Frédéric Masquelier, travaille pour la ville depuis plus de 20 ans sans que beaucoup ne le sachent. L’avocat a géré les dossiers de la ville tout ce temps. Finalement, qui de mieux pour reprendre le flambeau? Le nouveau premier magistrat de la ville nous a reçus, pour discuter de l’avenir de la cité de l’Archange et du respect de l’héritage que lui lègue son prédécesseur.

Frédéric Masquelier, en l’espace de 3 ans vous êtes devenu Français, élu au conseil municipal, 1er adjoint et maintenant maire de Saint-Raphaël. C’est un peu rapide, non ?

Non. Cela fait 30 ans que je vis à saint Raphaël, et comme j’ai eu l’occasion de le dire je me sentais déjà Français sans l’être, la Belgique est un pays tellement proche, elle appartenait à la France jusqu’en 1815, on a la même langue, mon épouse et mes enfants sont nés en France, à Saint-Raphaël. Donc de ce point de vue-là, l’acquisition de la nationalité française ne me semble pas quelque chose de rapide, c’était simplement la confirmation de ce que je ressentais déjà c’est-à-dire être français. Ensuite, être sur la liste municipale, c’est vrai que je connais M.Ginesta aujourd’hui depuis 20 ans, je m’occupais des dossiers de la ville, il m’a fait cette proposition en 2013. Je suis devenu conseiller municipal et il a considéré que je faisais bien mon travail, et il m’a proposé de devenir 1er adjoint en 2016. Donc c’est vrai que c’est dans un laps de temps assez ramassé mais néanmoins tout ceci est l’objet d’une très longue maturation.

Georges Ginesta vous a mis le pied à l’étrier de la politique locale. Selon vous, pourquoi vous a-t-il choisi vous plutôt que d’autres figures de la politique locale installées depuis plus longtemps dans le conseil ?

Il faudrait le lui demander, mais je pense qu’il a dû reconnaître un certain nombre de qualités. Le fait que je sois indépendant notamment de la vie politique, que je ne tire pas mes ressources de la vie politique a dû compter. Il connaît cette indépendant, il sait que quand je vais prendre une décision je ne vais pas la prendre en fonction d’un choix de carrière mais en fonction l’intérêt général. Puis il a vu ma compétence à travers les dossiers que j’ai eu à traiter pour la ville.

De ce qu’on a pu lire, vous voulez « garder le cap » et avancer sur les pas de votre prédécesseur.

À partir du moment où on considère que la ville est bien gérée, effectivement vous ne changez pas de cap. Ça voudrait dire quoi, faut se mettre à moins bien gérer la ville ? Donc garder le cap c’est cohérent à partir du moment où vous considérez que le bilan est bon. Après ça ne m’empêche pas de penser que j’ai d’autres défis à relever.

Du genre ?

Dans mon discours d’investiture, je me suis attaché à les développer. Ce sont les problématiques du commerce de proximité face aux géants d’internet, ce sont les problématiques environnementales où il faut avoir des réalisations concrètes. C’est la problématique des entreprises locales qui peuvent souffrir lorsque vous avez des travailleurs détachés, ou des auto-entrepreneurs qui n’ont pas les mêmes règles. Ce sont les problématiques d’urbanisation. Ce sont les services de l’État qui se désengagent et qui nécessitent de nouvelles actions municipales notamment en termes de sécurité. Ce sont les problématiques aussi de sécurisation accrue de l’ensemble des manifestations et des événements et pourtant la ville doit vivre. Voilà, il y a toute une série de problématiques nouvelles et mon devoir sera d’y répondre. Et cela est d’autant plus facile que je peux m’appuyer sur le bilan de mon prédécesseur.

Niveau construction, ce sera quoi les grands projets du maire Masquelier ?

