Faire une interview de Jean-Paul Ollivier sans parler de conseil municipal ou de politique c’est possible. Parce qu’il est né et a grandi dans cette commune, que son père a été maire, que lui-même est maire maintenant, parce qu’il a écrit des ouvrages sur sa ville, parce qu’il est aujourd’hui, depuis 30 ans, au service de ses habitants. Faire une interview de Jean-Paul Ollivier sans parler de Roquebrune, ça, c’est parfaitement impossible. Alors au lieu de parler de « bilan des un an », ou de politique générale, on a préféré le rencontrer pour discuter d’un sujet qu’il maîtrise plutôt bien et qui ravit tout le monde : la Culture. Et avec Joëlle Neveux, adjointe déléguée aux manifestations et festivités entre autres.

 

Monsieur le maire, votre municipalité a plusieurs projets concernant la culture et le patrimoine. Le plus grand chantier concerne la demande d’entrée à l’UNESCO du Rocher de Roquebrune. En quoi consiste cette demande?

Le Rocher de Roquebrune est un symbole fort pour nous, un site naturel remarquable ; c’est aussi un lieu de spiritualité et de mystère, surmonté d’ailleurs des « Trois croix » de Bernard Venet, qui est aujourd’hui un des plus grands artistes contemporains. Et il accueille depuis de très nombreuses années un ermite qui est également médiatique et qui contribue aussi à la spécificité du rocher. C’est une demande qui nous intéresse et sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir, car peu de sites français (une quarantaine) sont classés au « patrimoine mondial de l’Humanité » de l’UNESCO et nous pouvons légitimement prétendre à ce que le Rocher de Roquebrune en fasse partie. En toute modestie, nous n’y avions pas pensé : l’idée a surgi lors d’une rencontre avec Philippe Vitel. Il nous a suggéré de proposer le Rocher de Roquebrune à l’UNESCO et on le remercie. De là, l’idée a fait son chemin et nous avons commencé à nous documenter et à créer une cellule de travail.

Quel est l’intérêt pour la ville de faire rentrer le rocher au patrimoine de l’UNESCO ? Y a-t-il des retombées économiques ou écologiques ?

L’intérêt est évident. Toutes les villes, les régions, les pays qui ont un site classé à l’UNESCO ont forcément des retombées énormes en termes d’image, d’économie, de tourisme ou de retentissement médiatique, de mise en valeur du patrimoine architectural ou naturel…

Pourquoi aucune des précédentes municipalités n’a monté ce projet ?

Simplement parce que personne ne leur a soufflé l’idée jusque là !

Dans le numéro précédent, nous avons pu discuter en off avec Joëlle Neveux, de la place importante qu’occupera l’Espace Robert Manuel dans le programme culturel. Pouvez-vous nous en dire plus ?

L’espace Robert Manuel est une salle de spectacle à laquelle nous tenons beaucoup tout d’abord parce que c’est une salle qui a été bien aménagée, bien conçue, bien pensée notamment pour le spectacle puisqu’il y a des loges qui sont dignes des grands théâtres nationaux. Sa fréquentation et sa programmation nous semblaient insuffisantes, d’autant qu’elle est un peu excentrée. Il s’y produit néanmoins un certain nombre de spectacles tout au long de l’année et les associations l’occupent beaucoup. Depuis la saison dernière, nous avons établi un partenariat avec la compagnie « Les Estérelles », qui a bien démarré, à tel point que la compagnie est partie prenante de la programmation et elle va également co-organiser le Festival de Jazz cette année au parc Cazelles.

