Il en a gros. Gerard Setboune, a consacré la plus grande partie de sa vie professionnelle au sport et plus particulièrement au sport dans la ville de Fréjus. Il nous a contacté pour discuter de la situation de l’AMSLF et par extrapolation de la politique sportive de la ville. Son objectif : interpellez la municipalité pour débattre de ce sujet. Entretien avec l’ancien directeur de l’association qui profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée mais garde un œil sur ce qui a rythmé sa vie pendant plus de 20 ans. 

Gérard Setboune, avant de commencer notre interview, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quelles étaient vos fonctions avant votre départ à la retraite.

J’ai passé quasiment toute ma carrière professionnelle en mairie de Fréjus et essentiellement à la direction des Sports et de la Jeunesse, et on peut dire que les 24 dernières années j’étais directeur de l’Association Municipale des Sports et des Loisirs de Fréjus (AMSLF) et les 5 dernières années avant mon départ à la retraite, j’étais également chargé de mission à la coordination des centres sociaux.

Donc vous avez occupé le poste de directeur de l’AMSLF jusque quand ?

Jusqu’en 2014, juste avant l’arrivée de la nouvelle municipalité.

C’était un concours de circonstance ?

Je dirais que les conditions de l’arrivée d’une municipalité Front National ne m’incitaient pas à avoir un poste de responsabilité à l’association, parce que je suis un opposant, je dirais « farouche », aux idées du Front National et je ne me voyais pas travailler à un poste à responsabilité étant entendu que l’AMSLF est très proche de la ville et que j’aurais forcément dû avoir des contacts quotidiens avec les élus, et ça je me l’interdisais, surtout que j’avais mes annuités. Il est évident, si j’avais été 10 ans plus jeune, j’aurais fait avec, mais je n’aurais pas occupé un poste à responsabilité, j’aurais été un simple exécutant qui remplit sa tâche pour l’intérêt des fréjusiens.

Quel regard portez-vous sur la politique sportive de la ville ?

En fait ce qui m’a frappé quand j’ai vu arrivé la nouvelle municipalité, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas un intérêt particulier pour le sport et je constate que 3 ans plus tard, je n’ai pas vu, ni du maire de Fréjus, ni de l’adjoint délégué au sport Fabrice Curti, une ligne directrice concernant une véritable politique sportive de la ville. Y a-t-il une politique de haut niveau, une vitrine pour le sport à Fréjus ? Je n’en vois pas. Y a-t-il une politique d’investissement ? Je n’en vois pas… Donc puisque je suis passer dans tous les secteurs du sport à Fréjus, je propose, au maire, ou à l’adjoint au sport, ou peut être dans le cadre de l’AMSLF du nouveau président de l’association monsieur Hervé de Serna, un débat contradictoire, et peut être que les fréjusiens sauraient où va la ville en matière sport. Moi je ne le sais pas.

Pour info, rappelez-nous, l’AMSLF représente quoi dans le paysage sportif de la ville ?

L’AMSLF représente en général, 80% du sport à Fréjus. Quand j’exerçais mes fonctions, on considérait qu’elle était la plus grosse association omnisports du département et de la région. Donc c’était une grosse machine bien organisée, avec la possibilité pour tout un chacun de faire du sport en loisir, en compétition. Une association ouverte aux jeunes, aux adultes, comme on dit de 7 à 77 ans. Et cette association permettait encore une fois de favoriser le sport de masse mais en même temps d’avoir des vitrines avec des élites, avec des sports phares, on peut citer l’athlétisme , la natation, le handball, le basketball, le tennis de table et bien sûr le volley-ball. Les résultats était de haut niveau et parallèlement il y avait une politique de formation, une politique aussi de loisir comme par exemple la musculation qui atteignait pas loin de 1000 adhérents. Donc on essayait de combiner tout ça, c’était la vocation de l’AMSLF, dans les statuts de l’association.

Les sections existent toujours à Fréjus.

