Ainsi donc, au temps jadis où j’apprenais (en pure perte) la science politique, l’on m’enseigna qu’il y avait trois courants – ou trois familles de droite en France : les légitimistes, les bonapartistes et les orléanistes. Et les gauches, me direz-vous ? Du calme, les amis, j’y viens. S’il ne doit y avoir qu’un seul protagoniste à tenir ses promesses dans cette élection qui ne ressemble à aucune autre, et même qui ne ressemble à rien, « Bah alors ? » sera celui-là.

Les gauches, donc, en France, seraient au nombre de quatre : tel est du moins le nombre identifié par Jacques Julliard (sorte de René Rémond de l’autre côté de la rivière) dans son ouvrage fondamental bine qu’éminemment discutable (ce qui est une qualité) « Les gauches en France 1762-2012 ». Pourquoi 1762 ? Parce que c’est la date du « Contrat social ». Comment ? Vous le saviez ? Mais oui, mais oui, et la marmotte elle a mis le chocolat dans le papier d’alu.

La typologie dessinée par Julliard est astucieuse. Il a construit un tableau, avec comme abscisse le tempérament (modération ou extrémisme), et comme ordonnée la place de l’Etat dans la vision du monde (état centralisateur ou société civile). C’est assez finement vu, et cela dégage, logiquement eu égard au tableau, quatre familles : Gauches Libérale (Société et modération), Jacobine (Etat et modération), Collectiviste (Etat et extrémisme), Libertaire (Société et extrémisme). Voyons un peu tout cela plus en détail.

La gauche libérale, qui vomit l’Etat et ses contraintes, se méfie du parlementarisme, dénonce l’assistanat et déifie les entrepreneurs et la société civile, a plus d’un trait commun avec la droite orléaniste du numéro précédent. Comme elle, elle aura en 2017 le visage avenant (pas forcément pour tout le monde) d’Emmanuel Macron.

La gauche jacobine aurait pu être incarnée par François Hollande ou Manuel Valls, mais tout le monde qu’ils ont des petits contretemps à l’heure de concourir (Si vous l’ignorez ma foi je vous envie : vous êtes un heureux de ce monde). La sélection de Benoît Hamon a quelque peu (oh, pas beaucoup) gauchi ce profil, mais les fondamentaux restent les mêmes : Etat-providence, Sécurité sociale, Fonction Publique, bref un pouvoir central qui est là pour amortir les chocs plus que pour l’avènement du Grand Soir. Pas question d’agresser le Grand Capital, juste de protéger les salariés.

La Gauche collectiviste est quelque chose comme la Weltanschaaung précédente, revisitée par un automobiliste verbalisé. La même chose, mais moins apaisée et beaucoup plus colérique, pour ne pas écrire hystérisée : là, le pouvoir de coercition de l’Administration y évoque moins le stéthoscope de l’infirmière que la matraque du policier. Ses avocats disent que sans cela les multinationales ne se soumettront jamais à la loi commune, à la loi du peuple ; ses détracteurs rétorquent que cela promet le goulag pour tous les esprits forts. Les deux hypothèses ne sont peut-être incompatibles ; toujours est-il que cette équation, intervention de l’Etat couplée à un tempérament extrémiste, est représentée sur l’échiquier 2017 par l’intarissable Jean-Luc Mélenchon.

La quatrième gauche, la gauche libertaire, est à la fois la plus minoritaire et la moins représentée – aussi parce que, il faut bien le dire, la plus réticente à l’idée même de représentation. Elle est à la fois hostile à la régulation par l’Etat de tous les domaines de la société et de la vie quotidienne (genre principe de précaution, mangez cinq fruits et légumes par jour, tous ces machins-là…) et extrémiste par tempérament, par conviction ou par nature. Les zadistes, les habitants de Tarnac, les écolos radicalisés, souscriraient à cette définition. C’est une gauche sans candidat – pour ainsi dire par définition.

Voilà messieurs-dames ; ça ne changera sûrement pas votre vote (et tant mieux), mais ça vous aura donné quelques pistes de réflexion que vous ne risquez pas de trouver sur BFMTV. You’re welcome.

Thierry Saunier

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