Vice-président en charge de la commission du SCoT, Sébastien Perrin défend un schéma de Cohérence Territoriale qu’il qualifie de « vertueux ». Il y a de quoi, car ce document qui tend à définir des zones de constructions en respectant toute une série de règles régionales ou nationales, a aussi pour objectif de renouveler l’urbanisme. Et ça, ça coûte plus cher au promoteur qu’aux municipalités. Fallait oser ! Les espaces agricoles, la faune et la flore sont tout autant respectés. Petit tour d’horizon du futur livre de chevet de tous les gens qui travaillent à l’urbanisme chez nous.

Qu’est-ce que le SCoT ?

C’est un supra-document d’urbanisme qui s’impose au PLU des 5 communes de la CAVEM. Aujourd’hui on doit mettre en cohérence les projets de chacun au travers notre espace de vie, qui est l’intercommunalité, avec l’ensemble de ce que ça représente : les voies de communication, les réseaux, les transports, les déchets ; le quotidien de tout un chacun doit être représenté dans un document afin de prévoir où est-ce qu’on peut encore urbaniser, où il faut s’arrêter, où on doit laisser des espaces naturels ou agricoles. On essaie, au travers d’un document spécialisé, de mettre en exergue l’ensemble des liens qu’on doit avoir entre différentes compétences afin de donner un sens à l’urbanisation de notre territoire.

Si je comprends bien, les villes s’occupent de mettre en place leur PLU et la CAVEM les encadre avec le schéma de cohérence.

C’est plus compliqué que ça. On intègre au SCoT des documents nationaux et des documents régionaux, comme les schémas régionaux d’aménagement du territoire ou le schéma départemental des gens du voyage, afin que nos PLU des cinq communes soient en concordance avec ces schémas supérieurs. Nous, on doit intégrer l’ensemble des schémas régionaux supérieurs dans un document, l’adapter à notre territoire pour qu’ensuite les PLU n’aient plus qu’à se caler dessus, avec un regard beaucoup plus précis dans les PLU que l’on peut avoir sur le SCoT

Comment ça se passe dans le fonctionnement ? Une ville fixe son PLU puis fait son rapport à la CAVEM ?

C’est le premier schéma de cohérence de la CAVEM. On est arrivés, on a pris une cartographie vierge, on a appliqué les schémas régionaux à cette cartographie, on a regardé s’il y avait des points de concordance avec les PLU déjà actés et en fonction, à la marge, on a modifié et on a demandé à l’ensemble des PLU déjà actés de réviser pour se calquer sur leu SCoT

Où on est-on des PLU des villes ?

Aujourd’hui il y a un seul PLU approuvé et en cours de validité c’est le PLU de Puget-sur-Argens, ceux de Roquebrune et des Adrets sont en phase de conception, celui de Fréjus et de Saint-Raphaël sont en cours de révision.

Quels sont les enjeux de notre communauté d’agglo ?

Les enjeux sont nombreux. L’enjeu principal est de se caler sur la démographie programmée à vingt ans, qui est la durée de vie du SCoT. Sur l’évolution sociétale de la population aussi, c’est-à-dire, entre autres, le desserrement des ménages comme les divorces, ou les enfants grandissants et à la recherche de logement. On a fait plus de huit séances pour répondre à cette réalité démographique. À partir de là, on a défini le besoin de logements, tout en respectant les nouvelles lois que nous imposent les législateurs (en termes de logements sociaux par exemple). D’ailleurs, à tout moment, le SCoT peut être révisé pour être en conformité avec la législation. Le schéma est d’ailleurs révisé tous les six ans. Il y a des enjeux économiques majeurs : aujourd’hui, si on a une progression estimée de 13000 habitants à l’horizon 2035, il faudra d’une part les loger, d’autre part leur trouver du travail, car la CAVEM n’a pas vocation à devenir une cité dortoir. On a prévu de créer au sein du schéma 4500 emplois, et donc on a besoin de fonciers dédiés à l’économie, à la production ; on pense avoir assez de surfaces commerciales aujourd’hui à la CAVEM, qu’il s’agisse les parcs d’activité ou du long de la RN7. Maintenant ce qu’on cherche à promouvoir, c’est de la production pour de l’emploi stable : produire sur la CAVEM pour consommer local si possible. Ensuite, il y a également l’enjeu touristique : si on est le second département le plus visité de France, c’est parce qu’on a su conserver notre écosystème, nos paysages. Entre le béton niçois et les moustiques de Camargue, les gens préfèrent venir chez nous ! On sait aussi que demain, s’ajoutera l’enjeu alimentaire. L’agriculture doit garder sa place au sein de la CAVEM, nous sommes la troisième terre la plus fertile d’Europe, et qui plus est inondable. Donc pour nos générations futures (et même pour nourrir en local notre population), c’est important. Donc les principaux axes sont le logement, l’économie, la prévention des risques, le tourisme et l’alimentaire.

