Toute la semaine, notre camarade cinéphile Thierry Saunier, accréditation en main, écume les files d’attente des salles obscures du Festival de Cannes, visionne long métrage sur long métrage, et nous livre son avis éclairé en avant-première. Aujourd’hui, « Okja » de de Bong Joon-Ho, en compétition.

Déjanté, original et spectaculaire
« Okja », c’est à la fois l’entrée (en majesté ?) du mastodonte Netflix dans la cour des grands, en tout cas dans la salle du Grand Théâtre Lumière – pour la fin du cinéma, le début d’une nouvelle ère, ou un simple feu de paille ? seul l’avenir le dira -, et, surtout (?), l’avènement du cinéaste coréen Bong Joon-Ho, brillant et borderline, dans cette même première division du cinéma mondial. Entre économie et cinéphilie, voici longtemps que les lecteurs de « Bah alors ? » savent que mon cœur ne balance point.

Déjanté, original et spectaculaire, « Okja » n’atteint cependant pas les cimes enneigées de « Snowpiercer » (2013), le véritable chef-d’œuvre de Bong Joon-Ho. La première partie du film se déroule en Corée, la seconde aux Etats-Unis – ce qui témoigne de façon claire de l’équilibre, voire du rapport de forces cinéaste/producteur -, avec embedded Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal et Paul Dano (tous trois caricaturaux à souhait).

« Okja » est une super-cochonne gigantesque et sympathique (images de synthèse impeccables, d’où l’intérêt d’avoir un producteur dégoulinant de fric), conçue aux Etats-Unis par la firme Mirando corporation – dirigée par Lucy Mirando (Tilda Swinton) cupide et satisfaite -, mais élevée dans la forêt coréenne dans un rapport fusionnel par une jeune fille de quatorze ans, Mija. L’animal doit être rapatrié aux States afin d’y participer à un show grotesque et démago, mais Mija, soutenue par un groupuscule de partisans de la cause animale, ne l’entend pas de cette oreille…

Tout cela ne serait-il pas – un peu trop –dans l’air du temps ? Gentils écolos, méchantes multinationales ; on connaît la chanson. Hé bien, pas tout à fait : Jay (Paul Dano), le chef des amis des animaux, est un psychopathe d’un autre genre, mais tout aussi flippant. A la fois grinçant et parodique, cette dsytopie plaisante vaut le détour, et ne dépare pas la sélection cannoise. Pour le reste, le business et tout ce qui s’ensuit, il ne vous reste plus qu’à retourner lire « Les échos ».

Thierry Saunier

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