D’où vient le terme bétonnage ?

On pourrait croire que le mot bétonnage a été inventé il y a quelques années pour accuser les dirigeants de toutes les constructions en cours, mais il semblerait qu’il n’est pas nouveau du tout. Fraîchement sorti du dictionnaire ces dernières années notamment avec des projets comme l’aéroport de Notre Dame des Landes ou encore la ligne Bordeaux-Pays basque, le bétonnage définit globalement toutes « artificialisations des sols ». En gros, tous les projets qui démarrent sur un espace naturel pour finir sur un espace artificiel type béton. Alors pourquoi et comment fait-on la différence entre les projets qualifiés de bétonnages et les constructions classiques ? C’est très simple : il faut malheureusement continuer à construire, parce que nos villes ont tendance à toutes grandir, et parce qu’il faut répondre aux besoins des habitants déjà installés et des futurs habitants. Les familles grandissent, les enfants doivent se loger, il faut construire. Le chômage augmente ? Il faut construire des zones commerciales ou industrielles. Tout ça impacte le trafic ? Il faut améliorer ou construire des routes supplémentaires. En fin de compte, toutes les constructions que vous trouvez nécessaires ne sont pas à considérer comme des projets « bétonnages ». On parle de bétonnage lorsque le projet de construction répond à des critères inutiles aux yeux des citoyens alentour et surtout lorsqu’il touche des espaces publics fréquentés.

Historiquement à Fréjus, ce fut le cas de Port Fréjus I et II qui selon les habitants répondaient moins aux besoins de logements actifs qu’aux logements de vacances. Aujourd’hui les projets de Saint-Aygulf, de la Base nature ou encore la déchetterie du Reyran sont des sujets de bétonnage. En conclusion, si plusieurs citoyens d’une commune discutent fortement une construction qui parasitera leurs conditions de vie, on parle de bétonnage.

L’étalement urbain.

Alors, pourquoi construire autant ? Il y a tellement de raisons que nous allons en faire une liste non exhaustive, mais qui colle à notre lieu de vie.

D’abord toutes les villes sont en pleine expansion. Entre 1999 et 2009 la croissance de la population des communes du littoral est de 6%. En PACA, c’est 130000 personnes qui se sont installées sur cette période. Puget sur Argens est passé de 5865 habitants en 1990 à 7322 en 2014 soit une augmentation de près de 25%, et ce n’est pas fini. Les retraités qui recherchent du soleil, les enfants qui grandissent et s’installent près de leurs familles, les nouveaux venus pour raisons professionnelles, ou tout simplement parce qu’on est tombé amoureux du village, les raisons de cet agrandissement sont multiples. Une autre raison peut être la plus importante, de cet « exode » c’est évidemment le prix des loyers. Puget-sur-Argens est une ville où le loyer est très bas (le fait des multiples constructions sûrement ou des anciens terrains agricoles vendus à bas prix) et donc les jeunes actifs trouvent des promotions plus accessibles qu’à Fréjus ou Saint-Raphaël. Mais ces dernières ne sont pas en reste, la périurbanisation continue son chemin. Ces constructions promettent à un prix raisonnable un lieu d’habitation assez proche du centre-ville de chaque commune tout en restant au calme et surtout à un coût moindre.
Il faut savoir que la construction de logements neufs ou la réhabilitation de logements anciens en centre-ville est souvent plus chère que la construction sur un terrain vierge en périphérie. Du coup le nombre de constructions périurbaines a fortement augmenté : l’Institut français de l’Environnement (IFEN) relève qu’en 2003, sur les 200000 maisons construites en France, 152000 l’ont été sur des terrains vierges et surtout pas en secteur concentré. Et ce n’est pas fini, il y a 10 ans tout pile, 437000 logements étaient en construction, et 330000 en 2009.