Joëlle Neveux : Nous avons aussi proposé de mettre en place des résidences d’artiste dans cet espace. Nous en avons déjà accueilli quelques-unes. Dernièrement, Ulster Page était en plein enregistrement de leur nouvel album et en préparation de leur future tournée ; ils sont venus à notre rencontre pour avoir la possibilité de venir en résidence et en contrepartie, il nous offre une soirée. Pour ce faire on apprécie les besoins en termes de journées de travail et on vérifie les disponibilités de l’Espace. Metiss’art l’a fait à Puget et souhaiterait réitérer l’expérience chez nous. Enfin nous avons envisagé un partenariat avec le Forum, intercommunal, pour mettre à disposition notre salle pour accueillir des spectacles. À noter aussi qu’aux Issambres, « Les Estérelles » nous ont proposé deux pièces de théâtre en extérieur l’été dernier au parc Thérèse Cazelles qui ont bien marché : cela sera renouvelé en 2018. Si cela fonctionne encore, on pourra encore étendre notre offre d’événement culturel sur ce parc en y ajoutant des concerts de groupes locaux.

Justement, la compagnie « Les Estérelles » propose pas moins de 8 pièces tout au long de l’année dans cet espace. Comment s’organise leur rendez-vous théâtral ?

« Les Estérelles » ont adopté une formule qui plaît et attire le public. Partout où ils se produisent, il y a du monde. Et aux Issambres, les représentations qui ont eu lieu ont attiré beaucoup d’affluence et nous allons donc accentuer ce mouvement. Ils ont un concept novateur : avant la pièce de théâtre vous avez un concert, une exposition… On se croit parfois dans un grand théâtre parisien !

Joëlle Neveux, où en est l’Ecole des Arts de la ville ?

C’est une école municipale où l’on y enseigne la danse, le théâtre et la musique. Notre volonté, c’est de travailler avec les associations roquebrunoises. Par exemple, pour la danse, l’idée est de travailler tous ensemble : on a rétabli des liens de partenariat amical avec les associations « Extrava’danse » , « Entrechats » et « Rayons de soleil » car nous ne sommes pas leurs concurrents, au contraire ! Aujourd’hui, on a même l’idée de faire des spectacles ensemble.

Et la salle Molière ?

JN : La salle Molière n’est pas oubliée, c’est notre salle dédiée notamment aux associations qui font leurs spectacles de fin d’année ou autres. Il s’y déroule également les conférences.

La place Perrin n’est pas en reste. Nous avons appris il y a peu que plus de 20 000 personnes se sont baladées dans les stands du salon du miel et de la gastronomie. Les événements phares de la ville sont souvent sur cette place. Est-ce que tous les événements sont reconduits, et va-t-il y en avoir des nouveaux ?

Tout ne se passe pas sur la place Perrin ! Nous essayons de mettre en place des événements sur tous les quartiers de Roquebrune, aux Issambres, à la Bouverie et au Village. Pour ce quartier, la place Germain Ollier est importante : il y a la mairie d’honneur et la salle Molière, qui se prêtent aussi à des manifestations, car autour il y a des commerçants et des restaurants. Donc nous n’entendons pas privilégier que la place Perrin même si c’est une place emblématique et qu’historiquement les grandes manifestations s’y sont déroulées. En plus j’en parle d’autant plus volontiers que c’est mon père, lorsqu’il était maire, qui l’a inaugurée ! De la même manière que la place Germain Ollier qui tient son nom du successeur de mon père. Voilà pour l’histoire locale ! D’abord, nous allons conforter les manifestations phares comme la Fête du Chocolat, le Marché des Potiers, la Fête de la Gastronomie : toutes les grandes manifestations que nous organisons sur la place Perrin ont du succès. Nous avons également pour Noël un certain nombre d’animations qui vont avoir lieu et je pense que là aussi le succès sera au rendez-vous. Maintenant nous avons tout un programme en relation avec l’EPIC Tourisme. Nous allons organiser l’année prochaine le Corso Fleuri et donc nous renouons avec une tradition ancienne, à laquelle les Roquebrunois sont très attachés. J’exerce la délégation à la culture depuis 30 ans et donc je crois qu’avec des moyens modestes certes par rapport aux communes plus grandes, nous avons réussi à donner une image culturelle à la ville. Nous sommes reconnus comme une commune culturelle. Je pense que c’est grâce aux efforts de tous. Moi je suis parti d’une idée d’André Malraux, excusez du peu, qui disait « la Culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». Et je pense que c’est le cas à Roquebrune.

