Thierry FREMAUX le livre

S’il est président de l’Institut Lumière, Thierry Frémaux est aussi – et peut-être surtout – délégué général du Festival de Cannes, ce qui fait de lui une sorte de grand vizir de la première manifestation de la cinématographie mondiale. Cet homme de pouvoir surbooké, qui est aussi un cinéphile de très haut vol, a publié en janvier « Sélection officielle », un journal de 600 pages, qui va de Cannes 2015 à Cannes 2016. Coup de bol, les deux fois j’y étais : festivalier néophyte, quoique cinéphile et cinéphage recru d’ans et d’épreuves.

Quiconque s’est dans sa vie occupé, si peu que ce soit d’animation(s), et sait donc quelle galère c’est d’agencer et de coordonner lieux, budgets, intervenants, publics, etc. ne peut qu’être stupéfait par la maestria avec laquelle Frémaux dirige ce mastodonte, et le doigté avec lequel il gouverne cette machinerie prodigieuse (ou l’inverse).

Dans mon téléphone portable sont répertoriés des acteurs de la vie culturelle locale, qui sont aussi des amis ; gens de talent, et de qualité ; Nico, Ibra, par exemple. Mais ce n’est nullement leur faire offense que de noter que leur renommée, non plus que la mienne propre d’ailleurs, n’a pas (encore ?) franchi les frontières. Quand Frémaux décroche les appels de Martin, d’Isabelle, de Robert ou d’Emir, ce sont Scorsese, Huppert, De Niro ou Kusturica qui essaient de le joindre. Son carnet d’adresses est sans doute le plus incomparable de toute la planète celluloïd. (Et pour cause : ils veulent tous un truc que lui a).

Ceci dit – qui devait l’être -, au-delà de cet aspect name-dropping six étoiles, qui peut, selon l’humeur, époustoufler, mais aussi agacer, c’est l’organisation, logistique et artistique, du Festival de Cannes, ici dévoilée – en partie seulement, bien entendu – qui est le cœur nucléaire de l’ouvrage et fait son intérêt.

En particulier, la manière dont se construit la Compétition Officielle, qui est le saint de saints de la ruche –et parfois termitière – cannoise, vaut le détour ; compromis et coups de cœur y alternent et s’affrontent, pour une fois dans l’année et dans le monde la cinéphilie y est élevée au rang des beaux-arts, mêlant géopolitique, haute diplomatie et éclectisme. Ayant lu votre livre, cher Thierry, je jure d’être dorénavant le plus docile et le plus reconnaissant des festivaliers du millésime 2017. La mission, direz-vous peut-être, ne semble pas surhumaine.

Thierry Frémaux, « Sélection officielle », Grasset.

Thierry FREMAUX le film

S’il est délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux est aussi – et peut-être surtout – président de l’Institut Lumière à Lyon – la ville, comme on se retrouve, dont est originaire Marc Lambron. Sans doute émoustillé à l’idée de paraître dans la rubrique « L’instant monomaniaque » – que la presse du monde entier envie à « Bah alors ?»-, il fait paraître, en ces premières semaines de 2017, à la fois un livre « Sélection officielle » – voir ci-contre – et un film « Lumière ! ». C’est bon pour la rubrique, cher ami : entre Thierry(s), il faut se serrer les coudes.

Si « Sélection officielle », est, ainsi que l’indique son titre, majoritairement consacré à Cannes, à ses pompes et à ses œuvres, « Lumière ! » est entièrement tributaire du versant lyonnais de la double vie de Frémaux. Il s’agit d’un travail de montage et de commentaire, à partir de plus de 1400 (très) courts métrages réalisés sous l’égide et la supervision des frères Lumière, entre 1895 et 1905 : à l’époque, le cinématographe, puisque c’est ainsi que l’on le désignait, ne permettait de filmer que de brèves séquences de cinquante secondes – la durée d’une seule bobine.

Ce long métrage exhume plus de cent courts épisodes, datés, situés, agencés et dépliés par la voix off de Frémaux. Le résultat est tout simplement époustouflant, pour quiconque aime le cinéma, dont ce film montre, en quelque sorte, la préhistoire. C’est magnifiquement construit, érudit sans pédantisme, précis et pédagogique, et pour finir – ou pour commencer ? – extrêmement drôle.

Ce roman des origines démontre, preuves à l’appui, que tout le cinéma – les travellings, les plans-séquences, les gags, les films à thèse, les drames, les suspenses, et tout le reste – était déjà en gésine dans les premiers pas du septième art. Pour parachever ce documentaire qui est aussi un chef-d’œuvre, ce qui est rarissime, la dernière image est celle d’un célèbre cinéaste américain qui a tourné, rue du Premier-Film, à Lyon, un remake du dit premier film, « La sortie des usines Lumière ».

Il s’agit de Martin Scorsese : je jure que c’est vrai, sur la tête d’Emmanuel Macron s’il le faut. Alors les gars, c’est qui le monomaniaque ?

Thierry Frémaux, « Lumière ! », en salles au cinéma le Vox.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire