Quelle superbe idée ! Le service Archéologie et Patrimoine de la ville de Fréjus a pris possession de la Villa Aurélienne jusqu’au 10 novembre pour une exposition intitulée « Habier Forum Iulii : La maison romaine à Fréjus ». Et il y a de quoi faire ! Principalement centré sur les découvertes des fouilles de l’Îlot Camelin (entre la butte Saint-Antoine et la place Formigé), l’exposition tend à nous montrer comment nos prédécesseurs vivaient en leur temps et quelles étaient leurs conditions sociales. Une grande surprise attendait nos chères archéologues lors des fouilles : une maison qui a sans doute brûlé dans les années 10-15 après J-C.

L’aller retour dans le passé moderne

L’exposition se base sur la « domus à atrium », ces maisons urbaines qui a l’époque étaient dotées d’un atrium (cour intérieure) distribuant la lumière dans toutes les pièces à vivre. Ces puits de lumière étaient représentatifs des foyers socialement élevés. Des années plus tard, à la fin du XIXe siècle, la villa Aurélienne a été édifié en s’inspirant du style architectural de la Renaissance qui s’inspirait lui-même de la maison romaine et c’est ainsi que la « boucle est bouclée » comme nous a dit Pierre Excoffon, le directeur du service Archéologie et Patrimoine de la ville : la villa Aurélienne étant un hommage à la domus à atrium ! C’est donc l’endroit rêvé pour exposer et rendre hommage à ces fouilles.

Lorsque l’on rentre dans la villa, l’atrium a été « habillé » d’une reproduction d’un sol romain, d’un enduit peint et d’un puit à la manière romaine. Un atrium antique, dans une villa qui s’en inspire, mission accomplie. Le service a profité de ce bel espace pour présenter différents plans de maisons construites à l’époque romaine autour de la Méditerranée pour montrer les similitudes des architectures et évidemment la présence de ces atriums dans tous ces pays.

Une pièce, une ambiance.

Suite de l’exposition avec la première pièce de la villa qui regroupe tous les objets découverts à travers les années dans Fréjus. Des pièces de monnaie, des bijoux, de la poterie, des ustensiles de cuisine… Tout ceci conservé à la perfection. Beaucoup de pièces présentes viennent de l’Ilot Camelin car les archéologues ont eu la surprise de découvrir une maison qu’on pourrait qualifier de « figée » par un incendie. Le feu a eu deux effets : le premier est la splendide conservation de ces trésors antiques, le second, moins drôle, et qu’un incendie oblige les résidents à quitter les lieux rapidement et donc en laissant beaucoup d’objet. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, en 2017, nous avons la chance de pouvoir découvrir des objets parfaitement conservés. Le travail des archéologues y est aussi pour beaucoup. Les pièces de monnaie présentées dans cette exposition comme d’autres objets ont été restitué par l’équipe archéologique pour un résultat impeccable.

La seconde pièce de l’exposition résonne comme une conclusion à toutes ces découvertes. Dans le noir, muni d’un casque à réalité virtuelle, vous aurez la possibilité de faire un bond dans le passé, directement dans une pièce d’une maison romaine, la fameuse pièce brûlée découverte il y a peu. Réalisé par les sociétés EDIKOM et VIRTUAVISION, sous couvert des dessins de l’archéologue Gregory Gaucher, la pièce restitue en 3D les enduits peints, les objets découverts le tout dans les dimensions exactes. Un ajout de modernité dans une exposition archéologique, rien de mieux pour attirer les curieux !

Chez Castoris, matériaux en soldes !

La dernière pièce de l’exposition a une conception scénographique des plus délirantes. Lumières vives, rayonnage, la salle regroupe des découvertes technologiques de nos chers romains. Comme dans un magasin de bricolage, on trouve des isolants, du carrelage, de la plomberie ou encore des systèmes de chauffage. A vendre ? Bien sûr que non, mais la mise en scène est à saluée et ravira à coups sûrs les petits et les grands. La visite de cette salle nous passe un message clair « on n’a pas inventé grand chose que les Romains faisaient déjà ». Entre la plomberie, le mortier et surtout le système de chauffage au sol, on découvre que nos inventions modernes ont eu leur succès dans l’Empire romain, et particulièrement chez nous, à Fréjus, ville antique qui décidément nous réserve toujours des surprises.

L’interview

Pierre Excoffon et Gregory Gaucher ont pris de leur temps pour nous faire la visite guidée, et surtout pour nous en dire deux mots.

Pourquoi ce lieu ?

Pierre Excoffon : Le lieu d’accueil devient un acteur de l’exposition. C’est-à-dire que l’effet qui est produit par la mise en place de l’atrium de la place Formigé n’aurait jamais pu fonctionner ailleurs qu’ici, le lieu participe vraiment à la mise en scène parce qu’on rentre dans une maison d’inspiration romaine, ça ne pouvait pas mieux marcher quelque part ! Puis il y a toute l’histoire qui est chargée dans cette villa, et qui est selon moi la plus belle de la ville. On a ce côté ostentatoire qui colle bien avec les domus des riches patriciens de l’époque romaine.

Avec le soutien de la mairie, vous avez exposé toutes les découvertes du service Archéologie depuis les années 80 ?

Le thème central c’est tous les objets découverts à l’Îlot Camelin, le lot le plus important de matériel c’est cette fouille-là qui a été restaurée spécifiquement pour cette exposition-là. C’est aussi ce qui fait le budget d’une exposition. Une part la mise en scène et la scénographie où il faut savoir qu’on a été beaucoup aidé par les services de la ville comme le service menuiserie. La boîte dans laquelle on rentre où l’on a la pièce en réalité virtuel, c’est Gregory qui a fait les plans et c’est les services techniques qui ont tout fait, qui l’ont peint… La technologie qu’on n’avait pas vient d’une boîte extérieure mais pour tout le reste c’est en interne. C’est ce qui nous permet de monter ce genre d’expo parce que ça évite d’exploser les tarifs entre la surveillance, la communication, la restauration, les assurances… Comme la ville a des services qui ont la capacité de faire ce genre de chose, ça nous aide bien. Donc essentiellement c’est l’Îlot Camelin, et on a utilisé certaines fouilles anciennes notamment pour la pièce Castoris, il y a d’autres éléments de l’école des poiriers, ou la place Formigé pour les pièces du milieu.

C’est rare d’ajouter une pièce en réalité virtuelle dans ce genre d’expo ?

C’est une première en France, c’est pas une première dans le monde parce que c’est le genre de méthode utilisée pour visiter la Domus Aurea à Rome. C’est une première en France sur une exposition d’archéologie.

Gregory Gaucher : On voulait présenter la pièce brûlée telle qu’on la découverte à la fouille, et la réalité virtuelle nous permettait de la reconstituer entièrement. Quand on met les lunettes on revient 2000 ans en arrière, on peut s’imaginer romain et trouver tous les objets qui servent à notre quotidien.

Toutes les pièces sont de Fréjus ?

Elles sont toutes trouvées à Fréjus. Mais quasiment la moitié des objets appartiennent à l’État. Mais tout a était découvert à Fréjus oui. On aurait pu ceci dit, on proposait plus. On a beaucoup travaillé pour exposer à la Villa, il a fallu retravailler la lumière, les normes… Le côté polymorphe est important dans cette exposition. La pièce Castoris est rigolote mais très informative, et il ne dénote pas car les autres pièces sont bien plus sérieuses.

 

 

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