Et les routes ?

Les transports sont importants. Les voies de communication par moment saturent comme la RN7, il faudra à terme trouver un itinéraire bis. Notre réseau ferré dessert des points un peu épars. Pourquoi demain ne pas rouvrir les gares de Puget ou de Roquebrune à présent qu’il y a une population en demande. On ne peut pas continuer à accueillir de la population – car tout le monde veut venir vivre au soleil – sans commencer à prévoir les réseaux qui vont avec.

Est-ce que le coût du logement fait partie de l’encadrement ?

Vous connaissez la loi de l’offre et la demande. Qu’est-ce qui fait flamber les prix ? C’est la demande. Comment on arrive à la réguler ? En ajoutant de l’offre. Aujourd’hui vous voyez que le SCoT affiche une production de logement sur vingt ans de 22000 habitations, essentiellement dûe à une proportion forte de logements sociaux ; il est clair que notre bassin de vie en a besoin. Aujourd’hui, il y a environ 63% de personnes qui peuvent bénéficier d’un logement social, mais seulement 15% en font la demande. Parce qu’heureusement beaucoup ont le rêve américain d’un petit pavillon, d’un petit jardin, bien dans son chez-soi, et les objectifs de la loi SRU (loi sur les logements sociaux) sont très difficiles à tenir chez nous. Pour ce qui est des prix des logements, il faut donc en produire pour arriver à des prix corrects pour garder nos habitants, surtout ceux qui s’éloignent pour vivre à Draguignan ou dans le canton de Fayence, où les loyers sont moins élevés.

Quels sont les risques liés aux constructions chez nous ?

Chez nous, ils sont nombreux. Tout d’abord un schéma de cohérence territoriale prend en compte en priorité les plans de prévention. C’est-à-dire que s’il existe des plans de prévention, que ce soient risque incendie, inondation, technologique ou sismique, on doit prendre ces plans et adapter l’ensemble de nos aménagements pour ne plus jamais mettre de personnes en danger, c’est la base.

Mais on peut penser qu’on va saturer en espace, et que fatalement on construira sur ces zones.

Justement, le mot « cohérence » prend tout son sens ici. La CAVEM, c’est immense et le schéma tend à rester près des centres urbains ou d’activités économiques. Si on n’a pas ce genre de schéma, le maire de n’importe quelle ville pourrait construire n’importe où. Qu’est-ce qui l’en empêche aujourd’hui? Déjà, pour commencer, les plans de prévention : là où il y a un risque, on ne construit plus.

LE SCoT encadre les constructions, mais protège aussi des zones forestières. Quels sont les objectifs écologiques de ce schéma ?

Premièrement, c’est de retrouver de la cohésion entre les massifs. Notre territoire est composé de deux massifs, l’Estérel et le début du massif des Maures, reliés par ce que l’on peut appeler le pourtour du rocher de Roquebrune, qui fait le lien entre les deux, et une grande plaine sédimentaire au milieu, la plaine de l’Argens. L’intérêt écologique est donc de créer des passerelles pour permettre une perméabilité de la faune, de conserver l’ensemble des espèces protégées de notre territoire, ainsi que les continuités écologiques des cours d’eau. Derrière ça, il s’agit de réellement conserver nos espaces divers comme ils sont, car outre l’aspect environnemental qui est prépondérant, il y a l’aspect paysager qui est important, quand on est un territoire qui vit du tourisme. Cet ensemble doit pouvoir s’imbriquer et toujours fonctionner ; c’est-à-dire que quand on coupe un bout de massif, doucement il perd sa qualité écologique, donc il faut continuer à conserver des corridors pour que la faune et la flore puissent toujours se développer.

Les communes vieillissent, un tiers de la population a plus de 60 ans. Est-ce un chiffre qui concerne le SCoT ?

Bien sûr que c’est un chiffre qui nous concerne, car aujourd’hui, sur l’offre de logement que l’on a, nos jeunes actifs partent s’installer sur des territoires voisins en gardant leur emploi chez nous. Donc on crée du trafic. Le but ce serait de réussir à réintéresser nos jeunes actifs à rester chez nous afin de garder un dynamisme et de faire fonctionner l’économie circulaire. Aujourd’hui, énormément de zones pavillonnaires sont habitées par des retraités européens qui viennent passer leur retraite au soleil, et donc ce marché s’adresse d’abord à des gens qui ont fait leur vie, qui ont un pouvoir d’achat et qui font monter les prix. Derrière nos jeunes actifs s’éloignent de ces zones. Donc par un procédé de construction auquel s’ajoute l’avenir démographique qui va forcément emmener des personnes âgées vers les maisons de retraite et libérer du foncier habitable, on va pouvoir faire revenir un petit peu l’ensemble des personnes actives, et rajeunir ce taux qui dans certaines villes fait un peu peur.

