Le cinéma sud-américain en pleine (crise de ?) croissance : L’Amérique du Sud est, on le sait (et si on l’ignore mieux vaut ne pas me le dire, ce serait ajouter un chiffon rouge devant un taureau furieux), un continent éminent de football, l’un des deux pôles avec l’Europe à se partager les Coupes du Monde depuis que celle-ci existe ; l’Europe en a remporté onze à ce jour, et l’Amsud neuf. Cette introduction est totalement hors-sujet ? Sachez qu’avec moi le foot ne l’est jamais, car il n’est jamais loin du cœur nucléaire de ma vie. Toujours est-il que, question celluloïd, le palmarès est nettement moins reluisant : une Palme d’Or seulement en 60 ans, en 1962 pour un film brésilien ; ne prétendez pas que vous le saviez, bande de Pinocchio. Un Lion d’Or et trois Ours d’or, en guise de récompenses supplémentaires ; bref, c’est pô terrible.

Mais, comme vous n’êtes pas sans savoir, via le Ballon d’Or, l’élection présidentielle, ou les NRJ Music Awards, suivant vos affinités propres, les récompenses institutionnelles sont comme les minijupes ; elles donnent une idée de l’ensemble, mais dissimulent l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que le septième art sud-américain est en réalité un cinéma émergent, en pleine ascension, en pleine croissance.

Des cinéastes provenant de cette partie du monde se sont imposés récemment, sans forcément rafler de récompenses majeures, parmi lesquels on peut distinguer la chilien Pablo Larrain, le brésilien Walter Salles, ou encore le mexicain (qui n’est pas en Amérique du Sud, ok, ok, mais en Amérique Latine – vous m’auriez pas un peu pris pour un lapin de six semaines ?) Alejandro Gonzalez Inarritu. Ces noms arrivent comme marée en carême dans ce papier, puisqu’ils représentent une tentation omniprésente et puissamment attractive pour tout cinéaste latino-américain ayant connu quelque succès : le mirage (?) hollywoodien.

Tout y est plus grand : les budgets, les stars, l’exposition. Larrain a tourné avec Natalie Portman, Salles avec Kristen Stewart, et Inarritu avec Emma Stone. C’est pas moi qui leur jetterais la première pierre… Au-delà de cet argument, dirimant pour ceux qui ne sont pas insensibles au charme de ces actrices – Saunier ? présent ! -, le défi pour le cinéma d’Amsud est de résister à cette tentation de l’exil cossu. Les noms, là encore, emblématisent les options possibles : Inarritu est dorénavant un cinéaste américain d’origine mexicaine, Larrain un cinéaste chilien qui a fait un one-shot à Hollywood, et devrait s’en tenir là – Salles n’a pas décidé.

Mais ce qui n’apparaît pas dans ce plan-séquence, c’est à quel point, en dépit de cet exode intéressé, la cinématographie sud-américaine apparaît vivace, tonique, dynamique. C’est précisément à cela que va servir, Messeigneurs, le développement ci-après.

Semaine latino-américaine au Vox ; Ay ay caramba : Un cinéma d’art et d’essai est par essence, et par définition, un lieu de paradoxe(s), et le Vox, dont les trois salles sont situées place Agricola, n’y échappe certes pas. Il s’agit en effet d’une thébaïde à l’écart du monde, ou en tout cas des ridules qui se forment à sa surface – disons Macron, et ça suffira – et un carrefour à l’épicentre de tous les vents puissants qui le secouent dans ses profondeurs ou ses sommets. Il s’y dessine, en creux, subtilement, un état de la planète, mais irrigué par une multitude de subjectivités : les cinéastes projettent sur l’écran leur vision du monde, et l’ensemble renseigne sur les places fortes, les lieux perdus et oubliés, et les puissances émergentes.

Le bilan du cinéma latino-américain, évoqué à grands traits page précédente, démontre qu’icelui appartient sans contredit possible à la troisième catégorie. Curieusement, cette émergence manifeste et spectaculaire – ne serait-ce qu’en nombre de longs-métrages distribués sur les écrans français – ne s’est pas ou pas encore, traduite dans les palmarès. Peu importe : de la même manière que « mon jardin est plus petit que Rome, mais mon pilum est plus solide que votre sternum » ; le cinéma le Vox est, certes, moins prestigieux que le Festival de Cannes – mais il est plus proche. Et lui est ouvert toute l’année.

En attendant les paillettes du Gotha et les fulgurances du gratin – insécables à Cannes, où le pire du glamour tient la main, et ne veut pas la lâcher, du meilleur de la cinéphilie mondiale –, le cinéma le Vox organise et propose la première « semaine latino-américaine », du samedi 22 avril au lundi 1er mai, coordonnée de main de maître par Daniel Truong. Dix jours – heureusement que ce décompte de la semaine ne s’applique pas au boulot ! – pour dix films, avec en guise de cap (Horn) un maître-mot : équilibre.

Six pays représentés : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Cuba, Mexique ; des documentaires, des drames, des comédies ; des pots, des introductions, un débat ; bref, de « L’étreinte du serpent » (2015) à « Camino a La Paz » (2017), de « Mémoires du sous-développement » (1968) au « Bouton de nacre » (2015), des « Bruits de Recife » (2012) aux « Nouveaux sauvages » (2014), un panorama riche et dense du cinéma latino-américain, sans autres frais qu’un (ou dix) billet(s) de cinéma.

Semaine latino-américaine au Vox, du samedi 22 avril au lundi 1er mai.
Soirée d’ouverture le samedi 22 avril à 20 h 30, avec le film « Citoyen d’honneur », de Gustavo Cohn et Léon Duprat.
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