La Fête des Vignerons a eu son petit succès l’an dernier à la Bouverie. Que proposez-vous pour continuer d’animer ce quartier de la ville?

Le quartier de la Bouverie est un quartier « nouveau » par rapport aux Issambres ou au Village, et c’est vrai qu’il a été plus difficile d’y organiser des manifestations. Nous avons fait beaucoup de tentatives, certaines ont réussi, d’autres moins. Aujourd’hui, je crois que nous avons trouvé quelques quelques animations fortes qui vont dynamiser ce quartier encore plus et attirer le public. Il y a déjà des manifestations – organisées par l’association « Vivre à la Bouverie » avec notre soutien – comme la Fête des Plantes, la Fête Western, la Fête des Saveurs qui ont connu un certain succès. Cette nouvelle Fête des Vignerons est née de l’imagination d’élus municipaux et finalement tout le monde à joué le jeu, notamment les caves viticoles, les agriculteurs, qui sont venus et ça était un grand succès que nous souhaitons amplifier l’année prochaine. D’autant que nous avons des lieux intéressants comme le complexe Calandri et son stade, l’espace Régis ou encore la place des Félibres…

En dehors du cercle professionnel, on en sait très peu sur vous. Quelles sont vos passions ? Qu’aimez-vous faire en dehors des heures de « boulot » ?

J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie. Tout d’abord j’ai été professeur de Lettres et puis j’ai beaucoup voyagé. Maintenant je ne voyage plus, parce que quand on est maire on en a plus le loisir quand on se consacre à sa ville à plein temps, comme je le fais, mettant un point d’honneur à être très présent en toute proximité…Et puis on a toujours un peu peur qu’on vous prenne la place! (rires) Donc je voyage peu, mais j’ai toujours eu comme passion l’Art, la Culture. J’ai été à l’initiative de plusieurs ouvrages sur Roquebrune que j’ai coécrit. J’ai écrit un livre sur le chanteur Mouloudji, qui était un ami, sur les Bergers de Provence aussi. En tant que professeur de Lettres, la littérature m’intéresse, comme l’Art en général et plus particulièrement le cinéma. Je suis un cinéphile, j’ai même été à une époque président du ciné-club de Fréjus/Saint-Raphaël. Et puis j’aime les expositions, je profite parfois d’une expo pour faire un saut éclair à Paris. La dernière fois par exemple c’était pour l’exposition sur Vermeer. Et dans le domaine sportif, je joue au tennis depuis très longtemps. J’ai commencé ma carrière d’enseignant au Maroc, et j’ai appris à jouer au tennis là-bas, depuis je n’ai pas arrêté. J’ai été classé à une époque, mais je ne le serai plus, je pratique le tennis « loisir-plaisir » maintenant…

Vous connaissez Roquebrune comme votre poche, mais quel est votre endroit préféré dans la ville ?

C’est une question piège. Je suis intrinsèquement, viscéralement, passionnément attaché à la commune dans son ensemble. Il y a bien sûr des endroits où je me sens mieux que d’autres, mais franchement, je ne pourrais pas choisir parce que j’aime Roquebrune !

Question bonus : si vous pouviez organiser un événement culturel, quel qu’il soit, avec un budget illimité et des artistes morts ou vivants, vous feriez quoi et où ?

J’en aurais plusieurs ! Par rapport à mes goûts en matière de musique, j’aime beaucoup Brel et Brassens : on pourrait rêver d’une soirée avec ces deux artistes. Accueillir une annexe du Festival de Cannes ou de la Fondation Maeght me comblerait, ou alors pourquoi pas décerner le prix Goncourt dans un restaurant roquebrunois !

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