L’AMSLF a la chance de compter sur des bénévoles hors pair, pétris de qualité et d’une motivation extrême. C’est ce qui permet et permettra à l’AMSLF de perdurer même si les politiques sportives des municipalités, ce qui est le cas à mon sens aujourd’hui, ne sont pas très favorables. Donc bien sûr, l’AMSLF existe toujours mais je ferais remarquer qu’il n’y a plus quasiment qu’une discipline en sport collectif qui évolue en National, c’est le volley-ball. Et je dirais, qu’à l’arrivée de la nouvelle municipalité et de la nouvelle équipe dirigeante de l’AMSLF, les grosses sections ont eu leurs budgets très amputés, ce qui a fait que ces sections-là ont baissé de niveau et à ce jour, les sections sports collectifs et la section tennis de table qui évoluaient en National n’évoluent plus maintenant qu’en Régionale.

La municipalité a parlé d’un déficit de 400,000 euros à l’AMSLF au début de leur mandat. Qu’en pensez-vous ?

C’est une fable que j’ai lu comme vous sur le site de la ville. Les responsables du déficit de l’AMSLF soyons clair, ce sont les nouveaux élus qui sont arrivés, puisque les budgets votés en mars 2014 ont amputé l’AMSLF de 340000 euros. Je m’explique, en 2013, sous la municipalité d’Elie Brun, la subvention de l’AMSLF était de 1130000 euros. Au premier budget voté par le nouveau conseil municipal, la subvention de l’AMSLF était de 785000 euros. Il y a un écart de 345000 euros. Effectivement, on peut considérer que le déficit n’aurait été que de 55000 euros, sur un budget 1900000 euros, vous admettrez que ça n’est pas grand chose. Donc la responsabilité des problèmes de l’AMSLF elle incombe au budget de la nouvelle municipalité, des 785000 euros qui étaient notoirement insuffisants pour une association aussi importante que l’AMSLF. On peut estimer que la subvention a été baissé d’un gros tiers, ce qui est colossale. L’AMSLF n’a pas été la seule touchée mais c’est celle qui a été le plus durement touché avec également les centre sociaux de la ville de Fréjus. Je sais que certains diront que mon compte n’est pas juste puisque le tennis a été sorti de l’AMSLF. Je précise simplement que lorsque le tennis est sorti, l’AMSLF avait déjà engagée des doléances pour le tennis et donc il eût été en tout cas normal dès 2014 de donner la même subvention que celle qui avait été attribuée en 2013. Voilà la vérité, et je suis prêt encore une fois à débattre de ces chiffres, parce que c’est un peu une insulte aux anciens dirigeants de l’association, il n’y avait pas que moi, il y avait toute une équipe, il y avait des fonctionnaires communaux qui travaillaient avec moi qui travaillent toujours comme de bons fonctionnaires avec la nouvelle équipe, et je pense que les chiffres sont à disposition. Il suffit objectivement de regarder les choses en face pour savoir où sont réellement les responsabilités.

Il y a eu quand même des investissements et du changement : les cours de tennis rénovés, la base nautique en construction, les citystades… La ville fait quand même des choses pour le sport.

