Le Comité de défense des intérêts généraux de Fréjus-Plage est une association particulière dans le paysage de notre agglomération. Œuvrant pour le bien de Fréjus-Plage et – par extension – de toute l’agglomération, le comité est en ce moment-même en pleine bataille judiciaire pour essayer de mettre un terme à un projet qu’ils qualifient de bétonnage, le projet de construction à la Base Nature. Entre une histoire qui a bientôt un siècle, un des bâtiments les plus célèbres de la ville, et des adhérents qui surveillent notre paysage urbain, on a rencontré le président du comité, Jean-Paul Radigois qui nous explique.

 

Jean Paul Radigois, vous êtes le président du Comité de défense des intérêts généraux de Fréjus-Plage qui existe depuis 1927. Quel est le but de ce comité ?

Le but du comité et de défendre les intérêts moraux et matériels des habitants et les actifs du quartier de Fréjus Plage, s’étendant de l’Argens au Pédégal et de la mer à la voie ferrée. La défense et la médiation en direction des institutions et des pouvoirs publics.

Il y avait un projet d’hôtel et de parking souterrain sur la place de la République. Est-ce toujours d’actualité ?

En 2015/2016, le comité a lancé une pétition et organisé des rassemblements et manifestations pour s’opposer au projet d’hôtel et de parking sur la place de la République. Devant une forte opposition des Fréjusiens (2600 signatures), la mairie a abandonné ce projet. Le comité reste cependant vigilant, en particulier, compte-tenu des zones mutables prévues dans la révision du PLU et dont fait partie la place de la République. Nous sommes d’autant plus attentifs que la mairie indique, dans son recours au TA (Tribunal Administratif, NDLR) concernant le local du comité, être en pourparlers avec la Poste pour récupérer leurs bureaux. Il nous apparaît comme évident que cette volonté de vouloir récupérer l’ensemble du bâtiment, permettrait à cet emplacement le projet immobilier de la mairie soi-disant abandonné.

Aujourd’hui, quelles sont vos actions ?

Comme on peut le voir dans notre expo permanente et évolutive sur « les 90 ans du comité », nous avons fait un gros travail de recherches et de contacts, pour élaborer les 11 panneaux relatant les événements des années 20 à aujourd’hui. Nous avons mis en parallèle les faits principaux dans le monde, la France, Fréjus, et le Comité. Cette exposition est évolutive car les Fréjusiens continuent, lors des portes ouvertes du dimanche, à apporter des documents : photos, cartes postales, articles, témoignages… On note une action en moins cette année, notre non-participation au Forum des associations en septembre 2017. Cette année, le comité a fait partie de la « liste noire » des associations non désirables et donc, non invité. Par son adhésion au COVEM (Collectif Var Estérel Méditerranée, NDLR), regroupant un certain nombre d’associations, le comité a pu participer à des actions hors de son aire géographique, telles que Ecopole Capitou pour le projet d’usine de béton et enrobé, la Vallée des Roses pour le projet de déchetterie, Saint-Aygulf pour le projet de la place de la poste.

 

"la zone rouge, correspondant aux zones mutables constructibles à 15 mètres de haut ferait de Fréjus la ville la plus bétonnée de PACA"

« la zone rouge, correspondant aux zones mutables constructibles à 15 mètres de haut ferait de Fréjus la ville la plus bétonnée de PACA »

Vous êtes en procès avec la mairie de Fréjus concernant les projets de constructions sur la base nature. Quel est ce projet ?