Je ne veux pas faire un catalogue à ce stade-ci, j’aurai le moment des vœux pour décliner les trois ans à venir avec des objectifs à court, moyen et long terme. Au-delà d’ailleurs des échéances électorales puisque j’ai une vision de long terme ! Donc aujourd’hui, je sais que dans les trois premiers mois j’ai trois défis. Il y a la révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU), il faudra encadrer la constructibilité, je crois que c’est important et que c’est une demande. Je ne vendrai pas les terrains de sport pour les promoteurs, que ce soit extrêmement clair. On aura le règlement local de publicité et on aura la réforme de la dépénalisation du stationnement de voirie. Donc sur les 3 premiers mois ce sont ces dossiers que je vais traiter. Par ailleurs, je compte à nouveau rencontrer l’ensemble des agents parce qu’on a un plan d’administration ambitieux qu’on compte mettre en place. Et en ce qui concerne les grands projets de réalisations, j’aurai sûrement l’occasion de m’exprimer lors du discours des vœux où on pourra se revoir à nouveau !

Le conseil municipal compte quelques opposants, et d’autres comme Decard et Dumont s’y ajoutent à votre arrivée. Comment comptez-vous gérer cela ?

Heureusement qu’il y a des opposants. Vous avez une majorité qui est très forte puisque j’ai obtenu 31 voix. C’est-à-dire que j’ai même réussi à élargir ma majorité. Après les deux personnes que vous citez ont fait le choix d’être opposants donc je n’ai pas envie de polémiquer avec eux. Moi tout ce que je constate c’est qu’aujourd’hui ils ont des fonctions, ils sont conseillers départementaux, donc leurs rôles c’est notamment de ramener des subventions pour la ville, qu’ils fassent leur boulot et ils seront jugés au résultat.

Roland Bertora succède à Georges Ginesta au poste de président de la CAVEM. Quelle va être votre place au sein de la communauté d’agglo ?

Je vais être vice-président de la CAVEM en charge des grands contrats, des affaires juridiques et de l’évolution de l’intercommunalité.

Beaucoup de Raphaëlois pensaient que Ginesta était « inapprochable ». Il est vrai que le système de la municipalité faisait passer de service en service et que l’organigramme était (presque) trop respecté. Est-ce que ça va changer ? Serez-vous plus accessible ?

Je pense être relativement accessible pour les gens qui me connaissent ! J’ai notamment été chargé de mettre en place les conseils de quartier qui sont des rencontres avec les citoyens et effectivement je participe à de très nombreuses réunions d’associations diverses, j’entends être au contact de la population. Parce que c’est comme ça également que les décisions doivent se prendre c’est-à-dire par un échange, une réflexion, de la contradiction, de la critique, et puis dans un deuxième temps, une fois que la décision est prise c’est là qu’il faut être ferme.

L’ancien maire aimait jouer au tennis. Il nous a dit dans une interview qu’il essayait de ne jamais manquer sa partie du samedi matin. Et vous, vous faites quoi pour décompresser ?

Je joue au golf. Mon père m’y avait mis quand j’étais jeune depuis j’ai acquis un bon niveau. En plus j’ai la chance de pouvoir y jouer avec mes enfants donc ça permet un moment du week-end ensemble. Et puis je lis, j’aime beaucoup lire.

Vous allez essayer d’apporter quoi de plus côté culture ?

D’abord là aussi, j’arrive sur des bases qui sont solides avec un budget important consacré à la Culture. Je ne suis pas du tout dans l’optique de rompre ou de révolutionner, pour moi les choses se transforment tout le temps. Le changement c’est tout le temps ! C’est un peu la nature des choses. Pour la culture, effectivement, peut-être qu’il y ait un certain nombre d’événements un peu plus visibles. Nous réfléchissons aussi à un cycle de conférences qui soient ambitieux et davantage de transversalité entre les services et le fait que les activités culturelles sortent davantage du centre culturel pour être associé à différentes manifestations. Si les contraintes de sécurité nous le permettent, plus de manifestations de rue.

Il y a d’autres changements dans le rôle des élus, et dans les services ?

Il y a Pierre Cordina qui est élu premier adjoint. C’est l’ancien commissaire divisionnaire donc pour les questions de sécurité c’est pas mal. Moi même je compte conserver la délégation de la Culture pour les 6 prochains mois, et puis pour le reste c’est davantage des ajustements qui vont être opérés. En ce qui concerne les services en tant que tels, il y a eu un renouvellement des cadres qui s’est opéré par un certain nombre de départs à la retraite, et donc on a recruté des gens particulièrement compétents aussi bien dans le domaine de la Communication, de l’Urbanisme, ou encore au Centre Technique Municipal (CTM) et aux Finances. On a eu des recrutements importants.