Ce qui me frappe depuis 3 ans, c’est le manque de perspective. Je veux dire où sont réellement les investissements en matière d’installation sportive. Qu’est-ce qui a été fait en matière de maintenance des halls de sport. Quelle nouvelle salle a été créé ? Moi je ne vois rien venir. C’est vrai qu’il va y avoir dans quelques temps, et je salue l’investissement, la nouvelle base nautique et tant mieux pour les adeptes de la voile. Encore que je précise que le projet initialement prévu était d’une plus grande envergure et que là on va se limiter à 900 ou 920m² au total, ce qui a pour conséquence de faire disparaître la section club nautique, dont on dit qu’elle va être reprise par l’école municipale de voile, mais quand on connaît le fonctionnement des deux entités (l’école de voile et le club nautique, ndlr) qui ont des missions totalement différentes, on peut quand même dire que la section club nautique va purement et simplement disparaître. J’espère que l’école municipale de voile va reprendre certaines activités qui été dévolues au club nautique. Donc pour revenir aux installations, là je sors de l’AMSLF, il y a un stade de football qui avait été promis à notre équipe phare de l’étoile football club mais à ce jour il n’y a rien. Récemment, ils n’ont pas pu jouer au stade Louis Hon, ils ont dû s’expatrier au stade Gallieni pour jouer un match de Nationale 2. C’était quand même une des vitrines de la ville. Au moins si on regarde la ville voisine de Saint-Raphaël, en matière de haut niveau, on a une équipe qui est parmi les meilleures équipes française au handball, on a une équipe féminine de volley-ball qui a été championne de France. On ne sait pas où va réellement le sport à Fréjus, et quelles installations on va construire pour les futures générations. Effectivement il y a les citystades. Ils ont été déplacé pour un coup exorbitant qui représente exactement le coût d’achat de ces citystades, soit 60000 euros. Donc quand on me dit que la ville de Fréjus veut faire des économies, excusez-moi, mais je suis un peu sceptique. Alors c’est vrai qu’il y a eu une activité qui a été particulièrement aidée c’est le tennis puisqu’on vient d’inaugurer les deux derniers cours couverts pour un montant total de 2050000 euros. Là aussi je m’interroge, tant mieux pour les tennismen, mais est-ce que le tennis était défavorisé avant ? Je pense que quand on gère un budget, il y a un ordre de priorité et que le tennis n’était pas une activité défavorisée. On a quand même fait 2 millions d’euros d’investissement pour le tennis, et par la même occasion on a tapé sur la tête à des activités comme le handball, le basketball, le tennis de table, qui n’évoluent plus en National, qui ont des problèmes d’encadrement, il y a des contrats d’éducateurs qui n’ont pas été renouvelé parce que la ville veut faire des économies… Je ne veux pas tout mélanger parce qu’on va me dire « oui il y a des lignes budgétaires… » mais il faut voir dans l’ensemble ce qui se passe et moi je prétends que la ville n’a pas fait réellement d’économie, les choses ont été mal gérées puisqu’on a sabré une partie de l’activité sans faire d’économie et qu’il n’y a pas de ligne directrice. Quand on regarde la subvention qui a été accordée au tennis et qu’on l’additionne à celle de l’AMSLF on voit bien qu’il n’y a pas eu d’économie.

A la rédaction, ce qu’on a remarqué c’est qu’il n’y a plus d’arbre de Noël… L’AMSLF avait pour but d’apporter le sport dans les quartiers et d’organiser aussi des événements dans la ville. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Là aussi, l’arbre de Noël, qui était la plus grande manifestation qui concernait les petits de 3 à 12 ans, qui a été organisé sans interruption quasiment depuis la création de l’AMSLF soit 40 ans, a été supprimé à l’arrivée de la nouvelle municipalité pour des raisons économiques. L’arbre de Noël coûtait à l’AMSLF et à la ville qui apportait son concours, entre 2000 et 3000 euros. Pour quoi faire à la place ? On avait des petits qui étaient ravis de venir voir un spectacle de clowns, de jongleurs, un spectacle monté par les bénévoles des sections. C’était un moment fort de l’activité associative. À quoi sert l’AMSLF si on est pas capable d’organiser un après midi récréatif comme celui-là.

Et dans les quartiers ?

L’AMSLF avait pour vocation également d’amener les activités sportives dans les quartiers difficiles. Là aussi, depuis 2014, les animations de quartier n’existent. C’était un moment très fort parce qu’il y avait une collaboration entre l’AMSLF, la direction des sports et les responsables des centre sociaux pour que l’AMSLF se déplace avec ses propres éducateurs pour faire découvrir à des enfants des activités comme le tennis, le judo, l’escrime, des sports qu’ils n’avaient pas l’habitude de faire. On faisait 3 ou 4 manifestations dans l’année, ce n’était pas très lourd mais ça avait le mérite d’exister. Les jeunes qui découvraient ses activités pouvaient par la suite s’inscrire à l’AMSLF, et tout ça a disparu. Pourquoi ?

Vous vous êtes penché aussi sur le nombre d’adhérent ?

Oui. Même en matière d’adhérent il y a aussi des problèmes. Quand j’ai quitté mes fonctions, j’ai les chiffres, à la fin de l’exercice 2012-2013 il y avait exactement 4940 adhérents. On annonce en mai 2017, 4160 adhérents. Alors là aussi vous allez me dire qu’il n’y a plus le tennis. Mais le tennis, disons qu’il y a toujours 550 adhérents, il manque quand même au bas mots 300 adhérents et c’est important. Et quand on sait que depuis mon départ, il y a deux autres sections qui ont été créées, le rugby féminin et le handisports, et qui ont apporté leurs adhérents, je me dis que la chute en nombre d’adhérent est sévère.