Le recours en annulation lancé par le comité et 9 requérants individuels au TA de Toulon contre la modification du PLU Base-Nature est en cours d’instruction. Elle prévoit la transformation de zonage passant de UH (zone réservée aux services publics) en UB (zone constructible toutes destinations). Le comité, comme beaucoup de Fréjusiens qui se sont exprimés lors de l’enquête publique, comme le sous-préfet ou le commissaire enquêteur, considère qu’un projet de 32000 m2 de plancher développé mérite mieux qu’une modification de PLU : procédé rapide pour éviter les contraintes d’un PLU et d’un SCOT en révision. Il considère aussi que cette zone doit rester aux services publics suivant les modalités de l’acte de cession de 1995. Le comité avait parallèlement engagé un référé suspensif pour accélérer le recours en annulation. Ce référé a été rejeté. En revanche, le comité et son avocat ont réussi à mobiliser, en avril 2017, la ministre du Logement qui a exigé du Préfet un avis sur cette modification de PLU. Le préfet a donc déposé un déféré qui, on l’espère, aura aussi son importance dans la conclusion du TA.

Où en êtes-vous dans le procès ?

L’instruction du recours en annulation doit être close en novembre 2017.

Le projet de la place de la poste à Saint-Aygulf s’est fini par un référendum. Pourquoi, selon vous, la ville n’envisage pas ce genre d’action pour toutes ces constructions litigieuses?

Le mot « concertation de la population » a été tellement galvaudé et proposé par le maire dans sa campagne, que nous ne pouvons que constater que ces concertations sont inexistantes. Je pense qu’il a été plutôt contraint et forcé d’organiser un référendum à Saint-Aygulf. Nous aimerions que cette action soit portée sur les autres projets, à condition, bien sûr, que la question posée soit, plus précise que celle de Saint-Aygulf qui était, si mes souvenirs sont bons : « êtes-vous pour l’aménagement de Saint-Aygulf? ». Fort heureusement, les Aygulfois ne se sont pas fait piégés.

La municipalité justifie ces ventes de terrains en pointant du doigt l’endettement de la ville. Lors de la présentation du budget, les habitants ont pu constater une baisse, donc ça fonctionne?

Evidemment, lorsque l’on vend un terrain, on fait rentrer de l’argent. Hors, sur les 36 millions d’euros de ventes de biens publics, seulement 15 millions ont été rétrocédés au désendettement. C’est une conception assez curieuse de vouloir favoriser le monde du béton au détriment de ses habitants.

Le comité se concentre sur une grande partie de Fréjus (tout le littoral, la ZAC des Sables…). De ce fait, vous avez toujours un œil sur l’encadrement du PLU. Où on est-on à Fréjus ?

Le comité, dans son secteur de Fréjus-Plage ou en dehors avec le COVEM, s’intéresse à l’évolution de l’urbanisme dans toute la communauté d’agglomération. Il sera particulièrement vigilant sur la révision du PLU qui devrait être terminé en 2018. Ce PLU devra être en conformité avec le SCOT qui, lui aussi, est en révision et a fait l’objet d’un suivi attentif du comité lors de la récente enquête publique. Il faut noter, comme vu précédemment, que la zone rouge, correspondant aux zones mutables constructibles à 15 mètres de haut est impressionnante par son importance et ferait de Fréjus la ville la plus bétonnée de PACA. Il est vrai que la carence des logements sociaux exigent des constructions nouvelles et certains quartiers comme les Sables doivent avoir cette destination. En revanche, on est en droit de se poser des questions sur les zones mutables prévues, telles que l’école Hippolyte Fabre, le port romain ou encore la place de la République.

Si vous aviez une question, une requête à présenter à la municipalité, quelle serait-elle ?

La vision d’un Fréjus ouvert, épanoui avec ses places aménagées pour les enfants et toutes les générations, ses promenades, ses espaces verts; dans un projet global d’urbanisme réfléchi, réalisé en concertation avec les habitants et favorisant un « vivre ensemble » vrai et simple. Nous pouvons rêver d’un Fréjus où les commerces pourraient travailler tout au long de l’année, plutôt que de s’enfermer dans une politique balnéaire qui tend à animer la ville que deux mois par an. Et si cette fameuse zone bâtie de la Base Nature se concrétise, nous souhaiterions des constructions plus tournés vers la culture, l’enseignement et la jeunesse.

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