 

« on a une progression estimée de 13000 habitants à l’horizon 2035, il faudra d’une part les loger, d’autre part leur trouver du travail »

 

L’emploi est une priorité chez nous. Comment se positionne le SCoT à ce niveau-là ?

Il y a des projets dans les cartons, le SCoT en a identifié certains, en continuant de conserver cette idée de renouvellement urbain. Dans les dents creuses des zones d’activité de Puget RN7 et autres, il y a des terrains, à Fréjus Caïs aussi, où on peut encore concevoir du développement économique. Le SCoT les a repérés, va les mobiliser et après, ce sera au PLU des communes de les mettre en exergue.

Donc la CAVEM peut faire part à une ville d’un endroit où il faut construire un certain type de foncier, et la ville essaie d’appliquer ces mots d’ordre ?

De par ses compétences de développement économique et d’aménagement de territoire, la CAVEM peut même agir toute seule, oui, mais en accord avec la commune concernée.

Quid du littoral ?

On relance cette année l’ensemble des études sur la mise en valeur de la mer. On sait qu’on a un littoral prisé, c’est ce qui nous fait économiquement vivre, on sait également qu’il y a des risques, d’érosion notamment. Ça fera l’objet d’une étude à part entière, adossée au schéma de cohérence territoriale, et qui s’appelle un SMVM (Schéma de Mise en Valeur de la Mer). On l’a attaqué en même temps que le SCoT, mais ce dernier étant un gros morceau, on a mis de côté le SMVM pour le reprendre courant janvier, si tout va bien.

Quand a démarré l’élaboration du SCoT?

Le territoire y réfléchit depuis début 2000, sans jamais réussir à aboutir. Pour la première fois, on est en phase d’approbation de ce document, donc on va dire qu’on a enfin produit un document qui répond aux attentes des communes, de la population, et qui rassemble l’ensemble des schémas régionaux et des intentions de l’État. On a bon espoir que ce document voit le jour, parce que plus que jamais le territoire en a besoin ; on ne peut plus continuer à réfléchir par commune. Aujourd’hui, il faut un fonctionnement global et mutuel.

Les constructions continuent chez nous dans toutes les villes, est-ce qu’elles sont toutes encadrées par la CAVEM ?

C’est très simple. Aujourd’hui le SCoT prévoit que 75% des constructions se fassent en renouvellement urbain. Par exemple la ZAC des Sables à Fréjus est une zone hétérogène, qui est composée d’un peu d’habitations, d’un peu de commerces ; il y a du R+1 et du R+5 (nombre d’étages des bâtiments, NDLR). Bref, il y a un peu de tout. Cette zone est déjà viabilisée, il y a des réseaux existants, des routes aussi. Le but serait de se concentrer sur cette zone est d’en faire un espace réellement actif et logique. On est en plein cœur urbain. Aujourd’hui, les constructions se composent d’un rez-de-chaussée commercial et des habitations aux étages. Ça limite les déplacements, et ça a un coût de revient financier et écologique qui est extrêmement positif. À vingt kilomètres du centre-ville, il faut créer des assainissements, des réseaux électriques et d’eaux, des routes… beaucoup trop de frais pour les communes, mais pour les habitants aussi, ne serait-ce que pour se déplacer. Aussi, au sein de l’enveloppe urbaine, chaque ville est maître dans son domaine. Le SCoT n’a pas le pouvoir d’obliger un nombre d’étages ou autres, il est là pour définir des zones du PLU à densifier, à construire ou à aménager.

 

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2 Réponses

  1. RIBUN

    Deux Communes de la CAVEM ne respectent pas le quota de logements sociaux, St-Raphaël et Le Muy !

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    • Ibrahim Berbar

      Le Muy ne fait pas partie de la CAVEM. Le sujet traite surtout du bétonnage dans sa globalité. Nous ferons prochainement un sujet plus complet sur les logements sociaux et nous vérifierons si c’est le cas encore aujourd’hui. Pour illustrer cette dernière phrase, je vous donne l’exemple de Puget qui ne respectait pas du tout le nombre de logements sociaux en 2008 et qui aujourd’hui en compte bien assez.

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