Deuxième point à soulever, la taille des maisons et des appartements. Éric Hamelin et Olivier Razemon, dans « La tentation du bitume , où s’arrêtera l’étalement urbain ? »,  notent que dans la plupart des pays occidentaux, la taille des maisons et des lotissements grandit, alors que le nombre moyen d’habitants par maison a fortement chuté du fait de l’augmentation de l’espérance de vie et des divorces.

Enfin les besoins de tous les habitants. Éric Hamelin et Olivier Razemon, toujours dans le même ouvrage, prennent l’exemple des hypermarchés. En 1960, on comptait seulement 2 hypermarchés, 115 en 1970, 407 en 1980 et enfin 1400 en 2010.

Tout ce phénomène répond au doux nom d’étalement urbain. Selon l’IFEN encore, chaque année en France c’est 75000 hectares de terres naturelles ou agricoles qui s’urbanisent, soit 1% du territoire chaque année. Chaque seconde c’est 26 mètres carrés de terres qui disparaissent en France. Chaque décennie donc, c’est un département français complet qui se voit couvrir de bitume.

Les conséquences.

Outre l’effet de pollution visuelle que provoque cet étalement urbain qui transforme des espaces naturels ancrés dans les mémoires des riverains en promotion immobilière ou en centre d’activité, la conséquence la plus dangereuse reste l’impact écologique et l’augmentation du risque d’inondation dans ces zones. En effet, plus on construit, plus on s’expose à des risques d’inondation, et ce pour une raison très simple : le béton favorise le ruissellement des eaux plutôt que l’infiltration dans les sols. Pour faire court, les terres naturelles absorbent l’eau, le béton laisse couler, souvent vers des cours d’eau rétrécis et des canalisations qui débordent lors des crues importantes en provoquant les dégâts que l’on connaît. D’après les données disponibles qui ne sont que partielles, les inondations ont fait environ 400 victimes depuis 1970 dont 70 pour l’année 2010 et 23 pour les inondations de juin 2015. A cette époque, la ministre de l’Écologie avait clairement fait le lien entre le bétonnage et les inondations : « Nous vivons en partie la conséquence d’une urbanisation qui a imperméabilisé les sols et favorise le fait que l’eau ne soit pas absorbée […] Il faut réparer les erreurs de l’urbanisation des années 1970, 1980, 1990 ». Le Centre européen de prévention du risque d’inondation (Cepri) explique : « Alors que le terme d’inondation est souvent associé à un débordement de cours d’eau ou à une submersion marine, le ruissellement pluvial (…) souffre d’un manque de connaissance et de maîtrise du phénomène […] Près de 75 % des communes françaises ont connu au moins une fois au cours des 30 dernières années une inondation par ruissellement. » Et de décrire par anticipation ce qu’ont connu Cannes ou Mandelieu-la-Napoule, en octobre 2015 : empilements d’automobiles emportées par les flots, routes brisées, végétation arrachée par les coulées de boues, centres-villes transformés en paysages lacustres…. « Elles génèrent de par leur caractère soudain et violent des millions d’euros de dégâts, des dégradations environnementales et parfois des décès parmi les populations touchées. ».

Des solutions ?

Comment construire en respectant les demandes de logements sociaux de l’État et le développement des villes sans passer par la surartificialisation des sols ? Le problème est très compliqué, et la réponse est en général trouvée dans l’encadrement du développement. À ce titre, la CAVEM et toutes ses villes affiliées ont ou doivent organiser des réunions du Plan local d’Urbanisme (PLU) pour limiter au maximum l’impact des contraintes imposées. À Saint-Raphaël, l’objectif affiché par le nouveau maire, Frédéric Masquelier est le « zéro bétonnage de la commune ». En février 2017, la ville de Roquebrune sur Argens a abandonné le projet du Col du Bougnon. En cause les risques d’incendie dans ce secteur. Le maire de la ville, Jean-Paul Ollivier, organise régulièrement des réunions dont le sujet est le PLU et où une centaine d’habitants assistent… En bref, toutes les villes assurent un encadrement du PLU. Mais les projets de constructions sont toujours en place, pour le meilleur comme pour le pire.

 

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