Ahmed Wadih est vraiment à fond dans son rôle de communicant. Et pour réussir ça, il faut vraiment croire en ce qu’on vend. Lui, son poulain, c’est Golfe Orient, une petite épicerie devenue bien grande, qui vend des produits hallal et typiques des pays du Maghreb, mais pas seulement. Après 15 ans dédiés au partage des mets et des cultures avec l’occident, c’est en pleine préparation de la période charnière du Ramadan qu’Ahmed nous a présenté ce magasin un peu spécial, où on achète à l’européenne, mais où on consomme à l’orientale, et c’est ça, la richesse d’un monde qui se parle !

Ahmed, explique-nous ce qu’est Golfe Orient.

C’est une petite boucherie qui a été montée en 2002 à l’initiative de M. Zenouhi qui avait remarqué qu’il n’y avait pas de boucherie Hallal dans le coin. Aujourd’hui c’st devenu un petit supermarché, à force de volonté !

Qui sont les gens qui viennent chez vous ? Uniquement des musulmans ?

Au départ c’était le cas mais aujourd’hui la clientèle est très ouverte, même les gens des beaux quartiers de Fréjus-Saint-Raphaël viennent chez nous. Tout le monde vient ici, maintenant, c’est un lieu de rencontre. J’ai fait une étude de marché, j’ai développé le Facebook, on a développé de la clientèle sur Sainte-Maxime et Saint-Raph’, c’est pas du tout communautariste, et ça c’est bien.

On va attaquer le Ramadan, c’est une période phare pour vous, on imagine.

C’est un mois sacré qu’il ne faut absolument pas rater. Pour notre commerce, c’est une manne financière énorme, on est en plein dans l’esprit du magasin, qui propose des produits d’horizons divers. On redouble d’efforts pour répondre à une demande particulière. Par exemple on doit avoir énormément de boisson parce que c’est l’été, les dattes, qui sont le produit phare, il nous faut de la variété, les semoules, les feuilles de brick, tous les produits typiques « ramadanesques » ! Mais c’est pas que du commerce, on veut faire quelque chose de différent. On a mis une déco spéciale, on veut que le client qui passe sente l’esprit du Ramadan. On a mis du volume et du choix, et on va faire une table avec plein de salé et de sucré, les gâteaux orientaux, ce sera très beau.

Est-ce que ça change l’affluence ?

Pendant le Ramadan, il y a une augmentation de la consommation de 25% à peu près, beaucoup de fruits, beaucoup de boucherie, même l’épicerie générale. Avec les grands groupes qui essaient de s’y mettre, on s’en sort quand même parce qu’on a l’état d’esprit, l’ambiance, 15 ans à développer une âme, on travaille dans l’intérêt du client depuis toujours.

Qu’est ce qu’ils font de la mauvaise manière, les grands groupes ?

En vérité, rien, le soleil brille pour tout le monde. Mais l’esprit est un peu détruit parce qu’on ne demande pas aux gens de se goinfrer le soir. Le ramadan c’est aussi faire attention à ce que tu vas manger le soir. Nous on informe un peu les clients sur le sujet, on est au plus près d’eux, on les encourage à mieux consommer. Pour eux c’est juste une opportunité de faire du business, comme toutes les autres fêtes, Saint-Valentin, etc. Nous, on veut faire honneur à cet événement, on répond à la demande plus forte. On insiste sur la qualité. On propose du bœuf charolais, à un prix hyper intéressant je pense. On aime bien garder nos clients plus longtemps dans le magasin. Ici, il y a des êtres humains derrière, une équipe, l’ambiance chaleureuse c’est hyper important. C’est moi qui fait le thé, ici, c’est un symbole de partage et d’échange. Je vais te raconter une anecdote : j’étais en train de servir le thé, on parlait de politique, c’était tendu. Mais à travers notre animation autour du thé, les numéros de téléphone se sont échangés, les gens se sont reconnus alors qu’ils ne se sont pas vraiment déjà vus, tout ça dans une discussion animée à propos des élections.

Une épicerie de quartier à l’échelle d’un supermarché ?

Un peu. On fait tout pour développer la fidélité, en allant à l’essentiel. On propose des bons produits, on rogne au maximum sur nos marges, on a un vrai service pour se distinguer des autres.

Grande question : quand un client « européen » vient, il a un a priori ?

Tous nos employés ne sont pas arabes, déjà. Il y a une grande mixité, ici, marocains, tunisiens, algériens, c’est hyper mixte ! (rires) Sincèrement, il y a aussi des français, et quand ils arrivent la première fois ils s’attendent un peu à voir un genre de souk, mais en fait pas du tout ! On est ce qu’on est, on est fiers de partager notre culture, mais on propose des produits très divers, qu’on trouve partout, en plus de ce qui se fait spécifiquement chez nous. La clientèle musulmane, c’est seulement la moitié de ce qu’on a, finalement !

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