François HOLLANDE le livre

Il s’appelle François, est socialiste, a pris ses quartiers d’hiver – bientôt l’été, Monsieur, faut pas rester là – à l’Elysée, et aura été l’objet (à ses dépens) de l’un des grands succès de librairie de l’année 2016. Il est rare que la publication d’un livre tienne lieu de véritable événement politique ; il en est pourtant allé ainsi de « Un président ne devrait pas dire ça », de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, déflagration éditoriale mettant le dernier clou sur le cercueil du quinquennat de François Hollande – puisque c’est de lui dont il s’agit, mais déjà vous l’aviez deviné.

Il paraît en édition de poche ces jours-ci : c’est l’occasion de juger sur pièces (éthique minimale qui n’a plus cours, tant en politique qu’en littérature). Si tous les gens qui ont donné leur avis sur ce livre l’avaient lu – ou même feuilleté -, Davet et Lhomme seraient à cette heure plus riches que Bill Gates. Heureusement que « Bah alors ? » est là.  

Quel objet baroque. Rarement aurai-je lu texte si peu conforme – et même si contraire – à ce qui s’en dit. Hollande est supposé s’y déboutonner ? C’est le contraire, il y est cuirassé de toutes parts. Il est réputé s’y livrer à l’autocritique ? N’importe quoi, c’est plutôt un magnifique (?!) exemple du motto ultime de la sphère politique : « J’ai raison d’avoir tort ». Il suffit de lire son plaidoyer autour de l’affaire Cahuzac : il a été trahi par un sale type, end of the story. Un peu court tout de même pour quelqu’un dont la première mission – et le plus grand pouvoir – est de choisir et de nommer, si possible avec discernement. Ici, l’ingénuité confine à l’aveuglement – volontaire ? -, et l’absence totale d’autocritique souligne et accuse l’incompétence.

A l’autre bout du quinquennat et du spectre politique, sa naïveté à l’égard de l’émancipation programmée d’Emmanuel Macron ne plaide pas non plus en faveur de sa lucidité. S’il n’a pas vu que Cahuzac était un délinquant en col blanc de la pire espèce, et que Macron est un arriviste souriant et carnassier, la question se pose : mais qu’aura-t-il vu exactement, durant ces cinq ans ?

Cependant, la conclusion, logique et même inéluctable, de cet ouvrage ne réside pas dans le constat, sans appel, des insuffisances multiples de l’actuel locataire du Château – « bon clinicien, et chirurgien lamentable », relèvent à plusieurs reprises les auteurs -, et pour cause : pour s’en apercevoir, nul besoin de le lire. Non, s’il y a, clairement, un problème Hollande, il y a, à l’évidence, un autre problème, infiniment plus préoccupant, nommé Elysée. L’on y requiert des qualités multiples, presque infinies, et proprement contradictoires les unes avec les autres. Hollande ne coche pas toutes les cases, tant s’en faut – mais quel surhomme le ferait ?

En un mot comme en cent : on n’est pas sortis de l’auberge.

Gérard Davet, Fabrice Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça  », Points-Seuil.

François MITTERRAND le livre

Il s’appelait François, était socialiste (ou du moins appartenait au parti portant ce nom), aura occupé l’Elysée deux septennats durant, et été l’auteur, à titre posthume, de l’un des plus grands succès de librairie de l’année 2016. François Mitterrand, puisque c’est de lui dont il s’agit, a été, seuls les habitants des îles Galapagos peuvent encore l’ignorer, le mari de Danielle – et l’amant d’Anne Pingeot, la mère de Mazarine. Heureux homme, à l’époque il n’y avait ni réseaux sociaux ni magazine people, et il ne s’est pas fait pincer sur un peu présidentiel scooter, comme l’autre clochard de la page d’â côté.

Qu’est-ce qui a fait le succès de ce livre ? Un libraire complice m’a ainsi peint le socio profil des acheteurs de l’ouvrage – qui se trouv(ai)ent être des acheteuses : « Des dames, âgées, souvent seules, peut-être veuves, et penchant nettement à droite ». Soit. Cela dessine, sous bénéfice d’inventaire, une sorte de double postulation simultanée : un œil vers les « Mémoires d’outre-tombe », car l’ouvrage fait quand même plus de 1000 pages, un autre vers la page de couverture de « Closer », car l’on y entrebaille tout de même la porte de la chambre à coucher. Après tout, les histoires de cul, n’est-ce pas la manière dont, tous autant que nous sommes, nous désignons, dédaigneusement, les histoires d’amour d’autrui ?

De loin en loin, il est bon que quelqu’un se dévoue pour dire que le roi est nu. Autant lire ce qui va suivre avec attention, car vraiment vous ne le lirez nulle part ailleurs, la palme de la cucuterie complaisante revenant, qui s’en étonnera ? ex aequo au « Monde des livres » et à « L’Obs » ; littérairement, tout ça ne vaut pas un clou. C’est suranné, contourné, orné, à la fois creux et boursouflé, et pour le dire brutalement mais lucidement, con comme un verre à dents.

Il est navrant, et en même temps tristement significatif, que ce roucouleur épistolaire très content de lui, puisse passer pour littéraire, sans parler même des adjectifs démentiels qui lui ont été décernés- comme s’il était encore en mesure de distribuer des prébendes. Hélas, trois fois hélas, ce François-là fai(sai)t de l’encore plus mauvaise littérature que son successeur (et admirateur) ne fait de la mauvaise politique.  

Et la différence, c’est que la première est (quand elle est bonne) quelque chose comme le cœur nucléaire de ma vie, tandis que la seconde ne m’importe en rien. Comme le disait Péguy : « Le journal d’hier (avec Macron à toutes les pages) est déjà défraichi, tandis qu’Homère est de ce matin. » 

François Mitterrand, « Lettres à Anne », Gallimard.

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