Si la Roumanie est essentiellement connue pour être la terre d’origine de Gheorghe Hagi et du comte Dracula – l’épouvantail des défenseurs, et l’épouvantail tout court -, il s’agit aussi, cinématographiquement parlant, d’un pays en plein essor. Bon, réflexion faite, Dracula était peut-être hongrois ; mais Hagi était bel et bien roumain, là est l’essentiel, n’en doutez point.

Toujours est-il que pour ce qui est du celluloïd, un seul fait suffira à souligner le dynamisme du pays des Ceaucescu (autres sortes d’épouvantails) : il présentait, cette année, deux films en compétition officielle au festival de Cannes. A savoir, plus que l’Italie et le Japon, terres traditionnellement hospitalières au septième art, et cinéastes régulièrement bienvenus au Majestic.

Si l’on ajoute à « Sieranevada », de Christian Puiu, et à « Baccalauréat » de Christian Mungiu, « Dogs », premier long métrage de Bogdan Mirica qui fut l’une des sensations des compétitions parallèles, voici donc une cinématographie subalterne et périphérique d’évidence surreprésentée.  

« Sieranevada », sorti sur les écrans en août, aura été une semi-déception. Il s’agit de l’archétype du « film de festival », dans la pire acception du terme : ce huis clos certes virtuose – cela est superbement scénarisé – est aussi, hélas, étouffant, hystérique, et – surtout – interminable. Trois heures d’engueulades familiales entrecroisées entre le salon, la cuisine et la salle à manger, c’est trop long. De trois heures ? Oh ben vous alors.

« Baccalauréat », s’il est plus court, ce qui n’est pas un argument dirimant, est aussi, et sensiblement, plus accompli et plus maîtrisé. Puisque ce vocable, d’origine française mais largement exporté (la Roumanie est au reste le pays le plus francophile des Balkans), invite à l’évaluation, accordons derechef à Mungiu un large quinze sur vingt.

Il s’agit, il est vrai, du réalisateur de la seule Palme d’Or roumaine à ce jour (c’est moins que l’Italie ou le Japon, ce point ne m’avait pas échappé)). C’était en 2007, et avec « 4 mois, 3 semaines et deux jours », Mungiu avait atteint des abîmes de sinistrose, à faire passer les frères Dardenne pour Larry Charles et Sacha Baron Coen. C’était en effet l’histoire d’un avortement, et qu’y obtenait donc l’avorteur en échange de ses « services » ? Il extorquait un double viol. Charmant.

« Baccalauréat », s’il est moins lugubre, reste de tonalité sombre. Une jeune fille, issue d’un milieu aisé, doit décrocher une mention au bac afin d’aller étudier à l’Université en Angleterre. Cela ne devrait pas poser de problème : il s’agit d’une excellente élève. Seulement voilà : elle se fait agresser à quelques semaines de l’examen. Cet épisode va lézarder la famille nucléaire, qui semblait unie, et ne l’était pas tant que ça. Un film réussi, d’une grande finesse psychologique, joliment scénarisé, et dur sans être atroce : s’il est vrai que la cinématographie d’un pays est son visage (ça se discute), celui-ci semble plus avenant qu’il n’eût été attendu.

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