Ça ne veut pas dire qu’à force de délirer avec le budget depuis la nuit des temps la ville est en faillite et sera vendue au plus offrant. Avant d’appartenir à un fond de pension qatari (ça va on déconne), Fréjus sera d’abord une ville où l’on pourra assister à de jolies ventes aux enchères, grâce à l’arrivée de maître Rois, commissaire-priseur, qui a dealé avec la municipalité la possibilité d’utiliser, quelques fois par an, la salle Paul Vernet pour procéder à des opérations. Pour la première, il s’agissait de vendre du vin, de bien belles pièces de collections personnelles, qui ont changé de cave. L’occasion pour nous de découvrir une personnalité, un métier, et un monde où l’argent sert à alimenter de belles passions, plutôt qu’à ériger des statues de soi-même au bord d’une piscine (au cas où Mario Balotelli nous lirait, s’il passe à Fréjus).

Maître Florence Rois vous êtes « une » commissaire priseur. En quoi consiste votre métier ?
Je fais des ventes aux enchères, des enchères publiques, des inventaires, je suis un peu comme un iceberg, on ne voit qu’une petite partie. Mais 90% de mon travail, c’est de réaliser des inventaires personnels, des inventaires judiciaires, un travail d’expertise, tout ça se fait dans l’ombre. C’est dans le nom, « priseur », mettre un prix.

Ce soir on vend du vin. C’est uniquement de la vente de bouteilles personnelles ?
Oui, c’est ce qu’on appelle de la vente volontaire. Les gens choisissent de se débarrasser d’une partie de leurs caves, et mettent en vente certaines bouteilles par le biais d’une vente collective. La vie est riche en aléas, certains ne veulent plus boire, ne souhaitent pas conserver une collection dont ils ont hérité, on a tous les cas de figure.

Comment on organise une chose pareille, avec pas loin de 200 lots à la vente ?
Et bien ça prend du temps, c’est beaucoup d’enquête, du réseau, on rencontre beaucoup de monde, on va voir les collectionneurs, on examine la cave, on sélectionne les bouteilles auxquelles on met un prix, après c’est contractuel. On estime, si la personne est d’accord avec l’estimation on lui propose la vente aux enchères. Il y a un marché, une cotation.

C’est vous qui avez eu l’idée de cette vente spécifique ?
C’est en rapport avec le planning de ce nouvel hôtel des ventes. Normalement on était censé la faire au mois de mars, donc voilà. La prochaine sera la vente des objets du musée du chocolat de Roquebrune, l’ancienne collection. J’ai rencontré le gérant par hasard, qui m’a conté son histoire. J’ai une base, je tire une pelote. On rentre dans l’intimité des gens, leur histoire, on se rend compte que les vendeurs ne possèdent jamais des objets par hasard. Notre rôle, c’est de mettre un prix là-dessus, de les accompagner.

C’est plus simple d’organiser des ventes comme celle-ci, plutôt que suite à des liquidations, par exemple ?
Je le fais exactement de la même façon. Quand on arrive sur une liquidation judiciaire, il faut comprendre comment l’entreprise en est arrivée là. Souvent on tombe sur des gens dépassés qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé, il faut leur expliquer la procédure, que tout ne sera pas vendu pour une poignée d’euros. C’est beaucoup de psychologie, l’approche est un peu la même.

Vous êtes arrivée comment à Fréjus, puisqu’en sous-main, on vous « reproche » d’ouvrir un second cabinet et d’accointances spéciales avec la mairie ?
On a le droit, aujourd’hui. Depuis l’an 2000, puis encore plus depuis la loi Macron. C’était à l’origine pour permettre à Christie’s et Sotheby’s de vendre en France. Et bientôt on fusionnera avec les huissiers. Et ce n’est pas la mairie qui m’a faite venir ici, la mairie c’est mon bailleur, c’est tout. Ce que je sais c’est que certaines associations craignent que la salle ne soit plus consacrée qu’à être un hôtel des ventes.

Vous allez continuer de faire vivre les expos ?
C’est un espace municipal, à l’origine. Je me suis engagée à faire 6 ventes par an. Mais il y aura toujours les manifestations culturelles, le festival de théâtre, la musique, les expos, etc. Les ventes rentrent simplement dans un circuit, le reste continuera d’exister, moi je voulais amener un peu de mélange des genres, c’est tout.

Parlons argent : qu’est-ce qu’on vend de cher, ce soir ?
De gros jéroboams de Crystal Roederer, par exemple, 8000 euros de mise à prix. On est sur des gens qui ont beaucoup de moyens, acheteurs étrangers plutôt qu’éclairés, mais c’est la vision qu’ils ont de la France, ils veulent montrer qu’ils possèdent des choses. On a surtout beaucoup de très bonnes bouteilles, qui se transmettent de collectionneur à collectionneur, des personnes qui ont de belles caves et qui ont aussi des goûts très marqués. En tous cas il y a du monde, c’est que l’opération rencontre un bel écho !


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