Quels sont vos rapports avec les mairies voisines ?

Ça dépend lesquelles. J’ai de très bonnes relations avec les maires de la CAVEM. Après je n’ai pas de rapport particulier avec David Rachline. Comme je l’ai toujours expliqué et ma position n’a pas changé de ce point de vue-là, il n’y a pas d’accord politique parce que nous ne pensons pas la même chose, et d’ailleurs ça n’a pas été la volonté des électeurs qu’il y ait une représentation politique commune. Donc à partir de ce moment-là les choses doivent rester claires, s’il y a des dossiers sur lesquelles il convient de travailler ensemble, les tuyaux d’eau comme je dis toujours ne s’arrêtent pas au Pédégal, ni le transport urbain, ni toute une série de dossiers qui peuvent avoir un intérêt communautaire, j’en discuterai avec lui de manière constructive. Il ne faut pas que les habitants soient pénalisés par les résultats des élections.

Vous synthétiseriez comment la vie politique de la CAVEM d’aujourd’hui ?

Je pense que les choses ont toujours été très claires. Le Front National est dans l’opposition du conseil municipal de Saint-Raphaël et des autres villes de la CAVEM hormis Fréjus. Il n’y a aucune confusion de ce point de vue-là. Si, peut-être lors du dernier conseil communautaire où Mme Dumont s’est présentée pour être présidente de la CAVEM avec un accord de réciprocité avec le Front National. Parce que si elle fait 21 voix c’est grâce aux voix du Front National, et vous remarquerez que lorsque M.Sert s’est présenté 11 fois pour être vice-président, il a obtenu le même nombre de voix que Mme Dumont, ce qui montre bien une réciprocité. Elle-même a évoqué des appels téléphoniques avec les élus. Donc lorsqu’on est première vice-présidente du conseil départemental et qu’on est la représentante de Valérie Pécresse dans notre département, il faudrait peut-être qu’elle éclaircisse son positionnement politique. En ce qui me concerne il n’y a aucun accord avec le Front National.

Vous vous présenterez en 2020 ?

Oui. Sinon ça n’aurait pas de sens. À partir du moment où je prends ces fonctions à mi-mandat, ce n’est pas pour gérer les affaires courantes c’est bien entendu pour répondre aux défis de l’avenir, pour préparer cet avenir. C’est tout le sens de cette succession à mi-mandat.

Vous appréhendez ça comment ? C’est un peu faire campagne aujourd’hui ?

Non, je ne veux pas que mon action soit rythmée par des échéances électorales. Comme je vous l’ai dit je suis indépendant vis-à-vis du milieu politique bien qu’étant Républicain donc là j’ai des convictions qui sont fortes, plutôt que des revenus et des avantages de la vie politique. Je n’arrête pas mon action par rapport à des échéances. Quand vous faites un projet et qu’il va au-delà de la période de 3 ans, maintenant je vais dire aux Raphaëlois je ne vais pas travailler sur certains projets parce que je ne serai là que jusque 2020 ? non. Mon travail c’est travailler pour l’avenir de Saint Raphaël.

Vous appréhendez comment le rôle de maire ?

Sereinement avec responsabilité. Sereinement parce que j’ai déjà été premier adjoint donc je connais bien le fonctionnement de la mairie. Avec responsabilité parce qu’il s’agit d’une ville de 35,000 habitants. On a des problématiques fortes notamment avec des obligations supplémentaires en matière de logements sociaux ou de sécurité. On ne connaît pas l’évolution de la taxe d’habitation donc ça aussi c’est un problème de savoir si on va conserver nos ressources ou pas… Donc effectivement, il y a de nombreux défis, mais je le fais avec envie dynamisme et passion.

Et que ce soit bien clair M. Ginesta est toujours là, il vous aidera toujours ?

Oui, c’est normal.

Mais c’est bien vous le maire ?

Oui, c’est normal aussi ! M.Ginesta m’accompagne, mais c’est aussi le sens de la vie. Lorsque vous avez l’expérience de quelqu’un qui a été depuis 22 ans maire, pourquoi je me priverai de son expérience ?

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