J’ai lu un jour dans les pages cinéma d’un périodique, « Les Cahiers du Cinéma » ou « So Film », à moins que ce ne soit « Femme Actuelle », en tout cas un journal de référence de la cinéphilie, un papier intéressant et contestable : c’est ce que l’on appelle l’écriture hypothétique – l’hypothèse avancée est stimulante, mais est-elle pour autant exacte ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il qu’il y était écrit que les plus grands films sont aussi, et peut-être d’abord, des documentaires latéraux, obliques et cryptés sur leurs acteurs principaux. Sans doute l’auteur du texte songeait-il à « La dolce vita », qui dans une certaine mesure décrit – aussi – ce que Mastroianni aurait pu être. Mais, mauvais esprit quand tu nous tiens, ce qui m’a fait rire, c’est que cela ne s’était jamais si bien ni si profondément appliqué qu’à un film qui eût révulsé le rédacteur de l’article, plus snob qu’une théière en porcelaine (ah, mais alors ce n’était pas « Femme Actuelle »), à savoir « School of rock » (2003) de Richard Linklater.

Linklater est un cas à part dans le ciné US : c’est un enfant de la pop culture, et il peut gérer aussi bien des comédies romantiques inspirées (la trilogie des « Before – sunrise (1995), sunset (2004), midnight (2013)») que des projets expérimentaux et audacieux, tels que « Boyhood » (2014). Cependant, même s’il était le réalisateur approprié à la dinguerie under control du film, « School of rock » est un projet très différent, écrit de A à Z par un scénariste de talent, Mike White, qui est par ailleurs un ami proche de Jack Black. Black and White, on dirait une blague, et c’en est peut-être une en effet. Et c’est là où je voulais en venir depuis le début : ce film est une sorte de documentaire destroy sur Jack Black, acteur comique reconnu, en légère surcharge pondérale (je me suis pas regardé), qui semble boycotter Elit Fitness à cause de cette pub ad hominem, avec l’éléphant, là. Chuis solidaire, Jack.

En effet, avant que d’être cet acteur à succès, Jack Black était un enfant du rock – oui, mais un enfant martyr. Pour celles et ceux qui se souviendraient de mon papier d’il y huit semaines sur U2 (je sais c’est beaucoup demander, mais si vous n’étiez pas une élite dans l’élite, ne liriez-vous pas « L’Express » plutôt que « Bah alors ? ». Poser la question, c’est y répondre), JB est une sorte de Neil Mac Cormick, c’est-à-dire qu’avant de bifurquer à Hollywood, il avait la psyché d’une rock-star, avec le talent de Joyce Jonathan et le succès de Thierry Saunier (alors que l’inverse, mazette !) C’est cool, sinon, d’avoir des running-gags et des souffre-douleur. Pas besoin de se creuser la tête, c’est toujours la même qui prend les baffes, comme dans le cinéma muet.

Mais la différence entre Neil Mac Cormick et Jack Black, c’est que le second peut exorciser cette vocation contrariée en incarnant sur grand écran un loser pathétique et quasi-clochardisé, qui ne s’est jamais remis de l’onde sismique ayant nom rock’n’roll. One sympathizes, comme dirait James Bond. Dewey Finn, c’est son nom dans le film, est une sorte de chômeur en fin de droits, qui, sur un malentendu, se fait embaucher dans une école privée et huppée, style Stanislas. Bref, Jack Black, mais dans son propre rôle.

Le rédac‘-chef lève les yeux au ciel en lisant cette avant-dernière subordonnée pas vraiment indispensable (et même pas drôle) qui va lui valoir de pulvériser le record de lettres de lecteurs. Soupir, soupir, énorme soupir. Rédac’ chef de Saunier, pas sinécure – j’ai dit. Pas glop, comme dirait Pifou.

 

Se retrouvant devant des mômes en uniforme – soupir -, plus sages qu’un carré de VIP à la Scala de Milan – soupir, soupir, soupir -, qu’est-ce que ce tocard ultime de Dewey Finn peut enseigner à cette ribambelle de surdoués friqués, et un brin puants ? (SOUPIR) Ben, la seule chose au monde qu’il connaît ; le rock‘n’roll. A partir de là, je ne peux même plus vous raconter la suite du film, tant à chaque vision je me roule par terre de rire devant la créativité monomaniaque de ce cinglé interstellaire de Jack-Dewey Finn-Black. Dire que sans « Bah Alors ? », je serais peut-être en train d’enseigner – quoi ? ben, la même chose que lui, pardi – aux chères têtes blondes de Stan’. A Ibrahim Berbar et Nicolas Muller, les parents d’élèves ; avec notre reconnaissance éternelle.  

Richard LINKLATER, School of rock.

Richard LINKLATER, Everybody wants some

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