Il partage avec l’agent secret le plus célèbre – notez l’oxymoron au passage – de cet hémisphère les mêmes initiales : J.B., rien que cela indique qu’il y a quelque chose qui cloche : se mesurer à James Bond, le mythe ultime selon le cerveau reptilien, c’est dérisoire, et dans un certain sens blasphématoire. Car la killing machine en smoking a achevé quelque chose comme la quadrature du cercle sur celluloïd : les acteurs passent, la saga perdure. Un rêve de producteur, en somme : si la star iconique fait (trop) monter les enchères, aussi sec s’achève son CDD. C’est la cash machine, mais dans un seul sens : le personnage est indispensable et structurant, l’individu qui occupe le rôle remplaçable et temporaire. James Bond a inventé la flexibilité façon Hollywood.

Jason Bourne, ce serait donc un James Bond sobre, chaste, clandestin, certes bagarreur et physique mais empêtré de scrupules moraux qui n’ont jamais empêché James « shaken, not stirred », de faire son job. Mais c’est une bien piètre lecture de la psyché masculine que cette réécriture au fusain du mythe absolu : si Bond cesse de boire comme un trou, de se vautrer dans le luxe et de coucher avec les plus belles filles de la terre, ma foi, qui l’envierait encore ? Ca s’appelle les inconvénients sans les avantages. Ou alors c’est juste moi ?

Est-ce la raison pour laquelle, à l’évidence, la série patine ? Cinquième épisode, dont un spin-off, de la saga, Jason Bourne  est identifié à Matt Damon. Le spin-off, avec Jeremy Renner dans le rôle d’Aaron Cross, sorte de Bourne collatéral, était un trop mauvais signal. On sait tous comment ces choses se passent : Matt a demandé un trop gros cachet, les producteurs ont décidé de se passer purement et simplement du poste budgétaire le plus important.

Autant dire que s’il est revenu cet été, ce n’est pas pour l’audace artistique du projet, a fortiori avec ce lourdaud de Paul Greengrass derrière la caméra. En définitive, cette saga a vite tourné en eau de boudin : l’épisode 1, en 2002, réalisé par Doug Liman, sur un scénario de Tony Gilroy, était vif, original, bref réussi. Mais dès le deuxième (2007) réalisé déjà par Greengrass, la grâce – un bien grand mot – s’était enfuie, et tout ça se sera traîné poussivement jusqu’aux rives du bel aujourd’hui. Faut jamais dire fontaine, surtout à Hollywood, m’enfin m’étonnerait pas si ça s’arrêtait là.

Le divertissant dans l’affaire, c’est que tout le monde y aura misé sur la modernité, et précisément contre la mythologie : James serait à la fois poussiéreux, et pas réaliste. Faut-il être con. C’est justement ça qu’on adore : le mythe à l’état pur, intouché par l’esprit du temps. Bond est inoxydable, et ce pauvre Bourne qui est son cadet de quatre décennies, est déjà tout rouillé et empâté.

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