à l’absurde peut-être. Le slogan paradoxal de ce courant est : « Je dois les suivre, puisque je suis leur chef. »

Comme ce courant majoritaire (ou supposé l’être) est renommé, pas forcément à tort, pour sa mollesse et son indécision, son opposant bonapartiste a érigé, a contrario, en valeurs cardinales, l’énergie et l’autorité. En mieux ou en pire, on ne sait, mais faut que ça tranche, faut que ça bouge, faut que ça secoue. Nicolas Sarkozy était censé avoir préempté cette case, sauf que l’hystérie, vaine et brouillonne, qu’il n’a cessé de manifester, est à la fois le contraire et la caricature de l’énergie. En 2017, le bonapartisme est illustré, sans équivoque, par Marine Le Pen. A tort ou à raison, elle est censée incarner – et notamment par comparaison – l’autorité.

Le troisième courant est le plus complexe à appréhender, et donc à décrire. Il se nomme – en référence à la Monarchie de Juillet – orléanisme, et n’aura jamais été si éminemment représenté que par Valéry Giscard d’Estaing. Réticent au charisme (qu’il rebaptise autoritarisme), réticent au traditionalisme (qu’il trouve poussiéreux), ce courant de centre-droit plaide pour la répartition des tâches, et pour la reconnaissance des talents individuels, bref, pour ce que l’on appelle aujourd’hui la société civile (quel drôle de nom). Même s’il a toujours été minoritaire (sauf avec VGE), le fait que ce courant ne soit, cette année, point représenté sur l’échiquier des droites traditionnelles explique, en tout cas pour partie, l’irruption puis l’ascension de la comète Macron. Dire qu’il mord à droite est incorrect et incomplet : en réalité, il mord sur la fraction orléaniste de l’électorat conservateur.

Grâce à « Bah alors ? », vous pourrez ainsi briller dans les dîners en ville. Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

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