Si l’on tient le Festival de Cannes, et plus spécifiquement son palmarès pour le baromètre fiable de la santé d’une cinématographie nationale – il est d’autres critères, notamment économiques -, force est de constater que la France du celluloïd se porte bien : sur la dernière décennie, trois Palmes d’Or – Cantet, Kechiche, Audiard – côtoient dorénavant trois Grands Prix du Jury – Audiard encore, Beauvois, et à présent Campillo GP 2017, pour « 120 battements par minute ». Pour mémoire, dans les deux décennies précédentes : trois Grands Prix made in France (dont deux pour le seul Dumont), et bien sûr, chacun sen soient, pas la moindre Palme. Bref, une indéniable (re)montée en gamme, après le creux de la (nouvelle) Vague.

Je rappelle en effet les règles du jeu : chaque année, bon an mal an, qu’il vente ou qu’il pleuve, quatre films français sont alignés en compétition, sur une vingtaine en tout, tandis que le jury est éminemment mondialisé, ce qui explique, au reste, peut-être pour partie la petite déception de « 120 bpm », auquel beaucoup promettaient la Palme, mais sans doute jugé trop hexagonal par certains. Les jurés, régulièrement, visent en effet à l’universalité, et « The square », de Ruben Ostlund, a été jugé, à tort ou à raison comme plus emblématique de cette manière de voir.

Ceci dit – qui devait l’être -, qu’en est-il en définitive du film de Campillo ? Film clairement trop long (140 minutes), facilement d’une demi-heure, sinon plus ; film coup de poing, sur les années sida et le militantisme, radical, agressif et – parfois – inventif d’Act-Up ; film à sujet, donc, sinon à thèse, avec les forces et les faiblesses de ce type de cinéma. De belles scènes, notamment lorsque la focale se resserre – un peu tard – sur les deux personnages principaux, après une exposition interminable et un portrait de groupe mal calibré. Plus de fond que de forme, de souffle – indéniable – que de technique – montage mal ficelé, d’où la demi-heure surnuméraire, ce qui est toujours le risque du film à message. Comme disait l’autre : « Sans maîtrise, la puissance n’est rien ». Sauf que la puissance, ici incontestable, aura produit le film emblématique sur les années sida, à défaut d’un authentique chef-d’œuvre du celluloïd ; c’est déjà pas mal.

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