Il y a peu de temps, dans des circonstances sur lesquelles il n’est pas indispensable de s’appesantir ici, j’ai rencontré deux (très) jeunes filles, par ailleurs (?) absolument charmantes – mais en tout bien tout honneur. Encore heureux, d’ailleurs : j’aurais pu être leur père, et c’est d’ailleurs tout le sens de cet article. Non, non et non, il est absolument hors de question que j’écrive dans ce paragraphe le syntagme « Dorcel Mag », non mais vous êtes gonflés, vous alors. Ce pari stupide est au fil des semaines en train de virer, de défi rigolo au départ, à corvée abominable : story of my life, dans un certain sens. Enfin, bref : comme vous l’aviez sans doute deviné avant de laisser libre cours à votre esprit légendairement libidineux, il était, avec elles, essentiellement question de musique.

Et chacune d’entre elles (elles ne se connaissaient pas) aura prononcé ces mots, qui m’ont frappé : « Muse, c’est tout simplement le groupe qui m’aura donné envie de faire de la musique. » Outre la maîtrise du futur antérieur (ce sont deux têtes bien pleines, deux admirables contre-exemples au discours rance des vieillards au pouvoir : « les jeunes ceci, les jeunes cela »), une telle convergence dans la détermination comme dans l’influence ne pouvait guère que faire vaciller mon indifférence à l’égard du groupe de Matthew Bellamy. Car, si une discothèque perso demeure le plus fiable des carbones 14, je suis, hélas, trop vieux, pour avoir été, comme elles, bercé par et avec Muse.

L’album sélectionné – car je demeure un dinosaure inadapté, et probablement inapte, aux playlists corrélées à tous les appendices malfaisants des nouvelles technologies – s’est trouvé être « Black holes and revelations », de 2006. Le hasard a bien fait les choses, peut-être ; ce ne fut pas un trou noir, mais bel et bien une révélation. Il s’agit d’un album superbe, équilibré et énergique, ample et maîtrisé.

Bellamy est un magnifique songwriter, et l’écriture rock, à la fois alternée et entraînante, n’a pas de secrets pour lui. La plage numéro 2 – quel lexique antédiluvien, mon pauvre Saunier -, « Starlight », qui est à mon sens le meilleur morceau de l’album, tout en étant à celui de tous et de chacun le plus connu, en est un exemple inspiré. C’est d’ailleurs, il n’y a pas de hasard en ces matières, au coeur de ce texte somptueux que l’on retrouve le « black holes and revelations » qui donne son titre à l’album.

« This ship has taken me far away, far away from the memories, of the people who care if I live or die » : ce bateau m’a emmené au loin, loin des mémoires des gens qui se soucient que je sois vivant ou mort. Ce leadsinger est un poète ; non, il n’est pas rompu le long fil qui depuis les origines relie le rock d’Albion – le vrai, me souffle-t-on au passage ; celui d’Outre-Atlantique ne serait qu’une pâle imitation, toujours hésitant à se frayer un chemin entre Gun’s’roses et Whitney Houston (Bingo ! JM, tu payes ta tournée !) – à la langue souple, généreuse et puissante de Shakespeare. « I don’t know if it’s worth it anymore » : je ne sais pas si cela en vaut toujours la peine ; mais si, Matthew, mais si, cela en vaut la peine ; la preuve. Tu es dans « Bah alors ? » ; tu ne t’en rends pas encore compte, mais il s’agit d’une sorte de consécration.

MUSE, Black holes and revelations, 2006.

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2 Réponses

  1. Benjamin

    Mon album préféré du groupe que je préfère le plus depuis une quinzaine d’années : un chef d’oeuvre démarrant par le surprenant « Take a bow » et ses arpèges démentiels, le magnifique « Starlight », le mix parfait de rock et RnB incarné par « Supermassive black hole », ou encore le morceau qui, à mes yeux, est le meilleur que le groupe n’ait jamais composé : Knights of Cydonia.

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    • Ibrahim Berbar

      Petite préférence pour Showbiz, parce que c’est le premier. Mais celui-ci est vraiment exceptionnel!

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