Vous avez parlé à plusieurs reprises de sections qui ont été reléguées sans trop en dire. Pouvez-vous nous l’expliquer plus en détail ?

Ce qu’il faut savoir c’est que les déplacements en National et tout ce qui va avec une équipe de bon niveaux comme le handball en Nationale 1, le basket en Nationale 3 ou le tennis de table en Nationale 1, coûtent forcément cher. Dépenses qui ne sont pas plus élevées dans les autres clubs qui évoluent au même niveau, car Fréjus, même de notre temps, avait un des budgets les plus faibles en Nationale 1 de handball. Ceux-là ont été durement touchés. Avec une coupe aussi importante, ça n’a pas traîné, elles sont descendues de 2 niveaux, en Régionale. On peut pas jouer en Nationale, si on n’a pas une subvention qui correspond au niveau. Il y a un cahier des charges de la Fédération. Le volley-ball qui avait réussi à finir premier du classement sur le terrain et donc monter en pro B, avait à remplir un cahier des charges qui obligeait à revoir le budget du volley à la hausse, on peut estimer qu’il fallait autour de 200000 euros de plus, et donc on a dit au volley-ball qu’on ne les suivrait pas donc ils ont été obligés de renoncer à cette montée. Pour des sportifs qui ont sué sang et eau sur les terrains, c’est quand même incroyable de refuser une montée. Il y a une autre conséquence, quand il n’y a a pas de locomotive, il est évident que les adhérents ont moins envie de venir pratiquer la discipline. Ces équipes là, avec des éducateurs professionnels de grands talents , elles ne méritent pas un tel désenchantement. Ces joueurs, ces éducateurs, défendaient l’honneur de la ville de Fréjus. Maintenant, à part un peu le volley-ball et le tournoi international de pétanque, si on veut passer une excellente soirée pour voir un peu de haut niveau, on est obligé de passer le Pédégal et d’aller au Palais des Sports de Saint-Raphaël. C’est quand même triste pour une ville qui du temps de François Léotard ou d’Elie Brun envisageait de présenter sa candidature pour la ville la plus sportive de France.

Là, pour vous on y est plus alors ?

Je pense qu’on en est très très loin, mais je veux être optimiste et j’espère que la municipalité reverra sa copie, et qu’elle fera un peu plus attention au sport. Sur 53,000 habitants il y a bien 15,000 personnes qui pratiquent du sport à Fréjus soit en loisir soit en compétition, et qui ont à un moment donné une carte d’adhérent dans la ville de Fréjus. Fréjus qui a toujours été particulièrement efficace dans le monde associatif mais je pense que là on a pris un sacré coup.

Pour finir, selon vous, quelles améliorations la municipalité pourrait-elle apportée ?

Moi je demande qu’à voir parce que je suis quelqu’un d’honnête intellectuellement parlant, mais je suis extrêmement pessimiste. Je pense qu’il y a une explication à donner aux fréjusiens sur une véritable politique sportive pour savoir simplement où on va. Parce qu’encore une fois, ceux qui en subissent les conséquences ce sont les fréjusiens. Je pense que les cotisations dans les associations n’ont pas encore augmenté tant mieux, mais je pense qu’on ne peut pas maintenir des sportifs qui font de la compétition éternellement sans objectif, donc il faudrait savoir où on va. Que va faire le maire avec le football ? Où en est-on avec le volley, le handball, le tennis de table, on va leur interdire de monter ? Est-ce qu’on va leur donner les moyens. En fait, je me pose des questions. En tout cas, je réitère ma demande de débat qui pourrait éclairer les fréjusiens. J’espère au moins que les dirigeants de l’AMSLF, qui ne sont pas des politiques et qui défendent essentiellement l’association, pourront m’éclairer et feront les comparaisons justes avec le passé, et qui soient aussi honnête intellectuellement que moi pour savoir où ils veulent mener l’AMSLF. Ce qui est important c’est les fréjusiens, c’est de favoriser la pratique sportive pour tout le monde à n’importe quel niveau. C’est ça qui faisait la beauté de l’AMSLF et qui faisait que la ville de Fréjus était considéré comme une ville sportive.

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